L’AVENIR DE LA PAROISSE-Conversion pastorale à l’Évangile
Last Updated Date : 12 mai 2022
Published Date:27 mai 2021

Dans Evangelii gaudium (EG), le pape François s’est longuement attardé sur la “conversion pastorale” de la paroisse, citant Vatican II : «  “Toute rénovation de l’Église consiste essentiellement dans une fidélité plus grande à sa vocation […] L’Église au cours de son pèlerinage, est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu’institution humaine et terrestre ” (Unitatis Redintegratio, 6). (…) J’imagine un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation (…). La paroisse n’est pas une structure caduque ; précisément parce qu’elle a une grande plasticité, elle peut prendre des formes très diverses qui demandent la docilité et la créativité missionnaire du pasteur et de la communauté[1]. »

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Au début de son pontificat, François a donc proposé avec courage et lucidité « une conversion missionnaire de nos communautés paroissiales ». On sent parfois chez elles une difficulté à aller de l’avant et à faire face à l’évolution de la société. Le monde dans lequel nous vivons a connu ces dernières années de profonds changements, avec lesquels les chrétiens doivent également composer. Nous vivons tous une vie frénétique, continuellement en mouvement même lorsque nous nous arrêtons, une vie accélérée, fragmentée en activités multiples, traversée par des messages variés et répétés, dans un tissu métropolitain qui aujourd’hui n’est plus seulement celui des villes, mais s’est étendu aux bourgs et même aux petits centres ruraux. “ La rapidité des changements, le rapprochement des modèles culturels, la facilité des déplacements et la rapidité des communications, sont en train de transformer la perception de l’espace-temps (…). Le lien avec le territoire tend à être de moins en moins perçu, là où les lieux d’appartenance deviennent multiples, où les relations interpersonnelles risquent de se diluer dans le monde virtuel, sans engagement ni responsabilité des personnes à l’égard de leur propre contexte relationnel »[2].

Nous vivons dans un monde plus articulé que par le passé, marqué par le pluralisme culturel et religieux. Que peut faire une paroisse dans une telle situation de transformation ? Est-elle capable de faire face au nouveau style de vie qui s’impose désormais un peu partout ? Est-elle capable, dans cette nouvelle situation qui se généralise, de proclamer la fraîcheur et la joie de l’Évangile ?

 

L’instruction de la Congrégation pour le Clergé

L’instruction de la Congrégation pour le Clergé, La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Église[3], veut attirer l’attention sur l’évolution que la société a connue au cours des dernières décennies et sur le rôle, la forme, de la paroisse dans ce nouveau contexte. Le Pape François demande que la communauté chrétienne ait l’esprit missionnaire et évangélisateur d’une « Église en sortie », et l’Instruction développe ses indications relatives à la communauté, à la paroisse, aux responsabilités de tous les baptisés au service de l’Évangile, en se fondant tout particulièrement sur l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium. Le Pape a affirmé : « La mission, l’Église en sortie, ce n’est pas un programme, une intention à réaliser par un effort de volonté. C’est le Christ qui fait sortir l’Église d’elle-même »[4].

En même temps, l’Instruction se présente comme un outil canonico-pastoral pour mieux appliquer l’ecclésiologie de Vatican II à la vie de la paroisse. Dans son premier discours aux curés de Rome, François a « rappelé l’importance de la ‘créativité’, qui signifie ‘chercher de nouvelles voies’, c’est-à-dire ‘chercher le chemin pour que l’Évangile soit annoncé’ »[5] et attesté dans la réalité de la vie quotidienne.

L’Instruction est composée de deux parties : la première (chapitres 1-6)offre             une réflexion sur la conversion pastorale, le sens missionnaire et l’importance de la paroisse dans le monde d’aujourd’hui ; la seconde (chapitres 7-11) s’attarde sur les structures de la communauté paroissiale, les différents rôles qui y sont présents (prêtres, diacres, consacrés, laïcs), les organes de coresponsabilité ecclésiale dans la prise en charge paroissiale, et présente le contexte dans lequel les changements se produisent et les instruments canoniques pour y faire face. Bien qu’elle ne contienne pas de nouvelles réglementations, l’instruction propose de nouvelles façons d’appliquer au mieux la législation actuelle.

 

La conversion pastorale

Il thème fondamental de l’instruction est la « conversion pastorale […] afin que les communautés chrétiennes soient toujours plus des centres qui favorisent la rencontre avec le Christ »[6]. C’est pourquoi le pape François suggère : « Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus nous répète sans arrêt : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” (Mc 6,37) »[7]. C’est le vrai sens de l’incarnation, le Verbe « s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1,14). La paroisse a une histoire très ancienne et, dès le début, elle a joué un rôle fondamental dans la vie des chrétiens : celui d’annoncer l’Évangile. Le terme même de « paroisse », dans sa signification étymologique (paroikia), indique « une maison au milieu de maisons »[8], précisément pour vivre la logique de l’incarnation que le Seigneur nous a révélée et enseignée.

Quand on parle de conversion pastorale, on pense immédiatement à la transformation des structures : changements de territoire, unification des paroisses, nouvelles unités pastorales, etc. Elles définissent l’identité d’une communauté, rappellent son histoire, marquent profondément une partie du peuple de Dieu[9].  Ces structures ne peuvent cependant pas s’identifier à la réalité de la paroisse, car elle est constituée de personnes, « une communauté de fidèles dont le curé est le pasteur »[10]. Ils constituent le peuple de Dieu réuni autour de l’annonce de l’Évangile et de la célébration de l’Eucharistie, dans une foi vécue dans la charité, en communion avec l’évêque, et donc avec le diocèse et l’Église universelle.

En 2006, Benoît XVI a rappelé que le renouveau de la paroisse devait être pensé à la lumière de l’expérience des premières communautés chrétiennes[11]. Il « ne peut pas, par conséquent, naître uniquement d’initiatives pastorales, même si elles sont utiles et opportunes, ni encore moins de programmes élaborés de façon uniquement théorique. En s’inspirant du modèle apostolique, comme il apparaît dans les Actes des Apôtres, la paroisse “se retrouve” elle-même dans la rencontre avec le Christ, en particulier dans l’Eucharistie »[12].

Le pape François, dans Evangelii gaudium, précise également : « La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié.[13] »

Les structures sont donc des instruments au service des personnes, et non l’inverse ; par conséquent, lorsque nous parlons de renouvellement et de planification, nous devons nous concentrer principalement sur la pastorale des personnes. De même, les projets pastoraux et les plans de restructuration ne doivent pas se résumer à une planification théorique, basée sur des modèles préétablis, à mettre en œuvre à tout prix dans la réalité. Il faut se méfier de deux extrêmes tout aussi négatifs l’un que l’autre : d’une part, l’efficacité, qui se fonde sur des critères mondains ; d’autre part, l’abstraction, ou peut-être l’idéalisme, qui s’insinue dans la vie ecclésiale lorsque l’on cesse d’écouter le Seigneur et que l’on cherche – même de bonne foi – à le remplacer.

En tout cas, il faut éviter les projets théoriques à réaliser en quelques années, surtout si certaines paroisses sont réunies sur la base de critères quantitatifs, sans tenir compte de leurs traditions et de leur histoire. De telles solutions peuvent mettre à rude épreuve la foi du peuple de Dieu et peut-être même conduire à l’abandon de la pratique religieuse. L’Instruction recommande plutôt aux évêques d’agir progressivement, dans un dialogue direct et patient avec les fidèles des paroisses, dans le respect des lieux, des signes et de leur vie de foi.

Lorsque plusieurs paroisses sont réunies en une seule, il faut éviter une bureaucratisation excessive, afin de ne pas en faire des « petites entreprises » qui rendent les gens « utilisateurs passifs » et les éloignent de la vie communautaire et de la participation aux sacrements.

En outre, deux excès sont à éviter : celui d’une communauté dans laquelle le curé et les prêtres ont le monopole de tout, décident seuls de tout, et celui d’une paroisse qui semble être sans pasteur, où des fonctionnaires paroissiaux laïcs s’occupent de la pastorale en vertu d’un contrat de travail et non en esprit missionnaire avec la gratuité du bénévolat.

 

Chemins de réforme

Toute réforme doit être précédée d’une large consultation du clergé et des laïcs, ainsi que des entités institutionnelles déléguées à cet effet (conseils presbytéraux, pastoraux et diocésains), afin de rendre vivante la préoccupation du pasteur pour toutes les réalités du diocèse. Il faut éviter une certaine confusion, soit en « sécularisant » les clercs, soit en « cléricalisant » les laïcs.

Les expériences les plus réussies présentent des signes clairs : la communion et une bonne coordination, de sorte que le centre et la périphérie du diocèse sont en communication efficace à travers des zones et des unités pastorales où chacun peut trouver sa place et son service. Ces regroupements favorisent une « culture de la rencontre »[14] et contribuent à développer la dimension « extravertie » de l’Église, afin de répondre à la mobilité accrue des personnes et de pouvoir donner à chaque fidèle la possibilité d’être un membre actif de la communauté.

Ce rôle peut s’exprimer dans des organes participatifs (conseils pastoraux, conseils pour les affaires économiques), mais aussi dans les tâches individuelles de la catéchèse, de Caritas, de la pastorale des jeunes, du service des malades, des pauvres, des réfugiés, et dans toutes les autres activités que la vie d’une paroisse requiert. Nous y voyons la grande générosité de laïcs, hommes et femmes, consacrés, bénévoles, qui aident discrètement et silencieusement la communauté et tendent la main aux personnes les plus fragiles et les plus nécessiteuses.

 

Au cœur de la communauté

En tout cas, quelle que soit la solution adoptée, il faut souligner que le cœur battant de toute la vie chrétienne et le centre de toute communauté réunie autour de l’autel est l’Eucharistie. Le pape François l’a réitéré en exhortant « à donner une place centrale à l’Eucharistie dans nos vies. C’est l’Eucharistie qui nous fait vivre la vie du Christ et qui édifie l’Église »[15]. Le Pape a également proposé, comme un modèle vers lequel les paroisses doivent tendre, dans notre pèlerinage vers la maison du Père, le style des sanctuaires, afin qu’elles soient également des lieux d’accueil, de prière, d’adoration, de réconciliation, de repos spirituel, de rencontre avec Dieu, avec les frères et sœurs dans la foi[16].

Une autre considération de l’Instruction, qui doit faire partie intégrante de toute réforme, concerne l’offrande pour la célébration de la Messe et des autres sacrements : elle doit être « gratuite » et « secrète » – selon l’enseignement du Seigneur : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8) – et non pas un droit à payer ou une taxe à exiger[17]. C’est un sujet cher au pape François et sensible auprès des fidèles.

À cet égard, il est important de sensibiliser les fidèles afin qu’ils contribuent volontiers aux besoins de la paroisse, qui est leur foyer et dont ils doivent apprendre à être responsables. Si cela est fondamental partout, cela est nécessaire dans les contextes où la libéralité du peuple de Dieu est le seul moyen d’aider les prêtres et de les soutenir dans leur travail d’évangélisation. Cette prise de conscience sera d’autant plus efficace que les prêtres auront un style de vie sobre, discret dans l’utilisation de l’argent, non seulement sur le plan personnel, mais aussi dans la gestion transparente des dépenses paroissiales et dans l’aide aux plus pauvres et aux plus démunis. Plusieurs paroisses mettent déjà en œuvre la collecte des offrandes de manière anonyme, afin que chacun se sente libre en conscience de donner ce qu’il peut et ce qu’il estime juste.

 

“Communauté de communautés” : histoire d’une image

L’image de la « communauté de communautés » est au centre de l’Instruction : elle remonte au Concile Vatican II, avec l’idée de la paroisse comme réalité composite, non « monolithique », une « fusion de diversités » qui coopèrent dans une même mission, chacune apportant sa propre contribution. Chaque membre de la paroisse doit se reconnaître dans un engagement ecclésial qui fait de lui un véritable évangélisateur : « Dans l’Église, il y a de la place pour tous et chacun peut trouver sa place, dans l’unique famille de Dieu, en respectant la vocation de chacun »[18].

Nous trouvons ensuite une telle perspective dans le document final de la IVe assemblée plénière du CELAM, en 1992. Il parle de la paroisse comme d’une “communauté de communautés et de mouvements”, qui accueille les préoccupations et les espoirs des gens, promeut et dirige la communion, la coresponsabilité, la participation et la mission. Jean-Paul II, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée, a souligné que l’idée centrale « concerne l’attitude, le style, l’effort et la planification, ou l’ardeur, les méthodes et l’expression. Une nouvelle évangélisation présuppose une foi solide, une charité et une fidélité pastorales intenses, qui, sous l’action de l’Esprit, engendrent une mystique, un enthousiasme irrépressible dans la tâche d’annoncer l’Évangile »[19].

Dans la ligne de l’ecclésiologie conciliaire, le document final affirme que la paroisse n’est pas d’abord une structure avec un territoire, mais plutôt la famille de Dieu, une fraternité animée par l’esprit d’unité, et pourtant une « communauté de communautés », parce qu’elle est formée de groupes, d’associations et de mouvements dans lesquels chacun offre sa contribution afin que le royaume de Dieu puisse croître et atteindre tout le monde. De cette façon, à Saint-Domingue, un lien a été mis en évidence entre la mission ecclésiale exigeante et stimulante et la perspective de l’accomplir en initiant un processus pour que la paroisse progresse de plus en plus dans la conscience de sa propre réalité communautaire avec des articulations internes diversifiées, distinctes mais non séparées, unies mais non uniformes.

Le thème revient en 2007, à l’occasion de la cinquième assemblée plénière du CELAM. Partant de l’Écriture, de la Tradition et du Magistère, le document final d’Aparecida réfléchit sur la communion vécue par les disciples missionnaires et souligne que Jésus « en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3,14). Afin de favoriser la communion et de promouvoir la mission, Jésus conduit ses disciples dans le désert pour qu’ils se reposent un peu (cf. Mc 6, 31-32). Ils sont appelés à vivre en communion avec le Père et avec son Fils qui est mort et ressuscité dans l’Esprit Saint. C’est pourquoi la communion des fidèles et des Églises particulières au sein du peuple de Dieu se nourrit de la communion avec la Trinité.

Aparecida a souligné que la vocation de disciple missionnaire est un appel à la communion dans l’Église, car il n’y a pas de disciple sans communion[20]. Mais il y a une réalité qu’on ne peut pas oublier : la tentation de vouloir être chrétiens sans l’Église, avec une recherche de spiritualité individualiste, ou en quelque sorte sectaire, c’est-à-dire exclure et se retirer dans un groupe, un mouvement, une association. La foi au Christ nous est venue par l’Église, qui a fait de nous les membres d’une famille, la famille universelle de Dieu dans l’Église catholique et la famille plus restreinte de la communauté diocésaine et paroissiale.

À travers le magistère du Pape François, l’esprit d’Aparecida est passé dans l’Instruction de la Congrégation pour le Clergé, qui y a trouvé une vision théologico-pastorale particulièrement apte à apporter un éclairage nouveau sur la législation canonique en vigueur en vue de l’actualiser, ainsi qu’à soutenir les pasteurs et les communautés de terrain qui travaillent à l’annonce du Christ à ceux qui ne le connaissent pas et ou qui l’ont oublié, en revitalisant leur action missionnaire et évangélique[21].

 

Perspectives de conversion pastorale

Dans la perspective de l’Instruction, les normes canoniques visent à rendre possible la conversion pastorale selon diverses modalités de regroupement : forme fédérative, incorporation, fusion[22]. En tout cas, il ne faut pas oublier que la paroisse est la grande famille de Dieu, composée de familles plus petites. Elle se rassemble autour de la Parole et de l’Eucharistie, et vit une fraternité animée par l’Esprit, non pas fermée sur elle-même, mais insérée dans la société et ouverte, intimement solidaire des espoirs et des difficultés. De là découlent quelques dimensions fondamentales.

 

  1. a) La coresponsabilité dans l’évangélisation. Pour être une communauté, tous les membres de la paroisse sont responsables – chacun selon son charisme, sa vocation et ses engagements ecclésiaux – de l’évangélisation dans tous les milieux. L’Esprit Saint, comme cela s’est produit à la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-13), est envoyé à tous les membres de la communauté afin qu’ils puissent participer à la mission commune.
  2. b) Renouvellement des structures. Si la mission de la communauté paroissiale est l’évangélisation, il est nécessaire de repenser ses structures, afin qu’elle crée un réseau de communautés et de groupes capables de s’articuler de telle sorte que ses membres se sentent, et soient réellement, des disciples missionnaires du Christ en communion mutuelle. La Parole et l’Eucharistie constituent donc la source dynamique du disciple-missionnaire.
  3. c) Paroisses missionnaires. Le but de la vie de la communauté paroissiale est la proclamation du Royaume. Il est donc nécessaire que chaque paroisse ait un caractère missionnaire. Le renouvellement des paroisses dans ce sens est nécessaire tant pour l’évangélisation des grandes villes que pour celle des zones rurales. Cela demande de l’imagination et de la créativité pour atteindre les foules qui aspirent à l’Évangile.
  4. d) Formation des laïcs. Une paroisse ne peut être missionnaire sans laïcs formés, car la bonne volonté et l’envie de proclamer le Royaume ne suffisent pas. Il faut donc leur garantir une formation adéquate – spirituelle, théologique, pastorale – pour une proclamation efficace. Ce n’est qu’à travers la formation des laïcs que nous pouvons répondre au défi du présent, qui touche le monde complexe du travail, de la culture, des sciences et des arts, de la politique, des médias et de l’économie, de la famille, de l’éducation et de la vie professionnelle, en particulier dans les contextes où l’Église ne peut être présente qu’à travers les laïcs.
  5. e) Le modèle de la première communauté chrétienne. La paroisse doit regarder la vie des premiers chrétiens (cf. Ac 2, 42-47 ; 4, 32-35), prototype de toute communauté qui se réunit pour partager le pain de la Parole et célébrer l’Eucharistie, pour persévérer dans la catéchèse, dans la vie sacramentelle et dans l’amour fraternel. L’Eucharistie, dans laquelle se renforce la communauté des disciples, est pour la paroisse une école de vie chrétienne. En elle, avec l’adoration eucharistique et la pratique du sacrement de la réconciliation, les membres de la paroisse sont formés pour porter des fruits permanents de charité, de réconciliation et de justice pour la vie du monde.

 

* * *

 

L’Instruction peut être résumée dans le dynamisme que la paroisse doit acquérir pour une conversion pastorale et missionnaire de tous ses membres, des pasteurs jusqu’au dernier des fidèles : il faut sortir de la routine et du “on a toujours fait comme ça”, avoir le courage d’affronter les changements d’époque qui se produisent dans la société, la culture et la vie des personnes, afin de devenir une communauté capable de communiquer la force et la joie de l’Évangile[23].

Ceux qui objectent que le document a une perspective utopique devraient se souvenir que le pape François nous a invité à cultiver des « utopies saines » : « Une utopie grandit bien si elle est accompagnée par la mémoire et le discernement. L’utopie regarde vers l’avenir, la mémoire vers le passé, et le présent doit être discerné »[24]. L’Instruction, en résumé, est une mise en œuvre de la vision pastorale de Evangelii gaudium : « une forme que l’espérance prend dans une situation historique concrète », ou « quelque chose qui n’existe pas encore, quelque chose de nouveau, mais vers lequel il faut tendre à partir de ce qui est là »[25].

 

 

[1] EG 26-28. Cette citation est reprise dans Congregazione per il clero, Istruzione La conversione pastorale della comunità parrocchiale al servizio della missione evangelizzatrice della Chiesa, 29 giugno 2020, nn. 5 e 29, in https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2020/07/20/0391/00886.html#ita/ (CP).

[2] CP 8-9.

[3] Cf. Note 1

[4] François, Message pour la journée mondiale des missions 2020, 31 mai 2020.

[5] CP 1.

[6] CP 3.

[7] CP 3.

[8] CP 7.

[9] Le pape a déclaré dans une interview avec le père Antonio Spadaro en 2016 : ” Faire partie du peuple, c’est faire partie d’une identité commune faite de liens sociaux et culturels. ” (A. Spadaro, « Le orme di un pastore », in J. M. Bergoglio – Papa Francesco, Nei tuoi occhi è la mia parola. Omelie e discorsi di Buenos Aires. 1999-2013, Milano, Rizzoli, 2016, XVI).

[10] CP 27.

[11] Benoît XVI, Discours aux participants à l’assemblée plénière du conseil pontifical pour les laïcs, 22 septembre 2006

[12] Ibid.

[13] EG 27.

[14] CP 25 . .

[15] François, Audience générale, 19 juin 2019

[16] Cf. CP 30-32.

[17] Cf. CP 40

[18] Cf. Communiqué de presse du Saint-Siège du 20 juillet 2020

[19] Jean-Paul II, Ouverture des travaux de la IVe Conférence Générale de l’Episcopat latino-américain , 12 octobre 1992, nn. 6 e 10.

[20] Benoìt XVI, Session inaugurale des travaux de la Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, 13 mai 2007.

[21] Cf.  François, 18 novembre 2019.

[22] Cf. CP 46-48.

[23] Cf. CP 122.

[24] François, Aux membres de la Commission Pontificale pour l’Amérique latine, 28 février 2014.

[25] J. M. Bergoglio – Papa Francesco, Nei tuoi occhi è la mia parola…, cit., 193.