MEDIAS, ÉGLISE ET PANDÉMIE
Last Updated Date : 6 août 2021
Published Date:12 novembre 2020

L’écologie des médias, un secteur particulier des études de communication, aborde son objet comme un écosystème. Pour le dire avec la métaphore d’un écosystème naturel, ce type d’étude imagine la communication comme un environnement dans lequel beaucoup d’éléments divers interagissent. Il contient non seulement différents moyens de communication, comme le téléphone, la radio, la télévision, les médias sociaux, la presse écrite, et d’autres encore, mais aussi des personnes, des idées, des cultures, des événements historiques, etc. Comme dans tout écosystème, quand une partie, quelle qu’elle soit, change, elle affecte toutes les autres. S’en tenant à l’image d’un écosystème naturel, si, par exemple, on introduit nouvelle espèce de grenouille dans un étang en forêt, cela affectera les insectes vivant à proximité de l’étang, les herbes et les fleurs de la région, les oiseaux, les poissons, les animaux, enfin tout.

La même dynamique se produit dans l’écologie des médias. Nous l’avons vu de façon spectaculaire au cours des 15 dernières années. L’avènement du smartphone, c’est-à-dire d’un téléphone mobile qui permet d’accéder à Internet, a changé tous les modes de communication. Au lieu de parler, les gens envoient des SMS ; au lieu de lire un journal, ils suivent la mise à jour continue des fils d’information ; au lieu de regarder des films ou la télévision, ils regardent des clips vidéo ; au lieu de se retrouver entre amis, ils se connectent aux réseaux sociaux. Nous pourrions trouver encore beaucoup d’autres exemples de ce genre. Quelle que soit la manière dont on veut l’expliquer, ce modèle de l’écosystème décrit l’environnement de communication dans lequel l’Église a affronté la pandémie du Covid-19. Pourtant, dans ce cas, les changements ont été provoqués non par le lancement d’une nouvelle technologie de communication mais par l’arrivée du virus.

 

Voir l’Église à travers l’écologie des médias

Lorsque la pandémie a éclaté, l’Église, comme tous les acteurs sociaux, avait déjà été confrontée à un bouleversement – bien que relativement lent – de ses modèles de communication. Les institutions ecclésiastiques ont continué à utiliser la presse écrite et le Vatican avait une station de radio et de télévision, destinée à la diffusion dans les pays et sur les réseaux du monde entier. Les sommets ecclésiastiques nationaux ont souvent bénéficié d’accords similaires avec les diffuseurs de leurs pays respectifs. Internet a introduit encore d’autres moyens de distribution, offrant des sites Web gérés par des offices ecclésiastiques. Fondamentalement, ils ont maintenu un modèle basé sur la « transmission », c’est-à-dire sur la distribution de contenu par des sources institutionnelles. Les médias sociaux, avec leur communication bidirectionnelle, ont ouvert de nouvelles opportunités et, par leur nature même, remis en question les modèles de communication existants.

L’Église, à la fois universelle et locale, a répondu à la pandémie à tous les niveaux de communication. La communication vis-à-vis de la majorité des personnes dans les pays technologiquement avancés s’est faite en ligne. Quand les autorités sanitaires locales ont interdit tous les rassemblements publics, les paroisses ont offert des messes en streaming en direct, et ainsi le nombre de célébrations eucharistiques télévisées et en ligne s’est considérablement accru. Les paroisses et les diocèses ont transmis l’éducation religieuse sur des canaux en ligne. Les communautés religieuses et autres groupes ecclésiaux ont préparé des guides dévotionnels en ligne, augmentant l’offre d’aide spirituelle : lectures, méditations guidées, art, commentaires, etc. Les paroissiens ont continué leur étude biblique en ligne, tout comme les groupes de prière. Le Vatican a continué à diffuser les activités du Pape sur des médias plus traditionnels, transmettant, par exemple, l’inoubliable bénédiction Urbi et Orbi depuis une place Saint-Pierre déserte.

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[1] W. J. Ong, Oralità e scrittura. Le tecnologie della parola, Bologne, il Mulino, 2014.

[2] A. Dulles, The Church is Communication, Rome, Multimedia International, 1971, 5-18 ; Id., Models of the Church (en ital., Modelli di chiesa, Padoue, Messaggero, 2005), Garden City (NY), Image Books, 1974 ; Id., « Vatican II and communications », in R. Latourelle (éd.), Vatican II : Assessment and perspectives, twenty-five years after (1962-1987), vol. 3, New York, Paulist Press, 1989, 528-547.

[3] Cf. M. McLuhan et E. McLuhan, Le tetradi perdute di Marshall McLuhan, Milan, il Saggiatore, 2019.

[4] Cf. G. Sandstrom, « Laws of media The four effects : A McLuhan contribution to social epistemology », Social Epistemology Review and Reply Collective 12 (2012/1) 1-6 (cf. wp.me/p1Bfg0-uc).

[5] Cf. M. Soules, « McLuhan light and dark » : Media-Studies.ca (www. media-studies.ca/articles/mcluhan.htm), 28 juillet 2020.