LA PATERNITÉ SPIRITUELLE
Published Date:13 mai 2022

Le terme « spirituel » est l’un de ces mots qui, bien qu’ayant eu un sens profond dans les premiers temps du christianisme et à toutes les grandes époques de l’histoire de l’Église, perd parfois de sa richesse et se dilue en acceptions superficielles, ou se transforme en synonyme d’expressions purement négatives – comme « incorporel, immatériel » – et devient l’un des nombreux mots « édifiants », synonyme de « religieux » ou de « surnaturel »[1].

Pour Origène, l’homme « spirituel » est un homme « pratique », car l’Esprit s’acquiert et se manifeste dans l’action.Selon le théologien alexandrin, l’homme « spirituel » est celui où s’unissent « théorie » et « pratique », soins du prochain et charisme spirituel pour le bien du prochain. Et, entre ces deux charismes, il souligne surtout ce qu’il appelle le diakrisis, c’est-à-dire le don de discerner la variété des esprits.

 

La paternité spirituelle

Ce qu’il faut.

1)  Pour être « père spirituel », il n’est pas nécessaire d’être un homme. Une femme peut l’être aussi ; bien entendu, dans ce cas, elle ne s’appellera pas « père », mais plutôt « mère » spirituelle.

Beaucoup de Congrégations religieuses féminines ont une belle coutume : celle d’appeler « mère » la supérieure, tandis que les autres sont des « sœurs ». Cet usage s’enracine dans une longue tradition ecclésiale. Il est né à Orient, parmi les moines et les religieuses du désert : dans le désert, il n’y avait pas d’« antiféminisme », car tout chrétien, homme ou femme, pouvait être « moine » ; et de même tout chrétien, homme ou femme, pouvait être « père spirituel » d’un autre.

S’il n’y a pas de différence fondamentale entre l’homme et la femme dans la vie spirituelle, pourquoi devrait-il y en avoir dans la « paternité spirituelle », c’est-à-dire dans l’aide que certains d’entre nous apportent à d’autres ? Garcia M. Colombás déclare : « Le père spirituel était l’homme qui, rempli de l’Esprit Saint, communiquait la vie de l’Esprit, engendrait des enfants selon l’Esprit. […] De toute évidence, comme les moines, les religieuses pouvaient être plein de l’Esprit. Celles-ci recevaient le nom d’« amma » ou de « mère », qui correspond au titre masculin d’« abba ». […] « Amma » n’implique pas nécessairement l’exercice de la maternité spirituelle, mais la capacité de l’exercer ; il serait donc erroné de traduire sythématiquement ce nom par « abbesse » ou « superieure » d’une communauté féminine. Beaucoup de saintes femmes, sans doute plus nombreuses que les saints hommes, ont peut-être caché leur haute qualité spirituelle, qui leur aurait permis, s’il y en avait eu l’occasion, de guider d’autres âmes sur les voies de Dieu »[2].

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[1] Cet article sera suivi d’un second : « La discrétion spirituelle

[2] G.M. Colombás,  El monacato primitivo, Madrid, BAC, 1975.

[3] Apotegmas de los padres del desierto, Buenos Aires, Lumen, 1979, 163.

[4] Rappelons que saint François d’Assise, par humilité, ne voulait pas être ordonné au-delà du degré de diacre. Saint Ignace, en revanche, sentit dès le début que Dieu le voulait prêtre, surtout pour pouvoir confesser (cf. A. Queralt,« Vocación al sacerdocio en el carisma ignaciano », à  Manresa  47 [1975] 153-170).

[5] G.M. Colombás,  El monacato primitivo, précité, 98-100.

[6] Ivi, 97.

[7] Ivi, 269-270 ; voir 100 ; 250-253.

[8] Rappelons que la diakrisis, discrétion et discernement des esprits, est un don ou un charisme : nous entendons par là qu’il s’est une grâce personnelle au profit des autres (cf.  1 Cor  12,8-10).

[9] G.M. Colombás,  El monacato primitivo, précité, 103.

[10] Ivi, 100.

[11] L’auteur entend la conscience comme conscience « morale », conscience des péchés. Une conception plus large de la même conscience, en tant que « spirituelle », se trouve dans M. Á. Fiorito,  Escritos, cit., IV, 337-368.

[12] Saint Ignace restreint l’objet du « rapport de conscience » aux loyalismes  ou « pensées », en excluant, pendant les exercices, les péchés. Il affirme qu’il est « très avantageux que celui qui propose les Exercices, sans vouloir enquêter sur les pensées personnelles et les péchés de l’exerçant, soit informé avec précision des diverses agitations et pensées que les différents esprits suscitent en lui » (Exercices spirituels  [ES], n° 17). C’est pourquoi, dans le  Directoire autographe, il affirme qu’« il vaut mieux, en le pouvant, se confesser à un autre, et non pas à celui qui lui donne les exercices » (n° 4).

[13] Cf. G.M. Colombás,  El monacato primitivo, cit., 253-255.

[14] Rappelons, comme nous l’avons vu dans le texte, que « vieux » ne désigne pas celui qui est tel par âge, mais celui qui possède la diakrisis.

[15] Saint Ignace affirme que « lorsque l’ennemi de la nature humaine présente à une personne juste ses ruses et ses flatteries, il veut et souhaite que celles-ci soient accueillies et gardées secrètes ; mais quand elle les manifeste à un bon confesseur ou à une autre personne spirituelle qui connaisse les tromperies et les malices du démon, celui-ci en est très indisposé ; en effet, il comprend qu’il ne pourra pas réussir dans la malveillance commencée, puisque ses tromperies évidentes ont été découvertes » (ES 326).

[16] Tous les textes que nous citons des moines ou sur eux, nous les entendons comme des témoignages de la vie spirituelle, et non de la vie monastique dans le désert.