LA SPIRITUALITÉ DU MOURIR
Last Updated Date : 21 janvier 2021
Published Date:23 décembre 2020

« Nous sommes comme des troncs d’arbres dans la neige. Ils se trouvent en apparence à ras de terre, et il suffirait de pousser un peu pour les déplacer. Non, c’est impossible, car ils sont fermement attachés à la terre. Mais voyez, cela aussi n’est qu’apparence[1] ». Kafka s’exprime ainsi dans une histoire qui met l’accent sur la friabilité de la vie. Simone de Beauvoir, de son côté, a dit que la mort met le monde en question.

Aujourd’hui, selon certains, le discours sur la mort a été progressivement marginalisé depuis qu’on a dit le dernier mot sur la métaphysique[2]. En fait, « l’homme liquide », théorisé par Bauman, vit tout dans la succession et le mouvement des instants, qui excluent le sentiment de stabilité et de continuité et, donc, la possibilité de tout projet motivé par l’espoir. Il ne reste plus que l’incertitude et l’insécurité, c’est-à-dire l’anxiété et la peur[3], car personne ne peut éviter la confrontation tortueuse avec le Temps[4]. Par conséquent, il n’est pas vraiment sage de dire que la mort a été marginalisée aujourd’hui. On en parle peut-être peu en termes explicites, comme si on voulait l’exorciser, mais, presque subrepticement et au grand dam de ceux qui voudraient garder le silence sur sa présence souveraine, son fantôme apparaît dans ces discours qui y font allusion.

Alors, les gens discutent des avantages et des inconvénients de l’inhumation et de la crémation[5], du droit de choisir comment et quand mourir pour mettre fin à la souffrance[6], de la priorité de l’aspect biologique sur l’aspect religieux de la mort et de leur conflit, de l’hospitalisation et de la peur des malades, de la médecine palliative, de l’antidépresseur que l’industrie pharmaceutique prépare contre cette « maladie mentale » que le DSM – le manuel diagnostique et statistique des psychiatres – qualifie de « malaise du deuil[7] ». Il ne manque pas non plus de ceux qui parlent, en termes entre l’ésotérique et le lyrique, de « la fin amère de nous »[8].

Au sujet l’insistance des « séculiers » sur la dimension biologique de la mort et leur silence sur sa dimension religieuse, il peut être opportun de rappeler un bref commentaire de Remo Bodei sur la resurrectio mortuorum et la vita venturi saeculi du Credo de Nicée. « Une réponse “séculière” à ces attentes consiste aussi à ne pas se moquer d’elles, à comprendre pleinement leur signification, à se rendre compte que le simple déni de ces espérances ampute notre humanité, que notre mort est pleine de significations qui ne peuvent être réduites de façon triviale à l’arrêt de la respiration ou de l’activité cérébrale[9] ». C’est la parole d’un philosophe « séculier ».

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[1] F. Kafka, « Gli alberi », dans : Id., I racconti, Milan, Longanesi, 1965, 66.

[2] Cf. M. Politi, « Il futuro dell’aldilà », La Repubblica, 14 février 2006, 53.

[3] Cf. R. Zas Friz De Col, « La silenziosa rivoluzione antiescatologica », Civ. Catt. 2014 III 32-42.

[4] Cf. M. Fini, « L’inevitabile condanna della nostra vecchiaia », Il Fatto Quotidiano, 12 avril 2014.

[5] Cf. E. Cavazzoni, « Il nostro potenziale fertilizzante », Il Sole 24 Ore, 6 avril 2014, 44.

[6] Cf. M. De Luca, « Morire con dignità », 27 dicembre 2015, 25 ; H. Küng, « Resto cristiano anche se scelgo come morire », La Repubblica, 25 février 2015, 45.

[7] Cf. O. Camerana, « Morire è fuori moda », Oss. Rom., 28-29 janvier 2013, 5 ; F. Cancelli, « Saper morire », 24 Oss. Rom., septembre 2015, 4.

[8] Cf. E. Zolla, « La melodiosa morte », Il Messaggero, 2 août 1971.

[9] R. Bodei, « Quando la vita finisce » : www.repubblica.it/18settembre2004

[10] Cf. I. A. Chiusano, « Un incontro con i “Novissimi” », Oss. Rom., 15 juillet 1993, 3.

[11] Cf. Vedere oltre. La spiritualità dinanzi al morire nelle diverse religioni, Turin, Lindau, 2015.

[12] Cf., par exemple, P. Ricaldone, L’esercizio di buona morte, Turin, Sei, 1947, 175-194.

[13] Cf. G. E. Mottini, Storia dell’arte italiana, Milan, Mondadori, 1962, 62-65.

[14] Dante, Purgatoire, XXXIII, 54.

[15] Cf. R. Guardini, I novissimi, Milan, Vita e Pensiero, 1951, 5-19.

[16] Ibid.,7.

[17] Cf. Paul VI, « Esortazione per il Mercoledì delle Ceneri », Oss. Rom., 24 février 1966, 1.

[18] R. Guardini, op. cit., 9.

[19] Ibid., 17.

[20] Ibid.,15 s.

[21] Dans une perspective clairement anthropologique, Vatican II propose à nouveau cette foi de l’Église universelle. Cf. Gaudium et spes, nos 18 ; 21 c ; 22 c ; 41 a.

[22] Cf. P. Ricca, Il cristiano davanti alla morte, Turin, Claudiana, 2005, 13-16 ; 33.

[23] Cf. S. Freud, « Caducità », dans : Id., Considerazioni attuali sulla guerra e la morte. Caducità, Rome, Ed. Riuniti, 1982, 93-98.

[24] G. Biffi, Linee di escatologia cristiana, Milan, Jaca Book, 1984, 91.

[25] Cf. C. Carletti, « Scrivere la morte non è mai per disperazione », Oss. Rom., 25 avril 2008, 5.