« LA FRATERNITÉ EST PLUS FORTE QUE LE FRATRICIDE »-Le voyage apostolique du pape François en Irak
Published Date:15 juillet 2021

À 7h30, le vol Alitalia transportant le pape François, les membres de son entourage et les journalistes, a décollé pour Bagdad, où il a atterri à 14 heures, heure locale.

Le Pontife, lors de l’audience générale du 3 mars, à la veille du départ, avait déclaré : « Je désire depuis longtemps rencontrer ce peuple qui a tant souffert ; rencontrer cette Église martyre sur la terre d’Abraham. Avec les autres responsables religieux, nous accomplirons également un pas en avant dans la fraternité entre les croyants. » Il concluait : « Le peuple irakien nous attend », et on ne peut vraiment « pas décevoir un peuple pour la deuxième fois ».

Car, en effet, le 33e voyage apostolique de François réalise un désir de saint Jean-Paul II. Lors de ses pèlerinages jubilaires en 2000, le pape Wojtyła s’est d’abord rendu dans le Sinaï, puis en Terre Sainte, au mont Nebo et à Jérusalem. Sa volonté était de faire ces deux pèlerinages en même temps que d’Ur dei Caldei, en Irak. Le voyage était déjà prêt en décembre 1999, mais il n’a pas pu être réalisé : les États-Unis s’y sont opposés, emmenés par Bill Clinton, craignant que la présence du pape ne renforce Saddam Hussein ; et Saddam s’y est lui-même finalement opposé.

Le pape Wojtyła a alors élevé la voix contre la deuxième expédition militaire occidentale dans le pays, la guerre éclair de 2003, qui s’est terminée par le renversement du gouvernement de Saddam. Mais il n’a pas été entendu. Et depuis lors, le pays a plongé dans une spirale de violence encore aggravée par l’organisation fondamentaliste « État islamique en Irak et au Levant » (EEIL), au milieu de ce tourbillon la visite d’un pape pouvait sembler un mirage.

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[1].       Cf. F. Filoni, « Dove è nata la fede di Abramo », in Oss. Rom., 10 décembre 2020.

[2].       Cf. G. Sale, Isis, Islam e cristiani d’Oriente, Milano, Jaca Book, 2016, 69-128.

[3].       L’une de ces milices a revendiqué l’attaque à la roquette contre la base militaire de la coalition internationale dirigée par les États-Unis à Erbil, le 15 février dernier, qui a fait un mort et au moins 9 blessés. Le 20 février, la grande base aérienne de Balad, dans le triangle sunnite à 80 km au nord de la capitale, a été touché par 4 roquettes. Le 25 février, les États-Unis ont bombardé la Syrie, dans l’est du pays, à la frontière avec l’Irak, ciblant les infrastructures des milices soutenues par l’Iran. 17 combattants pro-iraniens sont morts dans le raid américain. Le Pentagone explique que le raid a eu lieu en réponse au tir de missile en Irak le 15 février dernier.

 

[4].       Le 30 janvier 2013, le patriarche chaldéen, nouvellement élu, Sako a immédiatement tiré la sonnette d’alarme sur les chrétiens qui risquent eux aussi d’être infectés par le sectarisme : « Maintenant, on entend malheureusement quelqu’un dire : je suis plus arménien que chrétien, plus assyrien que chrétien, plus chaldéen que chrétien… Cela éteint le christianisme. En tant qu’évêques, nous devons être vigilants contre ces formes maladives de vivre leur identité.

[5].       F. Filoni, «Dove è nata la fede di Abramo», cit. . Sur ce point, l’actuel Premier ministre Mustafa Abdellatif Mshatat, connu sous le nom d’al-Kadhimi, a manifesté son soutien, et son soutien concrets, pour tenter d’arrêter l’exode, y compris en faisant des gestes hautement symboliques, comme celui de déclarer férié le jour de Noël dans tout le pays.

[6].       Notre revue a publié plusieurs informations sur ce Document : voir https://www.laciviltacattolica.it/prodotto/fratellanza

 

[7].       L’Assemblée des évêques catholiques d’Irak réunit les évêques de l’Église chaldéenne (5 archéparchie – dont celle de Bagdad propre au Patriarche – et 4 éparchies suffragantes), de l’Église syro-catholique (deux archéparchie, une éparchie et un exarmé patriarcal), de l’Église arménienne-catholique (archéparchie Bagdad des Arméniens), de l’Église melchita (qui dirige l’exarmé patriarcal d’Irak) et de l’Église latine (archidiocèse latin de Bagdad). Sa Béatitude Louis Raphael Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens, la préside. L’archevêque latin de Bagdad est également membre de la Conférence des évêques latins des régions arabes. Le pays compte au total 19 évêques, 153 prêtres (diocèses et religieux), 20 diacres permanents, 365 religieuses, 32 séminaristes et 632 catéchistes. Cf. F. Filoni, La Chiesa nella terra di Abramo. Dalla diocesi di Babilonia dei latini alla nunziatura apostolica in Iraq, Milano, Rizzoli, 2006; Id., La Chiesa in Iraq. Storia, sviluppo e missione, dagli inizi ai nostri giorni, Città del Vaticano, Libr. Ed. Vaticana, 2015.

 

[8].       Cf. R. Cristiano, Tra lo scià e Khomeini. ‘Ali Shari’ati: un’utopia soppressa, Roma, Jouvence, 2006. Riccardo Cristiano est l’un des plus fins interprètes de l’importance et de l’impact du voyage apostolique du pape François en Irak. Vous pouvez lire sa pensée dans diverses publications – accessibles sur le web – pendant et après le voyage du Pape.

[9].       Rappelons qu’en 2005, à la mort de Jean-Paul II, l’ayatollah al-Sistani avait envoyé un télégramme au secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Angelo Sodano, et au nonce apostolique de l’époque en Irak, Mgr Fernando Filoni, pour exprimer ses condoléances « à tous les catholiques » pour la mort du Pape, rappelant qu’« il a transmis le message de la paix et encouragé le dialogue interreligieux. Il a été un pape très respectueux de toutes les religions. »

 

[10].     Dans une interview qui a précédé le voyage, Sayyed Jawad Mohammed Taqi al-Khoei – secrétaire général de l’Institut al-Khoei najaf et de la famille du maître d’al-Sistani – a déclaré : « Nous ne considérons pas le Pape comme le seul chef des chrétiens catholiques, mais comme un symbole de paix et de retenue. La visite du pape François en Irak n’est pas seulement pour les chrétiens, c’est pour tous ceux qui travaillent pour la paix partout. »

[11].     Cf. A. Spadaro, « Sfida all’apocalisse », in Civ. Catt. 2020 I 11-26; Id. « Oltre l’apocalisse. Ripartire da Baghdad », ivi 2021 I 56-58.

[12].     Rappelons qu’en 2017, François, recevant en audience les familles religieuses irakiennes, chiites, sunnites, chrétiens, Yazidis, sabei/mandei, a dit : « Nous avons un père commun sur terre : Abraham, et depuis cette première « sortie » d’Abraham, nous marchons, jusqu’à aujourd’hui, tous ensemble. Nous sommes frères et, en tant que frères, tous différents et tous égaux, comme les doigts d’une main : cinq sont les doigts, tous des doigts, mais tous différents » : voir https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2017/03/29/0196/00454.html

 

[13].       Certains se sont émerveillés de l’absence des Juifs. La raison en est liée au fait que la rencontre interconfessionnelle s’est limitée à la participation de citoyens irakiens. Malheureusement, depuis de longues années, la présence de la communauté juive en Irak est réduite au minimum. Il convient toutefois de noter que le pape François a clairement déclaré dans son discours à Ur: « Aujourd’hui, nous, juifs, chrétiens et musulmans, avec les frères et sœurs d’autres religions, honorons le père Abraham en faisant comme lui: regardons le ciel et marchons sur la terre ».