MIGRATIONS ET ISLAM
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:29 mai 2020

Le spectre de la xénophobie en Europe

Un spectre rôde depuis des années en Europe, menaçant sa cohésion politique, sociale et culturelle : c’est la peur de l’immigré, et en particulier de celui qui est musulman, habilement manipulée par certains récits médiatiques. En effet, parfois, dans nos sociétés, dans celles qui sont les moins ouvertes et démocratiques, le réfugié est senti non pas comme celui qui fuit la guerre et la violence et qui mérite – comme le prévoient les lois internationales – protection et accueil, mais au contraire comme un ennemi qui menace nos biens, notre tranquillité, notre culture.

On peut dire la même chose de l’« immigré économique » qui, poussé par la misère, la faim ou la sécheresse, cherche dans la riche Europe qu’il imagine sécurité et travail, pour lui-même et pour sa famille. En outre, il arrive que les immigrés soient présentés, par une certaine propagande, comme d’éventuels ou futurs terroristes voulant apporter le chaos et la mort dans nos villes[1].

L’hostilité envers l’immigration – en particulier l’immigration musulmane –, perçue par certains comme un facteur de risque pour l’identité nationale, a certainement favorisé l’avancée des mouvements et des partis populistes dans toute l’Europe. La preuve en est les récentes aventures politico-électorales nationales en France, en Allemagne, en Autriche, en Grande-Bretagne, en Italie[2], et pour finir en Suède. À part naturellement les pays du groupe de Višegrad. Dans tous ces pays, cela fait déjà longtemps que le problème des migrants a été transformé par des « agitateurs populistes » en arme politique, que ce soit pour frapper l’establishment au pouvoir (jugé trop faible pour affronter le phénomène migratoire), ou pour imposer, en matière d’immigration, une politique plus restrictive, destinée à la décourager. On demandait à augmenter le contrôle aux frontières entre les États adhérant à l’accord de Schengen, ou à imposer des limites très strictes à l’accueil de ces réfugiés, tandis que dans d’autres pays de l’UE, on construisait de véritables murs ou barricades pour barrer l’accès à ceux qui fuyaient la guerre au Moyen-Orient.

Il est hors de doute que la récente vague de migrants provenant des pays musulmans a été un élément « catalyseur », comme on l’a dit, des peurs et du mécontentement de beaucoup de personnes. Il faut pourtant remarquer que les récents résultats électoraux des divers pays de l’UE ont certainement subi le poids des transformations apportées par la globalisation et par le rythme de plus en plus rapide des innovations technologiques. Effectivement, beaucoup d’ouvriers travaillant dans les vieilles entreprises manufacturières européennes, désormais obsolètes et ayant perdu leur compétitivité sur les marchés, « se sont trouvés confrontés à la nécessité d’entamer une requalification de leurs compétences, une compétition pour un poste de travail quel qu’il soit ou de dépendre des subsides de l’État[3] ».

This article is reserved for paid subscribers. Please subscribe to continue reading this article
Subscribe