LA « TROISIÈME » COMPAGNIE DE JÉSUS-Jésuites de Vatican II à aujourd’hui
Published Date:14 octobre 2020

En regardant les quatre siècles d’histoire de la Compagnie de Jésus qui nous ont précédés, nous avons tous l’habitude de parler de la « Première » ou « ancienne » Compagnie de Jésus (de sa fondation au 16ème siècle jusqu’à la suppression en 1773) et de la « deuxième » ou « nouvelle » Compagnie (de sa restauration en 1814 jusqu’à aujourd’hui). Toutefois, au cours des dernières années, on a aussi parlé d’une « troisième » Compagnie, entendant généralement la période qui va de Vatican II jusqu’à nos jours. En fait, il y a eu tant changements si importants dans la vie du monde et de l’Église qui se sont profondément reflétés dans la Compagnie de Jésus au cours des six dernières décennies, que nous sommes menés à les considérer comme une nouvelle période de l’histoire des jésuites[1].

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[1] C’est ce que propose G. La Bella, I Gesuiti. Dal Vaticano II a Papa Francesco, Milan, Guerini e Associati, 2019. L’auteur avait précédemment publié le puissant ouvrage collectif : Pedro Arrupe. Un uomo per gli altri, Bologne, il Mulino, 2007.

[2] La Bella observe : « De la XXXIe Congrégation générale naît une Compagnie plus confiante, optimiste, ouverte aux besoins du temps, renforcée dans son essence, dans la vie spirituelle, non refermée sur elle-même, moins solennelle et formelle, moins rigide, plus fraternelle, avec des rapports hiérarchiques plus humains. La Congrégation remet les horloges de l’Ordre en phase avec les temps de l’Église et du monde contemporain, en la projetant dans le sillage du renouveau conciliaire » (I Gesuiti, 58).

[3] Cf. E. Royón, « Pedro Arrupe. Aperta la causa di beatificazione », Civ. Catt. 2019 I 478-491. Le P. Roothaan (1829-1853) a aussi intenté le procès, mais abandonné plus tard.

[4] En 1969, Arrupe a créé un « Secrétariat social » à la Curie générale, qui a récemment célébré son 50e anniversaire et qui s’appelle aujourd’hui « Secrétariat pour la justice sociale et l’écologie ».

[5] Cf. U. Valero, Pablo VI y los Jesuitas. Una relación intensa y complicada (1963-1978), Bilbao, Mensajero, 2019.

[6] Les événements de la XXXIIe Congrégation générale et de la discussion sur les « grades » dans la Compagnie (c’est-à-dire sur le fait que tous les confrères ne sont pas admis à la « profession solennelle » avec le 4e vœu d’obéissance au Pape) sont traités en détail dans le livre récent Gianni La Bella déjà cité (cf. ci-dessus, n. 1) mais plus encore dans le grand ouvrage Pedro Arrupe. Il ne convient donc pas d’y revenir ici. Par contre, il est important de noter que les tensions entre Paul VI et le P. Arrupe sont nées de la grande estime que ce Pape avait pour la Compagnie et pour son rôle de premier plan dans la vie religieuse de l’Église, et en conséquence de son souci que la Compagnie, dans ces années turbulentes, ne parvienne pas à répondre aux exigences de sa vocation. Même dans les années qui ont suivi les tensions de la XXXIIe Congrégation générale, Paul VI n’a pas manqué de signes d’attention et de bienveillance envers les jésuites.

[7] Le P. Jorge Mario Bergoglio, alors provincial d’Argentine.

[8] La Bella observe à juste titre : « La XXXIVe Congrégation générale marque un tournant dans la vie contemporaine de l’Ordre, où s’achève ce long processus d’expérimentation et d’actualisation qui a commencé au lendemain de la XXXIe Congrégation générale et montre une large convergence de consensus interne, malgré la pluralité et la diversification des attitudes et des cultures, dans une “diversité déconcertante” – comme Kolvenbach lui-même aimait à s’exprimer – où les tensions et les frictions du passé semblent définitivement résolues » (I Gesuiti, 286).

[9] La Bella, op. cit., 296, parle de « l’hypothèse d’un nouveau commissaire ». C’est un point sur lequel l’auteur donne des informations jusqu’ici peu connues, même de nombreux jésuites.

[10] Comme chacun sait, ce phénomène est similaire pour de nombreux instituts religieux. En 1965, la Compagnie a atteint son niveau record, avec 36 038 membres. Une diminution rapide et ininterrompue s’ensuivit et, en 2019, il y a environ 15586 jésuites, soit moins de la moitié. Sur la même période, la baisse absolue et proportionnelle en Europe est vertigineuse (de 15.462 à 3.960 en termes absolus, ce qui signifie la variation en pourcentage de 43% à 25.4% du total), ainsi qu’en Amérique du Nord (de 9637 à 2 289, et de 26,7% à 14,7%). En Amérique latine, la baisse absolue est également très rapide (de 4 540 à 2 072), mais le pourcentage est stable (de 12,6% à 13,3%). Par contre, il y a une croissance numérique absolue en Afrique (de 1367 à 1654) et en pourcentage (de 3,8% à 10,6%), ainsi qu’en Asie et en Océanie (de 5377 à 5611, et de 15% à 36%). Aujourd’hui, près de la moitié des jésuites sont en Asie et en Afrique.

[11] Un magnifique témoignage de l’inspiration du P. Nicolás dans son gouvernement est l’ébauche d’une lettre aux jésuites, publiée récemment à titre posthume, à l’occasion de sa mort, dans cette revue : A. Nicolás, « Dalla distrazione alla dedizione. Un invito al “Centro” », Civ. Catt. 2020 II 581-589.

[12] Nous rappelons le Congrès « Vers la guérison et le renouveau », organisé par l’Université Grégorienne en 2012 pour les représentants de toutes les Conférences épiscopales et la fondation ultérieure du CCP (Centre for Child Protection).

[13] On peut observer que l’on a aussi parlé, au cours des dernières décennies, d’un autre cardinal jésuite « papable ». Carlo Maria Martini.

[14] Nous notons que les trois Généraux de la troisième Compagnie, avant le Général actuel, bien qu’ayant été élus à vie, comme saint Ignace l’établit, avaient l’intention de recourir à la possibilité de démission formulée par la XXXIe Congrégation générale. Le P. Arrupe, après l’acceptation de sa démission, vécut à l’infirmerie de la Curie générale à Rome, où il mourut le 5 février 1991. Par contre, le P. Kolvenbach a pu retourner dans son ancienne province au Moyen-Orient, à Beyrouth, où il vécut pendant huit ans, menant des activités d’étude et de prière ; il est décédé le 26 novembre 2016. Le P. Nicolás est retourné en Asie, d’abord à Manille, puis à Tokyo, où il est décédé le 20 mai dernier.

[15] Nous observons que, lors de la XXXVIe Congrégation, des « frères » – c’est-à-dire des religieux non-prêtres – ont participé pour la première fois avec le droit de vote.

[16] Cf. E. Royón, « Che cosa ha detto il Papa ai gesuiti? », Civ. Catt. 2016 III 507-523. Voir aussi le pape François avec Antonio Spadaro, Adesso fate le vostre domande, Milan, Rizzoli, 2017.

[17] Cf. A. Sosa, « I gesuiti e gli occhi di Francesco. Sette anni di pontificato », Civ. Catt. 2020 I 417-426.