LA « FAIBLESSE » DU CHRIST, ARGUMENT DE SA VÉRITÉ
Last Updated Date : 9 mars 2021
Published Date:26 août 2020

Parfois, nous rencontrons des personnes qui ont reçu une bonne formation chrétienne, mais qui — au fil du temps — sont devenues agnostiques. Nous pourrions penser qu’il s’agit de cas exceptionnels. Cependant, nous sommes convaincus que ces cas sont le symptôme d’un fait évident : une crise se manifeste au sein de pays traditionnellement chrétiens et elle touche aussi bien la foi que la vie des baptisés. Ils cessent d’être pratiquants, ils deviennent agnostiques, ou vivent comme tels, ou ils cherchent des alternatives à une religion chrétienne qui a perdu force et crédibilité[1].

La question

La vérité du christianisme se concrétise et se concentre dans la vérité de la figure du Christ. Jésus de Nazareth continue de susciter intérêt et admiration, mais la pleine vérité de sa réalité est devenue fragile et évanescente, et même pour certains, contradictoire.

L’apologétique chrétienne traditionnelle voulait démontrer la vérité du Christ, avançant comme arguments les faits extraordinaires racontés dans les Évangiles : l’excellence de l’enseignement, les miracles et la résurrection. Aujourd’hui, on reconnaît qu’une démonstration de la vérité du Christ est impossible et on veut la justifier à partir d’une « convergence de sens » des arguments en sa faveur[2].

Mais même cette solution ne semble pas convaincante. Selon Javier Monserrat, l’argument décisif en faveur de la vérité du Christ n’est pas les événements extraordinaires qui caractérisent la vie de Jésus selon les Évangiles, mais sa « faiblesse », c’est-à-dire l’anéantissement humain qu’il a vécu et qu’il a souffert, et que saint Paul nomme kénosis.

Pour parvenir à cette conclusion, il est nécessaire de suivre un raisonnement, que nous exposerons par la suite. Nous partons du fait que la réponse commune et traditionnelle apportée à l’énigme de la réalité est l’affirmation de l’existence de Dieu, réalité transcendante, origine et fondement du monde et intéressée au salut de l’homme. Cette réponse religieuse est avant tout transmise par le biais de la tradition familiale et sociale, et, habituellement, les personnes, absorbées par les problèmes concrets de la vie quotidienne, l’acceptent facilement. Mais à côté de cette réponse, celle d’un « monde sans Dieu » est également plausible. Ainsi, lorsque l’on affronte la question de l’énigme de la réalité, deux réponses sont possibles : existence de Dieu et monde sans Dieu.

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[1] Dans cet article, nous entendons montrer la manière dont Javier Monserrat, jésuite, philosophe et scientifique, disciple de Xavier Zubiri, a affronté la question et a cherché à lui apporter une réponse satisfaisante. En effet, il a étudié la crise actuelle du christianisme, il en a précisé les points clef, il a posé un diagnostic et proposé une ligne originale et convaincante pour dépasser la crise. Cf. J. Monserrat, Hacia el Nuevo Concilio, Madrid, San Pablo, 2010. Pour approfondir sa pensée à propos du sujet dont traite cet article, J. M. Millás, Cristianesimo e Realtà. La credibilità di Cristo nell’epoca della scienza, Rome, Gregorian & Biblical Press, 2013 ; Id., La figura di Cristo. Il segno della verità del Cristianesimo, Rome, AdP, 2006.

[2] Cf. S. Pié-Ninot, La teologia fondamentale, Queriniana, Brescia, 2002, 197 sq.

[3] J. M. Millás, Cristianesimo e Realtà. Novità teologiche nel pensiero di Xavier Zubiri, Rome, Gregorian & Biblical Press, 2014, p. 57-75.

[4] Le terme « figure » est propre à Xavier Zubiri et il signifie l’actualité dans le monde de la réalité humaine. Xavier Zubiri affirme que la vie humaine est « configuration » ; l’actualité de l’homme « a en chaque instant une figure déterminée » (X. Zubiri, L’uomo e Dio, Bari, Edizioni di Pagina, 2013, p. 45).

[5] La profession de foi dans le sacrifice du Christ (homologie) devient Action de grâce (Eucharistie) dans la liturgie chrétienne ; en son sein, « l’homologie est l’eucharistie » (G. Bornkamm, «Das Bekenntnis im Hebräerbrief», in Id., Studien zu Antike und Urchristentum. Gesammelte Aufsätze, vol. 2, Munich, Kaiser, 1970, p. 196).