LE POUVOIR DU PARDON-“Apeirogon” un livre de Colum McCann
Last Updated Date : 22 février 2021
Published Date:19 février 2021

Depuis des décennies maintenant, le conflit israélo-palestinien habite nos esprits et nos nouvelles. Ce n’est certainement pas le plus meurtrier ni le plus atroce des conflits que l’humanité a connus depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale. Néanmoins sa valeur symbolique, la façon dont il touche à la relation à une terre qui est chère à des milliards de croyants, fait qu’il a suscité un grand nombre d’interprétations et de lectures. Presque innombrables sont les œuvres de géopolitique ou de fiction qui lui ont été consacrées. En outre, année après année, il évolue car les identités nationales, comme les récits construits autour des conflits, changent avec le temps. Pour ne relever que le plus évident, la dimension religieuse était par exemple peu présente dans le premier mouvement sioniste tout comme dans les organisations nationalistes palestiniennes des années 60 ou 70. Et voilà qu’un auteur irlandais Colum McCann, écrit un livre qui offre un regard unique et puissant sur ce conflit. Ce livre s’appelle énigmatiquement Apeirogon, ce qui désigne une figure géométrique au nombre infini de côtés. Ce n’est ni un roman ni une fiction, ni un livre d’histoire ni un essai savant. Il ne prétend offrir ni solutions ni explications. Il ne ‘prétend’ rien. Et c’est sa force.

Que fait-il alors? L’auteur a pris des mois pour rencontrer longuement deux hommes. L’un s’appelle Bassam Aramin, il est palestinien. L’autre s’appelle Rami Elhanan et il est israélien. Qu’ont-ils en commun ? Quelque chose d’éminemment simple et d’indescriptible à la fois. Ils ont tous les deux perdu une petite fille du fait des ‘autres’. Rami et sa femme avaient – il faudrait dire ‘ont’ – une fillette de 13 ans, Smadar, qui est morte assassinée dans un attentat suicide à Jérusalem. Dix ans plus tard, Bassam et sa femme avaient également une fillette très aimée, Abir : la balle en caoutchouc d’un soldat israélien venue de planter en arrière de sa tête, lui a ôtée la vie. Deux fillettes intelligentes, joyeuses, pleines de vie, la joie de leur famille. Comment vivre après cela ? Comment ne pas tomber dans un désir de vengeance mortifère ? Dans un désespoir insondable tant le conflit dure et aucune solution ne parait devoir empêcher que d’autres enfants subissent le même sort année après année ?

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[1] Cf. Apeirogon, Empl 1078.

[2] Cf. Apeirogon, Empl 1777.

[3] Cf. Apeirogon, Empl 3159, même idée 3109.

[4] Cf. Apeirogon, Empl 2089.

[5] Cf. Apeirogon, Empl 3346.