« UNE NOUVELLE IMAGINATION DU POSSIBLE »-Sept images de François pour l’après Covid-19
Published Date:26 août 2020

La première pandémie mondiale de l’ère numérique est survenue à l’improviste. La course du monde s’est arrêtée par une suspension artificielle qui a stoppé affaires et étreintes. « Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus ». Le pape François a donc dépeint une situation sans précédent. Ce sont les mots qu’il a prononcés le 27 mars, sur une place Saint-Pierre complètement vide, lieu d’adoration eucharistique et d’une bénédiction Urbi et Orbi accompagnée uniquement du son des cloches, mélangé à celui des ambulances : le sacré et la douleur.

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[1] François, « Un pian para resuscitar. Una meditación », Vida Nueva, 18-24 avril 2020, 8-11.

[2] Id., « Message pour la Journée mondiale des missions 2020 ». François, dans la Lettre aux prêtres du diocèse de Rome du 30 mai 2020, fait une analogie et se souvient de comment la première communauté apostolique « a pourtant vécu des moments de confinement, d’isolement, de peur et d’incertitude ». Et 50 jours se sont écoulés entre la fermeture « et l’annonce naissante qui allait changer leur vie pour toujours ».

[3] Ibid.

[4] La barque aussi est l’image que François a utilisée le 27 septembre 2014, dans l’homélie de la messe pour la célébration du bicentenaire de la reconstitution de la Compagnie de Jésus. A cette occasion, il avait dit aux jésuites : « Alors ramez ! Ramez, soyez fort, même avec le vent de face ! » (François, « Remate dunque ! Remate, siate forti ! », Civ. Catt. 2014 IV 108).

[5] Cf. François, Homélie de la messe à Sainte-Marthe, 14 mai 2020.

[6] Souvenons-nous que, dans Evangelii gaudium, François avait utilisé l’image de la « caravane » comme une expression de la « “mystique” de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité » (nº 87). Le Pape, jadis un habitué des bus et métros, aime ces images de transports collectifs, : il révèle dans une image simple et quotidienne le sens de l’histoire commune du monde et des liens universels.

[7] A. Ivereigh, « Il Papa confinato. Intervista a Papa Francesco » : www. laciviltacattolica.it/news/il-papa-confinato-intervista-a-papa-francesco/, 8 avril 2020.

[8] Cf. François, « Un pian para resuscitar ».

[9] Cf. D. Fares, « Il cuore di “Querida Amazonia”. “Traboccare mentre si è in cammino” », Civ. Catt. 2020 I 532-546.

[10] C’est une utilisation particulière, car dans ses discours, Francis utilise le langage des soins de santé de manière très flexible. Par exemple, il a dit un jour que « la Parole qui nous sauve ne va pas à la recherche de lieux préservés, stérilisés, sûrs » (François, Homélie pour le dimanche de la Parole de Dieu, 26 janvier 2020). Parlant avec les jésuites du Mozambique, le 5 septembre 2019, il avait soutenu la race mixte, en déclarant que nous sommes tentés aujourd’hui par une forme de sociologie stérilisée. Il semble que l’on considère un pays comme une salle d’opération, où tout est stérilisé : ma race, ma famille, ma culture, comme si on avait peur de le salir, de le tacher, de l’infecter » (A. Spadaro, « “La sovranità del popolo di Dio”. I dialoghi di papa Francesco con i gesuiti di Mozambico e Madagascar », Civ. Catt. 2019 IV 3-15). On comprend donc que le champ sémantique du mot « stérile » est négatif pour François.

[11] François, Lettre aux prêtres du diocèse de Rome.

[12] Cf. L. Oviedo Torró, « La teologia en tiempos de pandemia », Razón y fe, 2020, 281.

[13] A. Spadaro, « Intervista a Papa Francesco », Civ. Catt. 2013 III 449-477.