LA BASILIQUE SAINTE-SOPHIE : DE MUSÉE À MOSQUÉE
Last Updated Date : 8 septembre 2021
Published Date:4 décembre 2020

Le 29 novembre 2014, lors de son voyage apostolique en Turquie, le pape François a visité la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul, l’Hagia Sophia – en turc Aya Sofya –, le monument millénaire qui domine toute la ville, le Bosphore et la Corne d’Or. À la fin de la visite, il a écrit, dans le Livre d’or des visiteurs, en caractères grecs : Hagia Sophia tou Theou, La Sainte Sagesse de Dieu. La basilique, aboutissement d’une expertise technique et merveille architecturale, a été décrite au cours de l’histoire comme « une œuvre d’inspiration divine », le « lieu entre la terre et le ciel », la « huitième merveille du monde », le « symbole de la puissance impériale »[1]. La basilique Sainte-Sophie a été commandée et construite en 537 par l’empereur Justinien et son épouse Théodora, puis reconstruite en 562, après avoir été endommagée par un incendie : c’était la plus grande basilique du christianisme et dans le monde – la Megale Ekklesia – l’église la plus importante de Constantinople, où les empereurs byzantins ont été couronnés.

La ville, fondée par Constantin comme la « Nouvelle Rome », s’est aussi imposée comme la capitale religieuse du christianisme. Aujourd’hui encore les Grecs l’appellent « Constantinople » : elle a eu plusieurs noms au fil du temps, dont l’ancien nom de Byzance[2]. Le nom actuel, Istanbul, dérivé de l’expression grecque eis tēn polin, signifie ad Urbem, c’est-à-dire « [aller] à Rome », dans la « Nouvelle Rome »[3].

Après neuf cents ans, en 1453, avec la conquête de la ville par les Ottomans, le sultan Mehmed II transforma la basilique en mosquée. Puis, cinq siècles plus tard, en 1934, le premier président de la Turquie moderne, Mustafa Kemal, connu sous le nom d’Atatürk (« le père des Turcs »), la convertit en musée[4]. On peut encore y admirer quelques-unes des magnifiques mosaïques, sur fond d’or, qui recouvrent les voûtes, les coupoles et les murs : celle de la Deesis (de la « prière »), où le Christ, la Vierge et Jean-Baptiste prient pour le salut des hommes ; les icônes de la Vierge Marie et de l’archange Gabriel ; puis celles des saints, des empereurs et des impératrices, et divers motifs floraux et géométriques dans un style décoratif. La basilique est entrée dans l’histoire comme « l’un des plus grands chefs-d’œuvre architecturaux qui aient jamais existé[5] ».

En 1985, la basilique Sainte-Sophie a été déclarée « site du patrimoine mondial » par l’UNESCO. C’est l’un des plus beaux monuments de Turquie et, en 2019, près de quatre millions de visiteurs l’ont admiré.

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[1] Cf. Procope de Césarée, Santa Sophia di Costantinopoli. Un tempio di luce, édit. par P. Cesaretti M. L. Fobelli, Milan, Jaca Book, 2011, 57 ; 63 ; 65 ; 72.

[2] La ville est d’origine grecque et sa fondation remonte, selon Hérodote, à 668 av. J.-C. ; son nom « Byzance » aurait été dérivé de celui de leur roi Byzas, o Byzantas. Cf. L. Padovese et al., Turchia. I luoghi delle origini cristiane, Casale Monferrato (Al), Piemme, 1987, 169.

[3] L’expression « la Nouvelle Rome » est bien présente dans Paolo Silenziario, Descrizione della chiesa di Santa Sophia, v. 165 et le Discorso alle due Roma (vv. 135-167), dans : M. L. Fobelli, Un tempio per Giustiniano. Santa Sophia di Costantinopoli e la « Descrizione » di Paolo Silenziario, Rome, Viella, 2005, 42-45 ; 117.

[4] Cf. l’histoire de la ville dans F. Cardini, « Un luogo di controversie. E un “ritorno” che divide », Avvenire, 10 juillet 2020.

[5] L. Padovese et al., Turchia. I luoghi delle origini cristiane, 170.

[6] Les médaillons circulaires géants reproduisent les noms d’Allah, du Prophète Muhammad, des quatre premiers califes et des deux petits-fils de Muhammad.

[7] R. Cristiano, « Quel che l’Europa distratta non capisce di Santa Sophia », Reset. Voci dal mondo, 24 juillet 2020.

[8] Cf. M. Jégo et A. Kaval, « Turquie. Revanche sur le traité de Sèvres », Le Monde, 2-3 août 2020, 14.

[9] Cf. l’éditorial dans Le Monde du 26-27 juillet 2020 ; F. Peloso, « Erdogan usa la religione per non perdere il potere », Internazionale, 31 juillet 2020.

[10] Cf. L. Padovese et al., Turchia. I luoghi delle origini cristiane, 171 ; www.lastampa.it/esteri/2020/08/21/news/turchia-dopo-santa-Sophia-diventa-moschea-la-chiesa-museo-di-san-salvatore-in-chora-1.39215867

[11] François, Angélus du 12 juillet 2020.

[12] « Turchia : Kirill (patriarca di Mosca), “preoccupazione per richieste di riconsiderare lo status museale di Hagia Sophia” a Istanbul », Sir, Agenzia d’informazione, 6 juillet 2020.

[13] E. Campanile, « Santa Sophia diventa una moschea », Vatican News, 20 juillet 2020.

[14] Cf. G. Antonazzi, « Santa Sophia torna ad essere una moschea », Days Italia News, 11 juillet 2020.

[15] « Imam Magliana : “Santa Sophia ? Atto politico” », Adnkronos, 12 juillet 2020.

[16] Cf. S. Falasca, « Turchia. Divide Santa Sophia riconvertita in moschea. Le reazioni del mondo », Avvenire, 14 juillet 2020 ; « Le reazioni alla trasformazione di Santa Sophia in moschea » (www.retesicomoro.it/ reazioni-trasformazione-santa-Sophia), 16 juillet 2020.

[17] Cf. A. Lomonaco, « Prima preghiera islamica a Santa Sophia tra imponenti misure di sicurezza », Vatican News, 24 juillet 2020.

[18] « “Fratellanza umana per la pace mondiale e la convivenza comune” (Abu Dhabi, 4 febbraio 2019) », Civ. Catt. 2019 I 396.

[19] Ibid., 397.

[20] Cf. A. Riccardi, « Nostalgia di coabitazione », dans : A. Melloni et al. (éds), Cristianesimo nella storia. Saggi in onore di Giuseppe Alberigo, Bologne, il Mulino, 1996, 131-158.

[21] Cf. N. Thon, Quellenbuch zur Geschichte der Orthodoxen Kirche, Trèves, Paulinus, 1983, 66 s.; 173-175.

[22] A. Erdošan, « Sainte-Sophie en mosquée est une gifle au visage des ceux qui croient encore que la Turquie est un pays laïque », Le Monde, 17 juillet 2020. Asli Erdosan est une auteure française.

[23] Cf. M. Jégo et A. Kaval, « Turquie. Revanche sur le traité de Sèvres », 14.

[24] Cf. « Sul mar che ci lega con l’Africa d’or », Limes. Il Turco alla porta, nº 7, 2020, 22.

[25] A. Lomonaco et B. Capelli, « Dieci anni fa veniva ucciso monsignor Padovese, vescovo del dialogo », Vatican News, 2 juin 2020.