UNE RECHERCHE ÉTHIQUE PARTAGÉE À L’ÈRE DU DIGITAL
Published Date:7 juillet 2020

« Il s’agit de savoir s’il est effectivement possible d’avoir à nouveau des élections libres et équitables. Vu la manière dont les choses se présentent, je ne pense pas que ce soit le cas. Et donc, la question que je leur pose est : c’est cela que vous voulez ? C’est ainsi que vous voulez que l’Histoire se souvienne de vous ? Comme serviteurs de l’autoritarisme qui grandit dans le monde entier[1]. » Ce sont là les questions que Carole Cadwalladr, journaliste du quotidien britannique Guardian, adresse aux « dieux de la Silicon Valley » dans un célèbre « TED talk », qui a été vu presque quatre millions de fois.

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Pour conclure, nous noterons un possible parallélisme entre les origines de la bioéthique[31] — et donc d’un néologisme qui désigne aujourd’hui un domaine de recherche plutôt clairement défini — et l’idée d’une éthique propre aux technologies digitales, proposée avec le néologisme « algo-éthique »[32]. Dans les deux cas, la réflexion éthique est engagée par ceux qui œuvrent dans le domaine et qui sont au centre des processus de transformation de leurs disciplines : généticiens et médecins alors, spécialistes des données et des ordinateurs aujourd’hui. Mais le scénario s’enrichit aujourd’hui d’un nouvel élément. Comme nous l’avons mis en évidence ci-dessus, biotechnologie et informatique ne sont plus séparées, mais elles avancent en connexion étroite. Convergeant entre elles, et avec d’autres technologies, elles multiplient leurs effets et de nouvelles perspectives, théoriques et pratiques, émergent. Dans ce contexte historique, la bioéthique peut dialoguer et entrer en synergie avec l’éthique pour les algorithmes : un nouveau « pont vers l’avenir ».

 

 

 

 

[1]  « Lo scandalo di Cambridge Analytica », in Forward 16 (2019/4), 26, intitulé (R)evolution, in https://issuu.com/pensiero/docs/fwd-16-revolution. Cf. B. Kaiser, La dittatura dei dati, Milan, HarperCollins, 2019.

[2] Cf. https://tg24.sky.it/tecnologia/software-app/2020/02/12/coronavirus-app-contagio.html/ ; https://www.wired.it/mobile/app/2020/02/12/app-­coronavirus-avmap-covid-19/ ; https://www.internazionale.it/notizie/claudia­-­grisanti/­2020/03/18/lezione-corea-sud-covid-19/

On peut trouver d’autres exemple in G. Cucci, « Per un umanesimo digitale », in La Civiltà cattolica, 2020 I, p.27-40.

[3] D. Fassin, Le vite ineguali. Quanto vale un essere umano, Milan, Feltrinelli, 2019.

 

[4] L. Caenazzo – L. Mariani – R. Pegoraro (sous la direction de), Convergence of New Emerging Technologies. Ethical Challenges and New Responsibilities, Padoue, Piccin, 2017.

[5] Le préfixe « nano » correspond à une mesure correspondant à 10-9 mètres, c’est-à-dire un millionième de millimètre.

[6] Pour une présentation du document, voir C. Casalone, « “Humana communitas”. La vita umana nella trama delle relazioni », in La Civiltà cattolica, 2019 I, p. 209-221.

[7] Le titre du congrès est : Il «buon» algoritmo? Intelligenza artificiale: etica, diritto, salute (26-28 février 2020). Pour une définition de l’IA, voir Joint Research Centre, Defining Artificial Intelligence, European Union 2020 ; A. Spadaro — P. Twomey, « Intelligenza artificiale e giustizia sociale », in La Civiltà cattolica, 2020 I, p. 121-131.

[8] Pape François, Discours aux participants à l’Assemblée plénière de l’Académie pontificale pour la vie (28 février 2020), in http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2020/february/documents/papa-francesco_20200228_accademia-perlavita.html

Par la suite abrégé en DP dans les citations.

[9] L. Floridi (sous la direction de), The Onlife Manifesto. Being Human in a Hyperconnected Era, Heidelberg – New York – Dortrecht – Londres, SpringerOpen, 2015, ed. Kindle, pos. 243. Un résultat sous certains aspects similaire à celui de la révolution quantique à propos des variables physiques et de leurs relations réciproques, avec une référence particulière au temps : cf. C. Rovelli, L’ordine del tempo, Milan, Adelphi, 2017.

[10] L. Floridi, La quarta rivoluzione. Come l’infosfera sta trasformando il mondo, Milan, Raffaello Cortina, 2017.

[11] L. Floridi (sous la direction de), The Onlife Manifesto…, cit.

[12] B.-C. Han, L’ espulsione dell’Altro, Milan, nottetempo, 2017.

[13] M. Doueihi, Qu’est-ce que le numérique ?, Paris, Presses Universitaires de France, 2013.

[14] C. Accoto, Il mondo dato. Cinque brevi lezioni di filosofia digitale, Milan, Egea, 2017, p. 81-103.

[15] S. Zuboff, Il capitalismo della sorveglianza. Il futuro dell’umanità nell’era dei nuovi poteri, Rome, LUISS University Press, 2019.

[16] B. Smith – C. A. Browne, Tools and Weapons. The Promise and the Peril of the Digital Age, New York (NY), Penguin Press, 2019, XIV.

[17] Y. Laouris, « Reengineering and Reinventing both Democracy and the Concept of Life in the Digital Era », in L. Floridi (sous la direction de), Onlife Manifesto…, cit., pos. 2756-3214 ; S. F. Gilbert, « A symbiotic View of Life: We Have Never Been Individuals », in The Quarterly Review of Biology, 87 (2012/4), p. 325-341 ; S. A. Kauffman, A World Beyond Physics. The Emergence and Evolution of Life, Oxford, Oxford University Press, 2019.

[18] S. Zucal, Filosofia della nascita, Brescia, Morcelliana, 2017, p. 235. « En ce début, […] le bios et le pathos s’instruisent réciproquement […]. L’archétype de la grammaire générative, au sein de laquelle l’être et l’amour naissent ensemble et se déclarent ensemble, naît ici : dans la structure d’une expérience relationnelle de l’être engendré qui est biologique et préréflexive, mais en même temps personnalisante et intelligente. » (P. Sequeri, La fede e la giustizia degli affetti, Sienne, Cantagalli, 2019, p. 153). Voir également L. Irigaray, All’inizio, lei era, Turin, Bollati Boringhieri, 2013 ; M. Gensabella Furnari, Il corpo della madre. Per una bioetica della maternità, Soveria Mannelli (Cz), Rubbettino, 2018.

[19] F. Ceragioli, Identità e intersoggettività. Il contributo delle neuroscienze, in P. Sequeri (sous la direction de), La tecnica e il senso. Oltre l’uomo ?, Milan, Glossa, 2015, p. 19-38, ici p. 36-38 ; G. Bonaccorso, Critica della ragione impura. Per un confronto tra teologia e scienza, Assisi (Pg), Cittadella, 2016, p. 69-101 ; p. 191-210 ; L. Vantini, Il sé esposto. Teologia e neuroscienze in chiave fenomenologica, ibidem, 2017, p. 23-104.

[20] L. Floridi, La quarta rivoluzione, cit., p. 165-235 ; G. Cucci, « Uomo e robot: la relazione ideale? », in La Civiltà Cattolica, 2020 I, p. 427-438.

[21] Commission of the Bishops’ Conferences of the European Union, Robotization of Life. Ethics in view of new challenges, 2019, 3 s, in www.comece.eu/comece-publishes-reflection-on-robotisation-of-life

[22] European Group on Ethics in Science and New Technologies, Statement on Artificial Intelligence, Robotics and « Autonomous » Systems, 2018, in https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/dfebe62e-4ce9-11e8-be1d-01aa75ed71a1/language-en/format-PDF/source-78120382

[23] Pape François, Veritatis gaudium, 4c.

[24] M.-J. Thiel, « Le défi d’une éthique systémique pour la théologie », in Revue des Sciences Religieuses, 74 (2000/1), p. 92-113.

[25] P. Benanti, Oracoli. Tra algoretica e algocrazia, Bologne, Luca Sossella, 2018.

[26] Ingénieurs sans frontières, Manifeste pour une formation citoyenne des ingénieures, in www.isf-france.org/node/1211

[27] https://romecall.org

[28] M. Ladikas – S. Chaturvedi – Y. Zhao – D. Stemerding (sous la direction de), Science and Technology Governance and Ethics. A Global Perspective from Europe, India and China, Heidelberg, Springer, 2015 ; J. Tham – K. M. Kwan – A. Garcia (sous la direction de), Religious Perspectives on Bioethics and Human Rights, Springer, Switzerland, 2017.

[29] Gruppo di esperti della Commissione Europea, Orientamenti etici per una IA affidabile, European Union, 2018 ; European Commission, Artificial Intelligence. A European Perspective, European Union, 2018.

[30] Voir en particulier B. Smith, Tools and Weapons, cit., p. 131-150, où le président de Microsoft examine la General Data Protection Regulation, adoptée par l’Union européenne en 2016, et en évalue les effets de manière très positive, notamment pour la conversion technologique à laquelle elle a conduit les entreprises.

[31] Le terme fut lancé par un texte qui rencontra un large succès : V. R. Potter, Bioetics : Bridge to the future, Englewood Cliffs (NJ), Prentice Hall, 1971.

[32] A. Pessina, « Algor-etica : un neologismo per un progetto ambizioso », in https://cattolicanews.it/pessina-algor-etica-un-neologismo-per-un-progetto-ambizioso