VERS UNE ÉGLISE SYNODALE
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:29 janvier 2021

L’ecclésiologie de la communion exposée dans Lumen gentium représente une prémisse théologique fondamentale pour une herméneutique adéquate de la synodalité. La réforme des structures ecclésiales vers lesquelles le pape François oriente l’Église semble poursuivre l’intention de traduire l’orthodoxie théologique en orthopraxis pastorale : non pas la projection d’idées préconçues sur la réalité et sur la vie de l’Église, mais la recherche d’une unité qui suppose la pluralité des contextes, des cultures et des identités, et dans laquelle l’instrument de la collégialité se met à l’écoute de tout le « Peuple de Dieu », à partir d’une attention préférentielle à la promotion humaine des pauvres et à la sauvegarde de la création. L’auteur est Sous-secrétaire de la Section des Migrants et des Réfugiés du Dicastère au service du développement humain intégral.

Lorsque le terme « synodalité» est appliqué à l’Église, il ne sert pas à désigner un simple processus de décision qui conduit à un choix, à discuter d’une disposition ou à publier une disposition, comme toute autre prise de décision collaborative. Le mot désigne plutôt un trait fondamental de l’identité ecclésiale : sa dimension de communion primordiale, sa mission évangélisatrice essentielle, placée sous la direction de l’Esprit Saint.

En tant qu’événement de communion qui a son origine dans le mystère du Dieu trinitaire, l’Église se manifeste et se réalise en se rassemblant comme le « Peuple de Dieu » qui chemine ensemble. On pourrait dire que la synodalité est la forme sous laquelle sa vocation originelle et sa mission intrinsèque sont historisées : appeler tous les hommes de la terre, de chaque époque et de chaque âge, à se rassembler pour les faire participer au salut et à la joie du Christ.

En plusieurs occasions, le pape François a souligné comment la synodalité fonde, modèle et renforce la vie de l’Église et aussi le témoignage et le service qu’elle est appelée à rendre à la famille humaine : « Marcher ensemble est la voie constitutive de l’Église ; le chiffre qui nous permet d’interpréter la réalité avec les yeux et le cœur de Dieu ; la condition pour suivre le Seigneur Jésus et être des serviteurs de la vie en ce temps blessé. Le souffle et le passage synodal révèlent ce que nous sommes et le dynamisme de communion qui anime nos décisions[1] ».

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[1] François, Discours introductif à l’ouverture des travaux de la 70e Assemblée générale de la Conférence épiscopale italienne, 22 mai 2017 : http://www.vatican.va/content/francesco/it/speeches/2017/may/documents/papa-francesco_20170522_70assemblea-cei.html.

[2] Cf. A. Spadaro, « Il governo di Francesco. È ancora attiva la spinta propulsiva del pontificato ? », Civ. Catt. 2020 III 350-364.

[3] On peut aussi déduire cette intention des pères conciliaires de l’ordre même de la subdivision du développement : le chapitre consacré au « Peuple de Dieu » (chapitre. 2) précède celui sur « La constitution hiérarchique de l’Église » (chapitre 3), afin de clarifier de quelle manière la hiérarchie ecclésiastique joue un rôle de service à la totalité de l’Église et y trouve sa finalité. Le tout est supérieur à la partie.

[4] Le sensus fidei est comparé à un instinct, car il n’est pas essentiellement le résultat d’une délibération rationnelle, mais prend plutôt la forme d’une connaissance spontanée et naturelle, une sorte de perception (aisthēsis).

[5] « L’ensemble des fidèles, qui ont l’onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2,20.27), ne peut faillir dans la foi, et manifeste cette qualité qui lui est propre par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque “des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs” il exprime son accord universel en matière de foi et de mœurs » (LG 12).

[6] Le Concile précise que le Collège épiscopal n’a d’autorité que si on l’entend comme uni au Pontife romain en tant que sujet d’autorité suprême dans l’Église (cf. LG 22). L’affirmation selon laquelle l’ordination épiscopale comporte en premier lieu une référence à l’Église universelle demeure aussi dans le Code de droit canonique de 1983 (can. 330-341). D’après certains chercheurs, à ce sujet, le Concile n’a pas expliqué assez clairement comment s’articulait le rapport entre le collegium episcoporum et la communio ecclesiarum. Cf. H. Legrand, « Les Évêques, les Églises locales et l’Église entière », Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques 85 (2001) 210 s.

[7] François, Discours à l’occasion de la commémoration du 50e anniversaire de la création du Synode des évêques, 17 octobre 2015 : AAS 107 (2015) 1140.

[8] Cf. ibid.

[9] J. H. Newman, Sulla consultazione dei fedeli in materia di dottrina, Brescia, Morcelliana, 1991, 28.

[10] François, Constitution apostolique Episcopalis communio sur le Synode des évêques : www.vatican.va.

[11] Id., Discours à l’occasion de la commémoration du 50e anniversaire de la création du Synode des évêques.

[12] Id., Ritorniamo a sorridere. La strada verso un futuro migliore, Milan, Piemme, 2020, 96.

[13] « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ » (GS 1; nos italiques).

[14] François, Lettre aux mouvements populaires, 12 avril 2020, in www.vatican.va.

[15] Se référant à l’enseignement de saint Jean-Paul II, François décrit la pauvreté non seulement en termes matériels comme pauvreté, mais aussi en se référant à toute forme d’appauvrissement de la personne, comme une limitation ou une atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux de l’être humain. Voir S. Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, n° 15.

[16] L’intention de s’adresser à tous est en continuité avec le choix du Concile Vatican II, qui « n’hésite pas à s’adresser maintenant, non plus aux seuls fils de l’Église et à tous ceux qui se réclament du Christ, mais à tous les hommes » (GS 2).

[17] François, Discours lors de la rencontre pour la famille (4 octobre 2014).