THE ECONOMY OF FRANCOIS AND THE YOUNG PEOPLE
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:23 décembre 2020

Le pape François a invité de jeunes économistes du monde entier à se rencontrer du 19 au 21 novembre 2020 pour réfléchir sur la manière de « changer l’économie actuelle et donner une âme à l’économie de demain » ; il a invité à un large discernement commun tous ceux qui commencent aujourd’hui à étudier et à pratiquer une économie différente de celle dénoncée dans le premier chapitre de l’encyclique Fratelli tutti, « une économie qui fait vivre et ne tue pas, qui inclut et n’exclut pas, qui humanise et ne déshumanise pas, qui prend soin de la création et qui ne la pollue pas[1] ». L’événement, qui a eu lieu en ligne en raison du Covid-19, a été promu par le diocèse et la municipalité d’Assise, par l’Institut Séraphique d’Assise et par « Économie de communion » (EoC).

Quelles devraient être les caractéristiques d’une économie capable d’écouter « le cri de la terre et des pauvres » ? Si nous voulons que « l’économie de François » ne devienne pas un slogan vide, les jeunes économistes, croyants et non-croyants, devraient affronter avec courage les problèmes qui concernent leur discipline. Dans les pages qui suivent, nous rappellerons, tout d’abord, que l’économie repose nécessairement sur des chiffres et que tout changement de paradigme économique nécessite une réappropriation, par de jeunes économistes, de ces chiffres et de toutes les données dont nous disposons. Ensuite, nous montrerons que certains grands principes chers au pape François sont aussi d’excellents critères pour réformer l’économie mondiale. Enfin, nous présenterons l’exemple concret d’une initiative qui illustre l’esprit du discernement que le Pape nous invite à faire. Les observations qui suivent ne visent pas à remplacer ce discernement collectif mais, au contraire, à attirer l’attention sur certains points fondamentaux, nécessaires pour nous aider tous dans cette expérience spirituelle.

 

Pauvreté et inégalité

« La disparité est la racine des maux de la société » (Evangelii Gaudium [EG], nº 202). C’est à partir de cette affirmation que toute réflexion pour une économie différente doit commencer. « Le monde est riche et, toutefois, les pauvres augmentent ». S’il est vrai que le revenu annuel moyen est de 12 000 dollars par personne, néanmoins « des centaines de millions de personnes sont encore plongées dans la pauvreté extrême et n’ont pas accès à la nourriture, un logement, une assistance médicale, l’école, l’électricité, l’eau potable et des services médicaux adéquats et indispensables[2] ».

Ces types de considérations ont suscité des discussions animées. Par exemple, au Forum de Davos, en janvier 2019, plusieurs participants ont soutenu que le nombre de « pauvres » avait diminué au cours des dernières décennies et en ont déduit un vibrant appel en faveur de la mondialisation des marchés : une position que le pape François a rapidement critiquée. Une partie du débat et des discussions animées découle des différents critères d’évaluation de la pauvreté.

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[1] François, « Message video aux participants de l’événement “The economy of Francesco – les jeunes, un pacte, l’avenir” », 21 novembre 2020 : http ://www.vatican.va/content/francesco/fr/messages/pont-messages/2020/documents/papa-francesco_20201121_videomessaggio-economy-of-francesco.html

[2] Id., « Discours aux participants à un séminaire sur les “Nouvelles formes de fraternité solidaire” », Casina Pio IV, 5 février 2020 : http ://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2020/february/documents/papa-francesco_20200205_nuoveforme-disolidarieta.html.

[3] L’économiste Lant Pritchett suppose un seuil de 10 $. Cf. L. Pritchett, « The World Bank Progresses on Poverty Lines », in www.cgdev.org/blog/world-bank-progresses-poverty-lines.

[4] Par « Consensus de Washington », on entend les politiques économiques imposées aux pays débiteurs par les institutions créées par les accords de Bretton Woods (Fonds monétaire international, Banque mondiale).

[5] Cf. G. Giraud – F. Koerreales – C. Poggi, « Les inégalités dans le monde : où en est-on ? », Etudes 165 (2019/1).

[6] Cf. B. Milanovic, Global Inequality : A New Approach for the Age of Globalization, Cambridge, Harvard University Press, 2016.

[7] Aujourd’hui encore, la meilleure base de données sur les inégalités est produite par World Income Inequality Database (Wiid, Danimarca) : cf. www.wider.unu.edu/project/wild-world-income-inequality-database/. Voir aussi J. Choi et al., « A Comparison of Major World Inequality Data Sets : LIS, OECD, EU-SILC, WDI and EHII », dans : L. Cappellari – S. Polachek – K. Tatsiramos (éds), Income Inequality Around the World, Bradford, Emerald Group Publishing Limited, 2016, 1-48.

[8] Cf. M. Jerven, Poor Numbers : How We Are Misled by African Development Statistics and What to Do about It, New York, Cornell University Press, 2013.

[9] Cf. International Monetary Fund, « Causes and Consequences of Income Inequality : A Global Perspective », 1er juin 2015, in www.imf.org/sdn/sdnl513.

[10] Cf. G. Giraud, Transizione ecologica. La finanza a servizio della nuova frontiera, Verone, Emi, 2015.

[11] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi – Dicastère pour le Service du Développement Intégral, (Oeconomicae et pecuniariae quaestiones. Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économique et financier actuel, 6 janvier 2018 : https ://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20180106_oeconomicae-et-pecuniariae_fr.html.

[12] La gentrification est la transformation de quartiers populaires en quartiers résidentiels prestigieux.

[13] Cf. P. Romer, « The Trouble with Macroeconomics » : https ://paulromer.net/the-trouble-with-macro

[14] Cf. O. Blanchard, « Do DSGE Models Have a Future ? », Peterson Institute for International Economics – Policy Brief, 16 novembre 2016.

[15] R. Tol, « The Economic Impacts of Climate Change », Review of Environmental Economics and Policy 12 (2018/1) 6. Cf. M.-N. Woillez et al., « Economy Impacts of a Glacial Period : A Thought Experiment to Assess the Disconnect Between Econometrics and Climate Sciences », Earth System Dynamics 11 (2020/4) 1-14.

[16] Cf. L. Taylor, Reconstructing Macroeconomics. Structuralist Proposals and Critiques of the Mainstream, Cambridge (Ma), Harvard University Press, 2004 ; E. Bovari et al., « Coping with Collapse : A Stock-Flow Consistent Monetary Macrodynamics of Global Warming », Ecological Economics, nº 147, 2018, 383-398. Le réseau INET (Institut pour la Nouvelle Pensée Économique) propose des initiatives intéressantes qui vont dans ce sens.

[17] Cf. A. Mas-Colell – W. Hildebrand, The Cournotian Foundations of Walrasian Equilibrium Theory : An Exposition of Recent Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 ; G. Giraud, « Strategie Market Games : An Introduction », Journal of Mathematical Economics, nº 39, 2003, 355-375.

[18] Cf. G. Giraud – A. Pottier, « Debt-Deflation versus the Liquidity Trap : The Dilemma of Nonconventional Monetary Policy », Economic Theory, nº 62, 2016, 383-408.

[19] Cf. G. Giraud, La théorie des jeux, Paris, Flammarion, 2000.

[20] Cf., par exemple, H. L’Huillier et al., « Crisis and Relief in the Niger Delta (2012-13) : Assessment of the Effects of a Flood on Relational Capabilities », Oxford Development Studies 46 (2017/1) 113-131.

[21] Cf. G. Giraud, « Why Economics is a Moral Science : Lifting the Veil of Ignorance in the Right Direction », dans : K. Basu – R. Hockett (éds), Law, Economics and Conflict, New York, Cornell University Press, 2020.

[22] Cf. O. Vidal et al., « Global Trends in Metal Consumption and Supply : The Raw Material-Energy Nexus », Elements 13 (2017/5) 319-324.

[23] www.francescoeconomy.org.

[24] Cf. « America/Argentina. Terra, tetto, lavoro ed enciclica “Fratelli tutti” in tempo di pandemia : incontro virtuale dei movimenti popolari » : http ://www.fides.org/it/news/68871-AMERICA_ARGENTINA_Terra_tetto_lavoro_ed_enciclica_Fratelli_tutti_in_tempo_di_pandemia_incontro_virtuale_dei_movimenti_popolari

[25] Comme requis par la Convention sur la diversité biologique (CDB) et le Traité international sur les ressources biogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

[26] Cf. « Forum Génération Égalité (2021) » : www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/la-france-et-les-nations-unies/forum-generationegalite-2021.

[27] Cf. «  World Forum on Access to Land 2016 », in www.agter.org/bdf/en/thesaurus_dossiers/motcle-dossiers-136.html.

[28] Cf. Instituto Brasileiro de Geografia e Estatìstica (IBGE), Síntese de Indicadores Sociais. Uma Análise das Condições de Vita da População Brasileira : www.ibge.gov.br/estatisticas/sociais/saude/9221-sintese-de-indicadores-sociais.html.

[29] Revenu familial par habitant inférieur à 5,50 USD PPA par jour.

[30] Cet article a été écrit en collaboration avec Andrei Thomaz OssEmer, philosophe, MSc Université fédérale de Pelotas, Brésil ; Lea Vidigal, juriste, PhD Université de Sao Paulo, Brésil ; Lilian de Pellegrini Elias, PhD en économie, Université d’État de Campinas, Brésil ; Luiza Dulci, sociologue, PhD Université fédérale rurale de Rio de Janeiro, Brésil ; Valentina Cattivelli, économiste, PhD Université catholique de Plaisance-Milan, coordinatrice du Village de l’Agriculture et de la Justice ; Elisabetta Basile, économiste, PhD Université La Sapienza, Rome, membre senior du Village de l’Agriculture et de la Justice ; Paolo Groppo, spécialiste des régimes fonciers de la FAO (R), membre senior du Village de l’Agriculture et de la Justice.