LA PENSÉE DE GASTON FESSARD-Exercices spirituels et actualité historique
Last Updated Date : 5 février 2021
Published Date:7 juillet 2020

L’œuvre de Gaston Fessard (1897-1978) est d’une puissance spéculative peu banale, mais aussi d’une grande humanité. Entré au noviciat jésuite en 1913, il connut la guerre 14-18 ; jeune soldat, il fut envoyé au front, au fameux « chemin des dames » où les armées françaises et allemandes s’affrontèrent en laissant derrière elles des centaines de milliers de morts (en avril 1917). Cette « expérience » de vie et de mort façonna l’intelligence de Fessard.

Il fit ses années d’études philosophiques à Jersey, une île au large de la Normandie, territoire anglais (les lois françaises de 1905 qui séparaient l’Église et l’État ont imposé cette solution à la Compagnie), où il vécut avec plusieurs compagnons qui devinrent célèbres, Henry de Lubac par exemple. La formation donnée à Jersey n’était pas sans ennuyer ou lasser. La philosophie de Francisco Suarez qui y était enseignée était traditionnelle dans les scolasticats de la Compagnie, mais elle ne parvenait plus à nourrir les jeunes intelligences venues de situations humaines dont les consciences ne pouvaient mettre les drames entre parenthèses. D’ailleurs, les cours étaient devenus éclectiques ; les enseignants étaient peu cohérents les uns avec les autres.

En 1922, avec de Lubac, Fessard entreprit de rédiger une « Esquisse » de programme possible de philosophie. Avec un groupe d’autres étudiants, il s’était mis à parcourir des auteurs habituellement absents des scolasticats. Ils ont ainsi lu ensemble un bon nombre de textes de Maurice Blondel, dont L’Action (1893), ainsi que des ouvrages de Maine de Biran, un auteur venu de l’époque napoléonienne et un maître pour tout ce qui concerne la philosophie comme réflexion rigoureuse.

 

Maine de Biran

La pensée de Maine de Biran a été choisie par Fessard comme sujet d’un mémoire présenté en 1924, à la fin de ses études de philosophie ; ce mémoire, qui n’a été publié qu’en 1937,[1] La méthode de réflexion chez Maine de Biran, appartient à la tradition philosophique typiquement française, proche des requêtes de Blondel ainsi que de beaucoup d’intellectuels de l’époque, Bergson par exemple, tous conscients qu’une réflexion sur l’agir est devenue plus importante et plus urgente que l’épistémologie des sciences et des certitudes théoriques.

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[1] G. Fessard, La méthode de réflexion chez Maine de Biran, Paris, Bloud et Gay, 1938.

[2] G. Fessard, La méthode de réflexion, 7.

[3] G. Fessard, La méthode de réflexion, 7.

[4] M. Sales, Gaston Fessard (1897-1978). Genèse d’une pensée, Bruxelles, Culture et Vérité, 1997, 11.

[5] G. Fessard, La méthode de réflexion, 183.

[6] G. Fessard, De l’actualité historique, t. 1, À la recherche d’une méthode, Paris, Desclée de Brouwer, 1960, 9.

[7] Une version courte de la dialectique homme/femme se trouve dans G. Fessard, De l’actualité historique, t. 1, 163-170 (dans un texte intitulé « Esquisse du mystère de la société et de l’histoire » qui date de 1946-1948) ; une version longue, plus achevée évidemment, se lit dans G. Fessard, Le mystère de la société, 203-426. La dialectique païen/juif est exposée plus loin, dans les pages 215-291 du même tome De l’actualité historique (ces pages sont de 1960, mais elles poursuivent une réflexion engagée depuis longtemps par leur auteur).

[8] G. Fessard, « Connaissance de Dieu et foi au Christ selon saint Paul », dans E. Castelli (éd.), Mythes et foi, dans Archivio di Filosofia, 1966, 117-148.

[9] Voir M. Aumont, Philosophie sociopolitique de Gaston Fessard, Paris, Cerf, 2004.

[10] G. Fessard, Autorité et bien commun, Paris, Aubier, 1944, 6-7.

[11] G. Fessard, Autorité et bien commun, 115-116.

[12] Voir G. Fessard, « Pax nostra », X.

[13] G. Fessard, « Pax nostra », XIX-XX.

[14] G. Fessard, La dialectique des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, t. 1, Temps, liberté, grâce, Paris, Aubier, 1956.

[15] G. Fessard, La dialectique des Exercices, 16.

[16] Les volumes de Fessard sur les Exercices spirituels d’Ignace ont marqué la réflexion du Pape François. Voir par exemple Pape François, Nel cuore di ogni padre. Alle radici della mia spiritualità, Milano, Rizzoli, 2014, 282, n. 4, à propos de l’adage : « Ne pas être enserré par le plus grand mais être contenu par le plus petit, voilà ce qui est divin » (voir le commentaire de G. Fessard, dans La dialectique des Exercices, t. 1, 167-168).

[17] G. Fessard, La dialectique des Exercices, 34.

[18] G. Fessard, La dialectique des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, t. 3, Symbolisme et historicité, Namur, Culture et vérité, 1984, 405. Voir P. Gilbert, «Esercizi, Scrittura e sistema», dans La Scuola Cattolica 118 (1990) 407-431.

[19] Voir les Exercices d’Ignace, n. 60.

[20] Voir les Exercices d’Ignace, n. 224.

[21] G. Fessard, De l’actualité historique, t. 1, 68.

[22] G. Fessard, De l’actualité historique, t. 1, 63.

[23] Voir G. Fessard, La dialectique des Exercices, t. 1, 308.