JÉSUS DE NAZARETH, FILS ET ÉPOUX D’ISRAËL
Last Updated Date : 1 juin 2021
Published Date:12 novembre 2020

Les multiples défis de la nature humaine assumés par le Fils

Chaque époque, en contemplant et réfléchissant sur le mystère de Jésus-Christ, souligne quelques dimensions en relation avec un contexte historique précis et les défis qu’il lance à l’action évangélisatrice de l’Église. Cela s’est produit à l’époque patristique, quand l’Église a dû faire face au défi de la philosophie triadique néoplatonicienne. C’est précisément en réponse à ce défi que sont nées la théologie trinitaire et la christologie patristique qui relisent le mystère du Fils incarné à la lumière des catégories métaphysiques de la nature et de la personne, mûries précisément à travers la confrontation critique avec le néoplatonisme. Elles ont ensuite constitué la colonne vertébrale de la doctrine christologico-trinitaire des Conciles œcuméniques, qui est devenue normative pour toutes les Églises chrétiennes qui se reconnaissent liées par ces conciles. Grâce à cet effort, l’Église a, entre autres, réussi à sauvegarder et à préciser toujours mieux l’identité de la nature humaine assumée par le Fils de Dieu contre les dangers de son déni pratique induit par la mentalité monophysite, très répandue de la fin de l’Antiquité

La recherche moderne n’a jamais nié l’humanité historique de Jésus. Au contraire, elle l’a amplement confirmée à sa manière. Toutefois, elle l’a souvent fait dans une controverse ouverte avec la nature divine du Fils de Dieu, affirmée par la tradition chrétienne. Ainsi, le défi a été déplacé sur des bases historiques et anthropologiques, où, non par hasard, la plupart des efforts de la christologie contemporaine se sont concentrés à partir du milieu du siècle dernier.

La relation entre Jésus de Nazareth, objet de recherches historiques, et le Christ confessé par l’Église comme Seigneur depuis les plus anciens textes du Nouveau Testament, la possibilité et les limites d’une enquête sur l’autoconscience humaine du Fils, sans oublier le recentrage christologique pascal de la théologie Trinitaire : voilà quelques-uns des thèmes qui sont désormais devenus indispensables dans tout développement intellectuellement responsable du mystère chrétien. Le défi, grand et complexe, était de devoir mesurer, sur la base d’une approche également historico-critique des Écritures, les affirmations les plus métaphysiques de la christologie classique sur le terrain plus concrètement historique et anthropologique, afin de rendre la vraie humanité du Sauveur et le mystère trinitaire qui la fonde significatifs aussi pour l’homme d’aujourd’hui.

Le fait d’avoir confié à un exégète de renommée comme Daniel Marguerat la vaste introduction consacrée à la figure historique de Jésus de Nazareth dans le premier volume de l’Histoire du christianisme[1] – ouvrage qui fait autorité –, dit, plus que beaucoup de paroles, combien d’eau a heureusement passé sous les ponts d’une opposition entre histoire et théologie, qui n’a plus désormais aucun sens scientifique, voire de sens théologique.

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[1] Cf. J.-M. Mayeur – L. Pietri – A. Vauchez – M. Venard (éds), Storia del Cristianesimo. Religione-Politica-Cultura. Il Nuovo Popolo dalle origini al 250, Rome, Boria Città Nuova, 2003, 25-71 ; édit. fr. Histoire du christianisme, T. I : Le nouveau peuple (Des origines à 250), Desclées, 2000.

[2] Cf. D. Jaffé, Gesù l’ebreo, Milan, Jaca Book, 2013, avec une préface intéressante de Marguerat.

[3] Continuant à exercer la profession de rabbin et sans aucun lien même avec le judaïsme messianique, ce spécialiste mondial de la culture talmudique fait autorité, défend les racines juives à la fois de la théologie de l’incarnation et de la doctrine Trinitaire. Il identifie la spécificité du christianisme en référant les deux à Jésus de Nazareth : cf. D. Boyarin, The Jewish Gospel, New York, The New Press, 2012 ; édit. fr. Le Christ Juif. À la recherche des origines, Cerf, Paris, 2013.

[4] La documentation de cet élément crucial est due à D. Fortuna, Il Figlio dell’ascolto. L’autocomprensione del Gesù storico alla luce dello « Shema’ Yisra’el », Cinisello Balsamo (Mi), San Paolo, 2012.

[5] Cf. M. Cucca – B. Rossi – S. M. Sessa, « Quelli che amo io li accuso », Assisi, Cittadella, 2012, 43-97 et 97-104.

[6] Cf. ibid., 18-21 et 107-178.

[7] F. Ficco, « Mio Figlio sei tu » (Sai 2,7). La relazione Padre-Figlio e il Salterio, Rome, Gregorian & Biblical Press, 2012, 332 (nos italiques).

[8] Cf. D. Jaffé, Il Talmud e le origini ebraiche del cristianesimo, Milan, Jaca Book, 2008; édit. fr. Le Talmud et les origines juives du christianisme : Jésus, Paul et les judéo-chrétiens dans la littérature talmudique, Paris, Cerf, 2007.

[9] Cf. H. U. Von Balthasar, Il tutto nel frammento, Milan, Jaca Book, 1990, 266-273 (orig. 1963) ; édit. fr. De l’Intégration. Aspects d’une théologie de l’histoire, trad. par H. Bourboulon, H. Engelmann et R. Givord, Bruges, Desclée de Brouwer, 1970.

[10] Commission théologique internationale, Communion et service : la personne humaine créée à l’image de Dieu, nº 35.

[11] Cf. A. Biscardi, Un corpo mi hai dato. Per una cristologia sessuata, Assisi, Cittadella, 2012.

[12] Cf., par exemple, V. Battaglia, Il Signore Gesù Sposo della Chiesa, Bologne, EDB, 2001 ; G. Mazzanti, Uomo donna mistero grande, Cinisello Balsamo (Mi), San Paolo, 2013 ; A. Scola, Il mistero nuziale, Venise, Marcianum, 2014.

[13] Cf., par exemple, R. Infante, Lo sposo e la sposa. Percorsi di analisi simbolica tra Sacra Scrittura e cristianesimo delle origini, Cinisello Balsamo (Mi), San Paolo, 2004 ; M. Meruzzi, Lo sposo, le nozze e gli invitati. Aspetti nuziali nella teologia di Matteo, Assisi, Cittadella, 2008 ; L. Pedroli, Dal fidanzamento alla nuzialità escatologica. La dimensione antropologica del rapporto tra Cristo e la Chiesa nell’Apocalisse, Assisi, Cittadella, 2007; M. Cucca – B. Rossi – S. M. Sessa, « Quelli che amo io li accuso ».

[14] Dans ce sens, l’étude de B. Selene Zorzi, Al di là del « genio femminile ». Donne e genere nella storia della teologia cristiana, Rome, Carocci, 2013, semble être un exemple intéressant.

[15] M. Meruzzi, Lo sposo, le nozze e gli invitati,400.

[16] Ibid., 430.

[17] Ibid., 442.

[18] Ibid., 484.

[19] Cf. R. Infante, Lo sposo e la sposa, 243.

[20] U. Vanni, « Prefazione », dans : L. Pedroli, Dal fidanzamento alla nuzialità escatológica, 9.

[21] Cf. N. Lohfink, Gesù di Nazaret. Cosa volle Chi fu, Brescia, Queriniana, 2014, 313-327.