TOUT COUPLE EST UN JARDIN-Une perspective biblique
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:27 mai 2020

La Bible s’ouvre sur un jardin, le jardin planté par Dieu en Éden (Gn 2,8), et se clôt sur l’évocation d’une ville-jardin, la Jérusalem céleste : « Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve est un arbre de vie produisant douze récoltes. Chaque mois il donne son fruit, et son feuillage sert à la guérison des nations » (Ap 22,2). En son exact milieu, la même Bible abrite également un jardin, celui du Cantique des Cantiques. Le « milieu » en question, il convient de le préciser, est celui de la séquence des livres dans la tradition catholique, reprise de la version grecque des Septante. Au centre du livre des livres ainsi organisé, dans le livret dont Rabbi Aqiva a dit qu’il était le « saint des saints » des Écritures, il est un jardin aux eaux vives et aux arbres en fleurs.

 

Le phénomène qui vient d’être décrit se répète à propos du couple humain.[1] La Bible met en scène, dans ses premières pages, l’apparition du couple humain (Gn 2–3) ; elle fait entendre, dans ses dernières lignes, l’adresse de l’épouse à l’époux, de l’Église au Christ qui vient dans sa gloire : « L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! » (Ap 22,17). Mais la Bible fait également entendre les voix croisées de l’aimée et de l’aimée au centre de son corpus, dans le sanctuaire qu’est le Cantique : « Que tu es belle, ma compagne ! » – « Que tu es beau, mon bien aimé ! » (Ct 1,15-16).

Les pages que voici voudraient méditer sur cette double perspective, qui associe le « mystère » du jardin à celui du couple humain. Pourquoi le couple a-t-il rendez-vous au jardin ? Comment se décline, phénoménologiquement, l’affinité du couple et de cet espace vivant ? En quoi la figure anthropologique et cosmique du couple au jardin est-elle porteuse d’une vérité théologique ? Le Cantique des Cantiques fournira le « milieu » de cette réflexion : c’est dans ses pages en effet que retentit de la manière la plus explicite l’invitation des amants au jardin : « Que mon bien-aimé vienne à son jardin (…). Je viens à mon jardin, ma sœur, ma bien-aimée” (Ct 4,16–5,1). Parallèlement à l’exploration des textes bibliques, il s’agira en fait de scruter les liens qui unissent – comme par un réseau de racines communes – deux textes majeurs de l’enseignement du Pape François, la lettre encyclique Laudato si’. Sur la sauvegarde de la maison commune (2015) et l’exhortation apostolique Amoris laetitia. Sur l’amour dans la famille (2016). Le couple mis en perspective dans la seconde reçoit dans la première comme un landscape, expression du dessein divin.

 

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