LA CHRISTOLGIE DU FILS DE L’HOMME
Last Updated Date : 6 décembre 2021
Published Date:2 décembre 2021

Introduction

Pendant des siècles, et dès la période de rédaction des évangiles, les chrétiens ont cherché à formuler comment le mystère de Dieu se révélait dans la personne de Jésus qu’ils confessaient comme Christ. Comment Jésus, visage parfaitement ressemblant du Père, révélait la nature intime de Dieu, le Dieu unique d’Israël. Ce n’était pas une mince affaire tant mots et concepts manquaient. Comment maintenir le cœur de la foi monothéiste tout en reconnaissant une forme de complexité au sein même de la divinité ? Comment maintenir l’affirmation de la parfaite humanité de Jésus, « semblable à nous en toutes choses excepté le péché » (comme le dit la prière eucharistique numéro quatre) sans pour autant affaiblir la confession de sa divinité.

Ce travail théologique délicat était – et demeure – indispensable et capital. Tout en s’inscrivant dans la fidélité aux conciles et à la tradition de l’Eglise, il revient en effet à chaque génération chrétienne de dire avec ses mots, dans son contexte culturel, le cœur de la foi chrétienne : Dieu a révélé l’essence de son être, s’est communiqué lui-même, parfaitement et totalement, en la personne de Jésus de Nazareth. Pour que nous ne répétions pas, sans trop comprendre, des formulations de plus en plus anciennes, il faut sans cesse redire l’émerveillement qui nous saisit devant le mystère, indicible au fond mais qu’il faut pourtant bien essayer de mettre en mots le moins maladroitement possible, du Christ Jésus.

Nombreuses sont les approches et les démarches possibles. Il me semble que, pour s’atteler à cette tâche, il convient toujours de repartir de l’homme Jésus, de l’événement du Christ. Et non pas seulement de ce qu’il était mais aussi de la façon dont il se comprenait lui-même avec ses propres mots et références. Il nous faut repartir de la christologie de Jésus.

 

Jésus un juif pratiquant

Jésus a pensé son identité à partir des ressources qui étaient à sa disposition dans le cadre de sa foi et de son milieu culturel : le judaïsme galiléen pieux de langue araméenne. Un judaïsme riche de ses traditions et pratiques rituelles, disposant des Psaumes et du culte synagogal basé sur la louange et la lecture des Ecritures. Être humain en effet, c’est précisément toujours cela : penser son individualité, le sens de sa vie et son destin, dans un contexte religieux et culturel donné. Cela est constitutif de tout être humain. Il faut donc s’interroger sur les textes, les prières et les croyances qui ont constitué pour ainsi dire la grammaire à partir de laquelle la foi personnelle de Jésus s’est peu à peu constituée[1]. Plus nous découvrons le monde religieux et culturel du premier siècle, plus nous nous approchons un peu plus de Jésus.

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[1] Cf. Hans-Urs von Balthasar, La foi du Christ, Paris, Aubier, 1968 et Jacques Guillet, La foi de Jésus Christ (JJC 12), Paris, Mame, 20102(1980).

[2] Cf. Mc 2,25, 4,12, 7,6, 10,7.19, 11,17, 12,10.26.36, 14,27. Il est possible que certaines citations remontent aux premiers apôtres et aux évangélistes, mais il serait surprenant que ce soit le cas de toutes les références effectuées par le Jésus des évangiles.

[3] Cf. Daniel Boyarin, Le christ juif, Cerf, 2013, p. 92.

[4] Cf. Daniel Boyarin, Le christ juif, Cerf, 2013, p. 121.

[5] Pour les lignes suivantes, voir Marc Rastoin, « Comment les trois premiers évangélistes ont-ils nommé Jésus ? », in R. Dupont-Roc et A. Guggenheim (éd.), Après Jésus. L’invention du christianisme (Albin Michel, 2020) 355-362.

[6] Il est frappant que, dans ce chapitre, Dieu parle tantôt d’envoyer un berger semblable à David (Ez 34,23) tantôt de venir en personne (Ez 34,11).

[7] Cf. Marc Rastoin, « Jésus : Un ‘Fils de l’Homme’ tourné vers les ‘Fils de Dieu’. Un nouveau regard sur Mt 11,27 et Lc 10,22 », NTS 63 (2017) 355-369.