LE CONFLIT ENTRE LA SYRIE ET LA TURQUIE POUR LA PROVINCE D’IDLIB
Published Date:26 août 2020

Neuf années de guerre en Syrie

Neuf années se sont écoulées depuis le début du conflit syrien, c’est-à-dire depuis que l’optimisme du « printemps arabe » de 2011 s’est transformé en tragédie. Pour la Syrie, tout a commencé le 15 mars de la même année, lorsque les manifestants sont descendus dans les rues de Daraa, dans le sud-ouest du pays, et bientôt les manifestations – le plus souvent pacifiques – se sont répandues dans tout le pays. Les gens demandaient la fin du régime de la famille Assad, qui était au pouvoir depuis 40 ans. La police d’État, comme toujours, a réagi avec une extrême dureté contre des personnes non armées et, en quelques semaines, il y eut des centaines de morts. En réponse, beaucoup d’opposants du régime se sont organisés et ont pris les armes. En Syrie, après neuf ans de guerre civile, on compte 384 000 morts[1].

De plus, selon l’ONU, le nombre de personnes déplacées depuis le début du conflit serait d’environ sept millions, et il y aurait plus de 5 millions réfugiés à l’étranger, notamment en Turquie, au Liban, en Jordanie et dans plusieurs États européens. Au nombre de personnes déplacées il faut ajouter les nombreuses personnes qui ont campé pendant plusieurs mois dans la petite province d’Idlib, près de la frontière turco-syrienne (fermée en 2018, en raison des bombardements intenses du régime et de ses alliés), dans l’espoir de pouvoir le traverser[2] ou d’être « relocalisées » dans les zones qu’ils avaient abandonnées.

Au cours des mois d’hiver de 2019, cette province, devenue un immense camp de regroupement de réfugiés[3], a subi de lourdes frappes aériennes de l’armée de l’air russe et des forces gouvernementales syriennes, qui ont rendu la vie de ses habitants impossible et ont forcé nombre d’entre eux à fuir. Jean Larquet, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, a averti, le 5 février, qu’« il n’y a plus de lieu sûr à Idlib, car des bombes tombent partout »[4].

C’est malheureusement la honte de la guerre en Syrie, où différentes puissances – la Syrie, la Russie, l’Iran et la Turquie – se disputent un petit territoire, sur lequel vivent environ trois millions et demi de personnes, provoquant une crise humanitaire sans précédent.

Pendant ce temps, la guerre qui, après les conquêtes obtenues par le gouvernement de Damas grâce à l’intervention de la Russie, semblait presque terminée a explosé de nouveau ces derniers mois, et cette fois les adversaires – surtout la Russie et la Turquie – semblent disposés à faire les choses sérieusement : les deux, en fait, ne veulent pas perdre la face pour Idlib. Bien que le conflit ait jusqu’à présent été « gelé » par un cessez-le-feu conclu entre Moscou et Ankara en mars dernier, la situation peut basculer à tout moment, frappant des millions de personnes enfermées sur un petit territoire. Pour l’instant, il semble que la trêve soit maintenue. Cependant, selon des informations récentes, elle est de plus en plus souvent violée, et il semble qu’Assad soit déterminé à reprendre Idlib.

Les démocraties occidentales ont en Syrie une dernière chance de ne pas être accusées par le tribunal de l’histoire d’avoir négligé le sort de ce peuple : en assurant que l’accord de cessez-le-feu, signé le 5 mars, soit pleinement respecté et, surtout, s’engageant pour que tant les Russes que les Turcs, ainsi que les autres belligérants présents sur le territoire, retirent les armements et les soldats et donnent aux Syriens la possibilité de décider par eux-mêmes de leur avenir, naturellement sous la supervision de la communauté internationale. Cependant, tout cela, apparemment, du moins pour le moment, ne semble pas réalisable.

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[1] Cf. P. Del Re, « Siria, 10 anni di guerra : 384 mila morti e 11 milioni di profughi », la Repubblica, 15 mars 2020 ; O. Cuthbert, « La guerra senza fine », Internazionale, 20 mars 2020, 29.

[2] Le prix demandé par les trafiquants d’êtres humains pour traverser la frontière est en moyenne de 3 000 euros par personne, et le résultat positif de l’opération n’est pas garanti. Pour un citoyen syrien moyen, ce chiffre est considérable et est généralement collecté avec l’aide des membres de la famille.

[3] Voici comment un journaliste français décrit le lieu : « Une vague de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui tombe dans un territoire serré et surpeuplé. Il inonde les champs, couvre les collines, envahit les villes. Pénètre dans les écoles et les magasins, infiltre les bâtiments en ruine, les recoins les plus étroits, le premier étage d’une mosquée, le sous-sol d’un stade de football » (B. Barthe, « L’ostinata sopravvivenza degli sfollati di Idlib », Internazionale, 20 mars 2020, 28).

[4] M. A. Jalil, « Gli interessi di Russia e Turchia », Internazionale, 28 février 2020, 53.

[5] Cf. G. Sale, « La Turchia e le “enclave” curde in Siria », Civ. Catt. 2018 I 476-490.

[6] C. Hayek, « I siriani di Idlib traditi dalla Turchia », Internazionale, 7 février 2020, 26.

[7] S. Tisdall, « Il gioco pericoloso di Ankara in Siria », Internazionale, 6 mars 2020, 32.

[8] Cf. « Sondaggio, Vladimir Putin crolla, vicino al minimo storico : il coronavirus è la sfida più difficile in 20 anni di presidenza » (www.liberoquotidiano. it/news/esteri/22232671/sondaggio-vladimir-putin-crollo-coronavirus), 22 avril 2020.

[9] Cf. G. Crescente, « Russia e Turchia fanno un passo indietro dal baratro » (www.internazionale.it/opinione/gabriele-crescente/2020/03/06/russia-turchia-accordo-idlib), 6 mars 2020.

[10] Cf. S. Tisdall, « Il gioco pericoloso di Ankara in Siria », 32.

[11] D. Santoro, « La guerra tra Turchia e Russia a Idlib non è inevitabile » (www.limesonline.com/idlib-siria-soldati-turchi-uccisi-guerra-in-siria), 28 février 2020.

[12] Cf. « Strage di soldati turchi in Siria. Erdogan annuncia : non fermeremo più i migranti verso l’Europa. Onu : “Rischio escalation” » (www.repubblica.it/ esteri/2020/02/27/news/strage-di-soldati-turchi-in-siria), 27 février 2020.

[13] Cf. « La situazione sull’isola hotspot greca di Lesbo e nel campo di Moria » (www.meltingpot.org/la-situazione-sulla-isola-hotspot-greca-di-lesbo-nel-campo), 8 mai 2020.

[14] F. Mannocchi, « Nella trappola di Erdogan », L’Espresso, 8 mars 2020, 54.

[15] Malgré le cessez-le-feu, les attaques entre les belligérants n’ont jamais cessé. Selon le Response Coordination Group, ils ont fait deux victimes civiles et ont cependant permis à 234 597 personnes déplacées de rentrer chez elles dans les zones rurales d’Idlib et d’Aleppe. Cf. « Siria : Idlib a due mesi dal cessate il fuoco » (www. sicurezzainternazionale.luiss.it/2020/05/06/siria-idlib-due-mesi-dal-cessate-il-fuoco), 6 mai 2020.

[16] Sur la propagation de Covid-19 en Syrie, cf. A. Spadaro, « Siria e coronavirus. Il tempo si è fatto breve », Civ. Catt. 2020 II 53-55.

[17] Cf. A. Scott, « Putin ed Erdogan cercano una tregua per Idlib », Il Sole 24 Ore, 6 mars 2020.

[18] Ibid.

[19] Cf. « Siria. Turchia-Russia : cessate il fuoco a Idlib » (www.nena-news.it/ siria-turchia-russia-cessate-il-fuoco-a-idlib), 6 mars 2020.

[20] Pour la Turquie, c’était un point très important. Il convient de rappeler qu’Erdogan avait mis en œuvre la menace de libérer le flux de réfugiés en direction de l’UE, dans une tentative d’apaiser l’opinion publique turque qui, déjà insatisfaite de la présence de millions de réfugiés syriens sur son territoire, voyait désormais leurs soldats mourir en Syrie. En fait, 56 soldats turcs sont morts depuis début février à Idlib. C’est pourquoi le président turc a dû donner de bonnes nouvelles à ses citoyens sur ce point, arguant, à la manière d’un propagandiste, que la crise des réfugiés était en train d’être résolue et que la Turquie s’était partiellement déchargée de ce fardeau. Cf. M. Gurcan, « Le questioni da risolvere dopo la tregua di Idlib », Internazionale, 13 mai 2020, 45.

[21] D. Santoro, « Nel Mediterraneo orientale la Turchia cerca l’impero, L’Italia ne sarà espulsa » (www.limesonline.com/cartaceo/nel-mediterraneo-orientale- la-turchia-cerca-limpero), 11 mai 2020.

[22] A. Scott, art. cit.

[23] « Siria, Idlib : un quadro della situazione delle ultime ore » (www.sicurezzainternazionale.luiss.it/2020/05/12/siria-idlib-un-quadro-della-situazione-delleultime-ore), 12 mai 2020.

[24] Cf. Ibid.

[25] Il convient également de garder à l’esprit que, entre les mois d’avril et mai, l’armée de l’air israélienne (qui agit avec le consentement des États-Unis) a effectué pas moins de sept bombardements en Syrie, sur des sites occupés par des Iraniens ou le Hezbollah (dans la province de Homs et dans celle de Paimira), tuant environ 30 personnes. Ainsi se poursuit le conflit entre Israël et l’Iran, combattu cependant sur un troisième territoire. Cf. B. Valli, « Israele-Iran, la guerra segreta », Corriere della Sera, 14 mai 2020.

[26] Cf. G. Agliastro, « Putin-Erdogan, intesa sulla Siria : a Idlib scatta il cessate il fuoco », La Stampa, 6 mars 2020.

[27] François, Angélus, 29 mars 2020 : w2.vatican.va.