QUEL FUTUR POUR L’EUROPE ?
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:26 août 2020

La crise liée au Covid-19 a remis au premier plan une question clef des dernières années – et au fond la seule question capitale de nos pays d’Europe occidentale : y a-t-il encore un futur pour l’Union européenne ? Pour cette Union qui donne un poids et une colonne vertébrale à une Europe géographique plus difficile à définir. Peut-on encore entendre les paroles que le Seigneur inspirait au prophète Jérémie au temps de l’exil et du désespoir : « Il y a une espérance pour ton avenir – oracle du Seigneur » (Jr 31,17a) ? Face aux critiques et aux méfiances, peut-on imaginer un avenir crédible sans l’Union européenne ? Cette union n’est-elle pas le seul outil politique, plus qu’économique, pour que l’Europe n’entre pas définitivement dans les marges de l’histoire mondiale ? Ne devrait-elle pas avoir aussi une dimension culturelle et spirituelle ?

Les soubresauts de l’aide communautaire, au moment où l’effondrement économique lié au virus commençait à se dessiner, ont suscité le doute chez beaucoup de gens qui étaient jusque-là plutôt europhiles. Les eurosceptiques jubilent et brandissent leur ‘solution’ de repli sur la sphère nationale comme étant la seule possible. Les europhiles répètent que les solutions et les réponses doivent être européennes et coordonnées pour être efficaces mais le refrain semble bien usé. Peut-on discerner des raisons d’espérer ?

 

Une question ancienne

La question a pris une acuité plus urgente mais elle n’est en rien nouvelle. Cela fait des années que la question du nouveau souffle du processus d’Union des pays d’Europe se pose. Domination de la logique financière, déficit démocratique, obésité administrative et, surtout peut-être, panne d’inspiration pour l’avenir. L’Europe fait-elle encore rêver ? La réponse est clairement négative et le Brexit a mis en pleine lumière ce constat.

Il y a d’un côté ceux qui sont rationnellement convaincus qu’une Europe plus unie et plus décisionnaire est la seule solution pour peser face à la Chine et aux USA et, plus près de nous, pour résister au travail de sape souterrain que le dirigeant actuel de la Russie met en œuvre pour affaiblir les démocraties. Non pas d’ailleurs qu’il aurait des visées sur l’Europe en tant que telle, fût-elle orientale, mais parce qu’un échec de ce grand espace démocratique favoriserait la survie de son système autoritaire et son propre maintien au pouvoir, achevant de convaincre les Russes libéraux et démocrates – qui existent toujours – qu’il est vain de regarder à l’Ouest. Cette stratégie a deux siècles en Russie.

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[1] La logique populiste est ancienne et existait à Rome, comme l’a bien montré Raphaël Doan, Quand Rome inventait le populisme, Paris, Cerf, 2019. La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires est un essai du géographe français Christophe Guilluy, paru en septembre 2014 chez Flammarion.

[2] Cf. M. Rastoin, « L’invecchiamento della popolazione mondiale e il futuro dell’umanità », Civiltà Cattolica 165 (2014) 444-456.

[3] J.-C. Hollerich, « Verso le elezioni europee », in Civilta Cattolica 2019 II 109.

[4] Cf. sur ce point Christophe Guilluy, La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014 ainsi que No Society. La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 2018 (La società non esiste: La fine della classe media occidentale, LUISS, 2019).

[5] Cf., pour le cas français, l’analyse sociologique de Jérôme Fourquet, L’archipel français, Paris, Seuil, 2019.

[6] J.-C. Hollerich, « Verso le elezioni europee », in Civilta Cattolica 2019 II 107.

[7] Cf. Rémi Brague, Europe, la voie romaine, Paris, Criterion, 1992. Où Rome est précisément ce qui permet de tenir ensemble Athènes et Jérusalem.

[8] Qui dit ceci en son paragraphe 16 : « Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes ».

[9] Cf. Mgr Jean-Claude Hollerich, «  L’Europa e il virus», Civiltà Cattolica 4076 (2020).

[10] Sur le vide spirituel et culturel des classes populaires dans l’Europe déchristianisée, on pourra lire le passionnant récit-enquête de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham, Paris, L’olivier, 2010.

[11] Cf. Mgr Jean-Claude Hollerich, «  L’Europa e il virus», Civiltà Cattolica 4076 (2020).

[12] Cf. Mgr Jean-Claude Hollerich, «  L’Europa e il virus», Civiltà Cattolica 4076 (2020).

[13] Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas lutter contre l’intégralisme islamique et sa volonté de constituer des collectivités où il domine.

[14] Cf. « Il faut toujours se souvenir de l’architecture propre de l’Union Européenne, basée sur les principes de solidarité et de subsidiarité » Pape François, Discours au Parlement européen le 25 novembre 2014 (online).

[15] “Though much is taken, much abides; and though; We are not now that strength which in old days; Moved earth and heaven; that which we are, we are; One equal temper of heroic hearts, Made weak by time and fate, but strong in will; To strive, to seek, to find, and not to yield” Alfred Tennyson, Tennyson: A Selected Edition, Berkeley, University of California Press, 1989, pp. 138-145.

[16] Cf. Pape François, Repenser l’Europe : la personne et la communauté, Paris, Salvator, 2018. Outre le discours de Strasbourg (2014), le discours pour la réception du Prix Charlemagne (2016) et celui aux chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne (2017) montrent l’attention que le pape argentin porte à l’Europe.