PAUL RICOEUR DANS LE MAGISTÈRE DU PAPE FRANÇOIS
Last Updated Date : 21 octobre 2021
Published Date:28 septembre 2021

Ces dernières années, plusieurs études ont été publiées sur la « généalogie » de la pensée de Jorge Mario Bergoglio. À cet égard, un livre de Massimo Borghesi a exercé une forte influence[1]. Le fond implicite de la pensée de Bergoglio semble inspiré surtout par l’anthropologie de Romano Guardini et l’interprétation des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola proposée par le philosophe Gaston Fessard. En plus de souligner l’influence que le Père Miguel Ángel Fiorito a eu sur lui, François a avoué, alors qu’il était déjà Souverain Pontife, qu’il avait une admiration particulière pour deux jésuites français : Henri de Lubac et Michel de Certeau[2].

Il semble donc que la « phénoménologie herméneutique » de Paul Ricœur – si nous pouvons l’appeler ainsi – ne figure pas sur la liste des courants théologiques et philosophiques du parcours intellectuel de Bergoglio. Pourtant, la présence de la pensée de ce philosophe protestant dans son magistère est indiscutable.

Dans cette perspective, nous proposons d’approfondir ici les trois citations explicites de Paul Ricœur qui figurent dans les documents du magistère du pape François. Nous tenterons ensuite de montrer deux aspects indissociablement liés du magistère de l’Église contemporaine. D’une part, nous observons que les références à l’œuvre de Ricœur apparaissent à un moment où le Pape semble vouloir valoriser le rôle des médiations institutionnelles par rapport à la pratique concrète, stable et durable de la charité. D’autre part, la philosophie de Ricœur est utilisée dans le contexte de l’affirmation d’une identité non sclérosée, tant de la personne humaine que de l’Église elle-même. Sous la forme d’une « identité narrative », l’Église assume une identité qui est à la fois héritée du passé et à créer dans le temps à venir.

 

Proximité personnelle et institutions justes : Deux dimensions de la charité

Dans la dernière encyclique du pape François, Fratelli tutti (FT), la référence à Ricœur apparaît pour la première fois au n° 102. Affirmant explicitement dans une note de bas de page qu’il s’est « inspiré » d’un texte de ce philosophe, le Pape discerne dans la parabole du bon Samaritain (cf. Lc 10, 25-37) la critique d’un monde où il n’y a pas de place pour le développement de la proximité personnelle, sans laquelle il ne peut y avoir de véritable charité chrétienne.

This article is reserved for paid subscribers. Please subscribe to continue reading this article
Subscribe