LE PAPE FRANÇOIS PARLE AVEC DES MUSULMANS
Last Updated Date : 20 juillet 2021
Published Date:19 juillet 2021

La signification, sur le plan théologique, du voyage du pape François en Irak en mars 2021 n’apparaît clairement que lorsqu’elle est placée dans un contexte théologique, historique et chronologique plus large.

Tout d’abord, il faut considérer que le Pape vient du continent où le pourcentage de musulmans est le plus faible, bien que la patrie de Jorge Bergoglio, l’Argentine, soit le pays d’Amérique latine où vit la plus grande partie de la population musulmane : environ 400 000 personnes appartiennent à l’islam. C’est un nombre beaucoup plus élevé que, par exemple, celui des Juifs d’Argentine. Le pape François a déjà apporté avec lui de Buenos Aires l’amitié avec un important musulman argentin : l’ancien Secrétaire Général du Centre Islamique Argentin, Omar Abboud ; et il a aussi apporté avec lui à Rome l’expérience de comment l’action de l’Église se répercute à plus d’un niveau, si elle se fait en collaboration avec des institutions et des personnes islamiques, exactement comme dans la collaboration judéo-chrétienne.

Dès la lettre post-synodale Evangelii gaudium, perçue à juste titre comme le programme du pontificat, une familiarité convaincante entre chrétiens et musulmans se dégage. Pour François, cela a dès le début rendu possible cette ouverture qui peut bien être définie comme une « franchise apostolique » (parrēsia)[1] : ne pas édulcorer sa propre proclamation dans le compromis mais la présenter avec conviction tout en adressant les critiques nécessaires aux autres ; toutefois, parler, en même temps, de façon autocritique, vivre les rencontres comme des occasions de « purification et d’enrichissement » mutuels[2] et saisir une vision commune du monde[3].

Au cours des huit dernières années, François a ainsi pu manifester en divers endroits une compréhension catholique de l’islam qui actualise de manière impressionnante la description que le Concile avait faite de l’attitude de l’Église envers les musulmans : le « respect ». En six lieux, il a montré de manière toujours plus précise ce que nous attendons les uns des autres et les uns avec les autres. Revisitons donc ces six lieux. Ce sont tous des lieux symboliques et aussi de souvenirs extrêmement douloureux.

This article is reserved for paid subscribers. Please subscribe to continue reading this article
Subscribe

 

 

[1] Evangelii gaudium (EG), nº 259. Voir F. Körner, « Apertura nella verità e nell’amore. “Evangelii gaudium” e il dialogo cattolico-musulmano », Gregorianum 96 (2015) 123-143 ; Id., « Nella verità e nell’amore. Apertura per il dialogo cattolico-musulmano », dans : H. M. Yáñez (éd.), « Evangelii gaudium » : il testo ci interroga. Chiavi di lettura, testimonianze e prospettive, Rome, Pontificia Università Gregoriana, 2014, 195-205.

[2] EG 250. Benoît XVI avait utilisé cette définition du dialogue dans son dernier discours à l’occasion de la présentation des vœux de Noël de la Curie romaine, le 21 décembre 2012. C’est là son origine (cf. F. Körner, « Prefazione », dans : G. Osto, La testimonianza del dialogo. Piero Rossano tra Bibbia, religioni e cultura, Milan, Glossa, 2019, XXV-XXIX). Cependant, le texte fait référence à un document de 1984 émané de l’office que l’on appelait à l’époque « Secrétariat pour les non-chrétiens », Attitude de l’Église catholique devant les croyants des autres religions. Réflexions et orientations concernant le dialogue et la mission, nº 21.

[3] F. Körner, « Dialogo come collaborazione. Come nella casa comune tutto è in relazione », dans : H. M. Yáñez (éd.), « Laudato si’ ». Linee di lettura interdisciplinari per la cura della casa comune, Rome, Pontificia Università Gregoriana, 2017, 115-139.

[4] L’original en italien : « un accorato appello a tutte le persone e le comunità che si riconoscono in Abramo ». Cf. www.vatican.va/content/francesco/it/speeches/2014/may/documents/papa-francesco_20140526_terra-santa-gran-mufti-jerusalem.html.

[5] L’original italien sur www.vatican.va/content/francesco/it/speeches/2015/june/documents/papa-francesco_20150606_sarajevo-incontro-ecumenico.html

[6] Cf. Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux, Dialogue in Truth and Charity. Pastoral Orientations for Interreligious Dialogue, nº 82. Benoît XVI avait déjà prié avec des Juifs dans la synagogue de Rome, en hébreu, après avoir déclaré : « Les chrétiens et les juifs ont en commun une grande partie de leur patrimoine spirituel, ils prient le même Seigneur ». Cf. www.radioradicale.it/scheda/295272/visita-di-papa-benedetto-xvi-alla-comunita-ebraica-di-roma ; l’original italien sur www.vatican.va/content/benedict-xvi/it/speeches/2010/january/documents/hf_ben-xvi_spe_20100117_sinagoga.html .

[7] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, nos 2559 ; 2562 ; 2565 : la prière comme don de Dieu, alliance et communion.

[8] Ibid.

[9] « Side by side dimension of our cooperation ». L’original anglais sur www.vatican.va/content/benedict-xvi/en/speeches/2010/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20100917_altre-religioni.html.

[10] Article 18.1 : din dövlǝtdǝn ayrıdır.

[11] Cf., par exemple, www.forum18.org/archive.php?article_id=2647.

[12] www.vatican.va/content/francesco/it/speeches/2016/october/documents/papa-francesco_20161002_azerbaijan-incontro-interreligioso-baku.html

[13] L’original italien sur www.vatican.va/content/francesco/it/speeches/2017/april/documents/papa-francesco_20170428_egitto-conferenza-pace.html.

[14] Pour une discussion plus approfondie, cf. F. Körner, « Humanität als Identität, Alterität und Authentizität. Zur Kriteriologie des Religionsdialogs bei Papst Franziskus », dans : M. Eckholt – G. Etzelmüller – H. El Mallouki (éds), « Konkurrenz ». Hermeneutische Grundlagen des christlich-muslimischen Gesprächs, Fribourg, Herder, 2020, 250-268.

[15] Cf. F. Körner, « Fratellanza umana. Una riflessione sul Documento di Abu Dhabi », Civ. Catt. 2019 II 313-327. L’original allemand, sous une forme un peu plus courte, a été publié sous le titre de « Die Geschwisterlichkeit aller Menschen. Theologisch-islamwissenschaftlicher Kommentar zum Dokument von Abu Dhabi », Stimmen der Zeit 144 (2019) 605-622.

[16] Voir ci-dessus, note 2.

[17] F. Körner, « Das Dokument von Abu Dhabi. Eine politisch-theologische Debatte », Internationale Katholische Zeitschrift Communio 49 (2020) 312-326.

[18] Cf. P. Vallely, « The Fifth Crusade. George Bush and the Christianisation of the War in Iraq », dans : A. Crooke – B. Milton-Edwards – M. Kaldor – P. Vallely (éds), Re-imagining Security, London, British Council, 2004, 42-68.

[19] www.vatican.va/content/francesco/it/messages/pont-messages/2021/documents/papa-francesco_20210304_videomessaggio-iraq.html.

[20] www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2021/march/documents/papa-francesco_20210306_iraq-incontro-interreligioso.html.

[21] Cf. François, Lettre encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015.

[22] La traduction arabe n’a pas rendu le jeu de mots. Ce qu’il a exprimé était : « Dieu le Très-Haut, d’en haut, nous pousse vers notre frère qui est différent de nous. – Allāhu l-mutaʿāliyu min fawq, yadfaʿunā naḥwa akhīnā l-mukhtalifi ʿannā «.

[23] Cf. 1 Jn 4,20. Voir aussi F. Körner, Political Religion. How Christianity and Islam Shape the World, Marwah, Paulist, 2020, 221 ; Id., Politische Religion. Theologie der Weltgestaltung – Christentum und Islam, Fribourg, Herder, 2020, 288.