« QUERIDA AMAZONIA », ENTRE RÉCIT ET MÉTAPHORES
Published Date:14 octobre 2020

L’exhortation du pape François Querida Amazonia surprend à bien des égards. Elle surprend notamment par la place qu’y occupe la poésie. Là où les papes précédents nous ont habitués aux références philosophiques et théologiques nous attendent des extraits de poèmes. Ces derniers créent des éclaircies inattendues dans la surface du texte, des respirations inaccoutumées dans un document du magistère. Seize écrivains et poètes, sud-américains d’origine ou d’adoption, sont cités ; leurs textes, on le devine, donnent leur pleine mesure en espagnol et en portugais.[1] S’ils résonnent en d’autres langues, c’est grâce à un effort redoublé de la part des traducteurs.

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[1] Seize écrivains et poètes en bonne partie amazoniens sont cités : Ana Varela, Jorge Vega Márquez, Alberto Araújo, Ramón Iribertegui, Yana Lucila Lema, Evaristo de Miranda, Juan Carlos Galeano, Javier Yglesias, Mario Vargas Llosa, Euclides de Cunha, Pablo Neruda, Amadeu Thiago de Mello, Vinicius de Moraes, Harald Sioli, Sui Yun et Pedro Casaldaliga. L’Amazonie, indique l’exhortation « est devenue une source d’inspiration artistique, littéraire, musicale, culturelle. Les divers arts, et en particulier la poésie, se sont laissé inspirer par l’eau, par la forêt, par la vie qui bouillonne, ainsi que par la diversité culturelle et par les défis écologiques et sociaux » (n. 35).

[2] Ces pages sont extraites de l’ouvrage Chère Amazonie (Querida Amazonia). Exhortation apostolique post-synodale, édition commentée sous la direction des Jésuites du Ceras, Paris, Lessius, 2020.

[3] J. B. Metz, « Petite apologie du récit », Concilium 8 (1973) 7-69. À propos de la centralité de la narration, voir le message récent du pape François pour la 54e journée mondiale des communications sociales, « ‘Afin que tu puisses raconter à ton fils et au fils de ton fils’ (Ex. 10, 2). La vie se fait Histoire » (le 24 janvier 2020), consultable sur www.vatican.va

[4] L’exhortation cite ici le Document préparatoire à l’Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour la Région Panamazonienne, n. 8.

[5] Des « poètes contemplatifs et prophétiques » que l’Amazonie a suscités, le pape François écrit qu’ils « nous aident à nous libérer du paradigme technocratique et consumériste qui détruit la nature et qui nous laisse sans existence véritablement digne » (n. 46).

[6] P. Ricœur, « L’imagination dans le discours et dans l’action », in Id., Du texte à l’action. Essais d’herméneutique, II, Paris, Seuil, 1986, p. 221.

[7] On sait l’importance de la figure du polyèdre dans la pensée du pape François ; voir notamment l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (2013) : « Le modèle n’est pas la sphère, qui n’est pas supérieure aux parties, où chaque point est équidistant du centre et où il n’y a pas de différence entre un point et un autre. Le modèle est le polyèdre, qui reflète la confluence de tous les éléments partiels qui, en lui, conservent leur originalité » (n. 236). Cette figure est appliquée à l’interrelation des cultures et des peuples dans l’unique famille humaine, mais également, comme ici, à la corrélation des éléments dans une culture donnée.

[8] Voir à ce propos la Contemplatio ad amorem proposée par Ignace de Loyola dans ses Exercices Spirituels : « Regarder comment Dieu habite dans les créatures : dans les éléments (…), dans les plantes (…), dans les animaux (…), dans les hommes » (n° 235) ; voir aussi le Cantique des créatures de François d’Assise.

[9] Ricœur, « Imagination », p. 225.