SÉRIES TÉLÉVISÉES ET VIES CONTEMPORAINES
Published Date:30 mars 2021

Certains ont pu dire que le 19e siècle avait vu l’essor du roman comme forme d’art décisive et le 20e siècle celui du cinéma. Pourra-t-on dire un jour que le 21e siècle aura été celui des séries télévisées ? Bien malin qui pourra le dire ! Ce qui est sûr, c’est que les séries télévisées ont pris une importance considérable dans la culture contemporaine depuis une vingtaine d’années. Innombrables sont les publications qui en témoignent. « il est trop tôt pour dire que les séries télévisées sont l’art majeur du 21e siècle. En revanche, en tant que forme d’expression, elles ont sans aucun doute acquis une maturité et une dose d’inventivité qui en font des objets complexes et passionnants, avec une liberté de ton que beaucoup de films de cinéma n’ont plus. Leur découpage en épisodes leur permet aussi de s’adapter à nos rythmes de vie de plus en plus nomades et hachés»[1]. Longtemps considérées comme représentant un genre culturel mineur, les séries – qui se sont multipliées de façon exponentielle – ont connu également, dans l’ensemble, une amélioration considérable de leur qualité. Il y a des désormais des séries qui esthétiquement et narrativement rivalisent avec les meilleurs films. Leur omniprésence dans la culture contemporaine, notamment mais pas uniquement chez les plus jeunes, amène à se poser un certain nombre de questions. Développent-elles un art original du récit ? Les particularités scénaristiques, que leur longueur entraîne le plus souvent, contribuent-elles à donner une représentation de la vie humaine et de ses choix qui appauvrit ou enrichit le spectateur ? Représentent-elles une innovation radicale ou une variation visuelle du genre ancien des feuilletons ? Pour essayer de répondre à ces questions, il peut être intéressant de se pencher sur un certain nombre de dispositifs narratifs spécifiques de ce genre culturel. Cette question a d’ailleurs été abordée très récemment par la Civiltà dans un article qui mettait en valeur la spécificité du rapport au temps engendré par ce dispositif artistique[2]. Cette observation est souvent faite par les articles scientifiques abordant les séries.

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[1] Marjolaine Boutet, « Les séries télévisées sont-elles l’art majeur du xxième siècle ? », Nectart 1 (2015) 107-117, p. 117. Cf. aussi Marjolaine Boutet, « Histoire des séries télévisées », in Sarah Sepulchre (dir.), Décoder les séries télévisées (Bruxelles, De Boeck, 2011) 11-46.

[2] Cf. Manuel Lencastre Cardoso, « Perché vediamo le serie TV? », CivCat 4075 (2020) 82-88.

[3] Cf. Northrop Frye, The Great Code: The Bible and Literature, Harcourt Brace Jovanovich, 1982. Il retournera à ce thème de plus en plus prégnant dans son oeuvre dans Words With Power: Being a Second Study of ‘The Bible and Literature‘, Univ. of Toronto Press, 1988.

[4] Cf. François Jost, « À quelles conditions est-il possible de faire une narratologie comparée ?‪ », Questions de communication 31(2017), 265-278, p. 275.

[5] Depuis quelques années sont apparues des ‘mini-séries’, de 4 épisodes par exemple, comme la série Unorthodox analysée dans la Civiltà. Dans ce cas, on se rapproche d’un long film (comme The Irishman de M. Scorsese).

[6] Cf. Jean-Pierre Esquenazi, « Histoires sans fin des séries télévisées », Sociétés & Représentations 39 (2015) 93-102, p. 97.

[7] Cf. Wilhelm Schapp, Empêtrés dans des histoires, Cerf, 1992 (original allemand de 1953).

[8] Cf. Jean Héring dans sa recension de W. Schapp pour la Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses 34 (1954) p. 414.

[9] Cf. Umberto Eco, «°Innovation et répétition : entre esthétique moderne et postmoderne°», Réseaux 12 (1994) 9-26 (original de 1987) 9-26, p. 12.

[10] Dans «°Repenser le récit avec les séries télévisées », Télévision 7 (2016) 9-12, p. 10.

[11] Télévision n°7, Repenser le récit avec les séries télévisées, Paris, CNRS Éditions, 2016.

[12] Marjolaine Boutet, « Les séries télévisées sont-elles l’art majeur du xxième siècle ? », Nectart 1 (2015) 107-117, p. 111. Elle fait allusion à l’article cité en note 8.

[13] Cf. Umberto Eco, «°Innovation et répétition : entre esthétique moderne et postmoderne°», Réseaux 12 (1994) 9-26 (original de 1987) 9-26, p. 12.

[14] Cf. Jean-François Pigoullié, Franck Damour, « Les séries télé et la transmission de la foi », Études (2019), 95-105. Ils analysent la série danoise Au nom du père (2017) et deux séries italiennes : The Young Pope (2016) et Il Miracolo (2018).

[15] Sur ces trois catégories comme étant au cœur de la dynamique narrative, voir M. Sternberg, The Poetics of Biblical Narrative. Ideological Literature and the Drama of Reading (Bloomington, 1985) 264-320.

[16] Cf. Umberto Eco, «°Innovation et répétition : entre esthétique moderne et postmoderne°», Réseaux 12 (1994) 9-26 (original de 1987) 9-26, p. 24.

[17] Cf. Pascal Ide, « Pourquoi aimons-nous les séries télévisées ? Une exégèse selon les quatre sens de l’Écriture », NRT 142 (2020) 437-455, p. 454.