LES « JUIFS » ET LE « JUDAÏSME » DANS L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE. Une révolution dans l’interprétation
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:3 juin 2020

La transformation des relations entre Juifs et Chrétiens est l’une des grandes révolutions du 20ème siècle. Pendant des siècles, on a souvent enseigné aux chrétiens à lier les mots « juif » et « judaïsme » aux royaumes du péché, de la rébellion, des ténèbres et du mal par le biais d’une interprétation mal comprise des textes bibliques, considérés par les catholiques comme « la parole de Dieu ». Au siècle dernier, et en particulier après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de chercheurs ont documenté le développement d’un « enseignement du mépris », une expression inventée par l’historien juif français Jules Isaac, un survivant de l’Holocauste.

La transformation de l’enseignement du mépris en un enseignement du respect s’est aussi réalisée grâce à des réunions d’érudits juifs, tels que Jules Isaac et Abraham Joshua Heschel, avec les plus grands représentants du Vatican. Dans un document présenté à Pie XII en 1949, Isaac envisagea une nouvelle approche des juifs et du judaïsme. En juin 1960, il rencontra Jean XXIII, au moment où le pape était sur le point de convoquer le Concile Vatican II. Heschel formulait des réflexions similaires dans son amitié avec Card. Agostino Bea, chargé de rédiger un document sur la « question juive ».

L’enseignement du mépris reposait sur une interprétation spécifique des textes bibliques et s’exprimait dans des formules liturgiques et des homélies. Selon cet enseignement, les Juifs non seulement avaient tué Jésus de Nazareth, le Christ-Messie et le Fils de Dieu, mais ils ont aussi obstinément continué à refuser de le reconnaître après sa résurrection d’entre les morts ; le judaïsme, qui était déjà une religion dégénérée en légalisme à l’époque de Jésus, est une superstition inutile, un obstacle qui empêche les juifs de devenir chrétiens ; de plus, l’Église a remplacé les Juifs en tant que peuple élu de Dieu, parce que Dieu lui-même les a répudiés à cause de leurs péchés.

L’enseignement du mépris à l’égard des juifs et du judaïsme ne reposait pas uniquement sur des textes extraits au Nouveau Testament – comme ceux décrivant les discussions polémiques entre Jésus et les maîtres juifs de son temps, mais surtout sa passion et sa mort – mais aussi sur des passages de l’Ancien Testament dans lesquels les anciens prophètes ont reproché au peuple d’Israël d’avoir désobéi à Dieu.

Les Pères de l’Église, qui étaient des lecteurs assidus de la Sainte Écriture et de ses interprètes fiables, avaient ajouté encore d’autres éléments à la vision négative des juifs et du judaïsme. Dans la liturgie et dans des homélies – en particulier pour la Semaine sainte, quand la passion et la mort de Jésus sont commémorées – cet enseignement a été repris en crescendo jusqu’au Vendredi saint, le jour consacré à la commémoration de la mort du Christ.

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