IRAN, RUSSIE ET CHINE-Le « nouvel empire mongol » peut-il devenir une réalité ?
Last Updated Date : 29 novembre 2021
Published Date:26 novembre 2021

En 2013, parut le livre de Thomas Flichy de La Neuville, Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?[1]. À l’époque, ce n’était qu’une hypothèse, mais aujourd’hui, cela semble être une possibilité réelle, surtout après la signature du traité entre la Chine et l’Iran le 27 avril 2021, et la transformation des relations bilatérales entre ces trois puissances asiatiques en un rapport triangulaire. À la base, il y a à la fois sur des intérêts mutuels et la résistance à des adversaires communs. En raison de l’unique valeur commune de ces trois pays – la Chine, l’Iran et la Russie –le destin de l’Eurasie est inévitablement déterminé cette possible alliance. Cette constellation – qui rappelle en effet l’ancien Empire mongol, qui a dominé l’Eurasie pendant au moins un siècle, et était composé de trois parties différentes mais liées : la dynastie Yuan en Chine, la Horde d’or dans la région de l’actuelle Russie et le khanat de Perse – mérite au moins d’être examinée.

Nous n’avons pas l’intention de parler ici du fait que le déplacement du pouvoir vers l’Asie – et en particulier vers le plus grand pays asiatique – déterminera certainement l’avenir, du moins celui de l’Eurasie. Il se pourrait bien, comme le soutiennent certains analystes[2], que la croissance de la Chine s’arrête rapidement. C’est ce que les spécialistes prédisent depuis des décennies, même si jusqu’à présent leurs analyses se sont révélées quelque peu inexactes. En effet, bien que The coming collapse of China (L’effondrement imminent de la Chine) fût publié en 2001, et que son auteur écrivît en 2013 que ses prédictions n’étaient plus qu’à un an près, aujourd’hui encore ces analystes sont considérés comme des « experts des affaires chinoises[3] ».

Tout est possible. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Nous voulons toutefois montrer ici comment ce changement de pouvoir est déjà en train de devenir une réalité. Le « virage vers l’Orient » de l’Iran en est un exemple. Par « Est », nous n’entendons pas ici une catégorie géographique, mais une catégorie idéale, comme alternative à l’idéal « Ouest ». Le président Rafsandjani (1989-1997) voulait déjà améliorer les relations avec la Chine et la Russie. Puis, sous Ahmadinejad (2005-2013), la politique du « regard vers l’Orient » a suivi, bien qu’apparemment en contradiction avec le slogan « Ni Est, ni Ouest, mais République islamique ! [4] ». En 2018, le chef de la révolution, Ali Khamenei, a déclaré que l’Est était la priorité en matière de politique étrangère, et il a appelé cette vision « le regard vers l’Orient : l’alliance avec la Russie et la Chine[5] ».

This article is reserved for paid subscribers. Please subscribe to continue reading this article
Subscribe

 

 

[1] Cf. Th. Flichy de La Neuville, Chine, Iran, Russie : Un nouvel empire mongol ?, Limoges, Lavauzelle, 2013.

[2] Cf. P. Robinson, « Cold War II: Just How Dangerous Is China? » : www.youtube.com/watch?v=E12r-37GZI0.

[3] G. G. Chang, The Coming Collapse of China, New York, Random House, 2001. Cf. https://tinyurl.com/2kuzdrm9.

[4] Cf. E. Pesaran, Iran’s Struggle for Economic Independence. Reform and Counter-Reform in Post-Revolutionary Era, New York, Routledge, 2011.

[5] A. Sadrzadeh, « Khameneis Blick nach Osten », Iran Journal (https://tinyurl.com/zt8ex3at), 14 janvier 2021.

[6] Full Text of Joint Statement on Comprehensive Strategic Partnership between I.R. Iran und P.R. China (www.president.ir/EN/91435), 20 avril 2021.

[7] Selon des chiffres récents, l’économie chinoise a connu une croissance de plus de 18 % depuis la pandémie : Cf. J. Cheng, « Chinese Economy Grew More Than 18% in First Quarter », The Wall Street Journal (www.wsj.com/articles/chineseeconomy-grows-more-than-18-in-first-quarter-11618539141), 16 avril 2021. La croissance du commerce entre l’Iran et la Russie est en termes absolus – environ un milliard – vraiment sans intérêt, et le commerce entre l’Iran et la Chine dépend fortement des exportations de pétrole iranien.

[8] Cf. G. Rachman, Easternization. Asia’s Rise and America’s Decline From Obama to Trump and Beyond, Other Press, 2018.

[9] Cf. F. Richter, « China Is the World’s Manufacturing Superpower », in statista (https://tinyurl.com/b33mfabt), 4 mai 2021.

[10] Cf. « Industrial production in constant prices of 2010 », knoema (https://tinyurl.com/rrdwpv2v).

[11] N. Gordon, « Easternization: “A game-changer for not just the world economy, but also for international politics” », Asian Review of Books (https://tinyurl.com/2vpphw55), 21 septembre 2017.

[12] G. Steingart, « Lautloser Systemwechsel: Wir kopieren den China-Kapitalismus, und kaum einer merkt es », Focus.de(https://tinyurl.com/­3nh55w52), 3 mai 2021.

[13] Cf. T. Kaiser, « Europas riskanter Plan, China zu kopieren », Welt (https://tinyurl.com/4aaps7aw), 5 mai 2021.

[14] Cf. V. Pachkov, « La Russia tra l’Europa e l’Asia. Verso Oriente alla ricerca di se stessa? », Civ. Catt. 2017 III 276-284.

[15] Cf. A. Sadrzadeh, « Khameneis Blick nach Osten », Iran Journal (https://iranjournal.org/allgemein/iran-china-russland), 14 janvier 2021.

[16] Cf. Н. Смагин. « Торговля Ирана и ЕАЭС и перспективы ее развития » (« Le commerce entre l’Iran et l’Union eurasienne et ses perspectives »), РСМД (https://russiancouncil.ru/analytics-and-comments/analytics/torgovlya-irana-s-eaes-i-perspektivy-ee-razvitiya), 17 mars 2021.

[17] Cf. « Iran Exports, Imports, and Trade Partners », OEC (https://oec.world/en/profile/country/irn).

[18] Cf. D. Moss, « How Much of Chinas GDP Was Made in America? », Bloomberg Opinion (https://tinyurl.com/2tnsva7h), 16 avril 2021.

[19] Cf. P. Coppens, « Can China catch up with US on semiconductors? »: https://tinyurl.com/4kea8esu.

[20] Cf. « ZTE and Huawei Sanctions », in https://ofaclawyer.net/economic-sanctions-programs/china/zte-huawei.

[21] Cf. J. J. Ikoba, « China’s chip imports climb to nearly $ 380 billion in 2020 », Gizmochina (https://tinyurl.com/vpk55pkb3), février 2021.

[22] Cf. https://tinyurl.com/kdrk39a8.

[23] Sur les relations entre la Russie et l’Iran, Cf. В. Хосейнзадех, « Российско-иранские отношения на современном этапе » (Les relations russo-iraniennes à l’époque moderne), Дипломатическая Академия Министерства Иностранных Дел Российской Федерации (Académie diplomatique du ministère russe des affaires étrangères), Moscou, 2018.

[24] N. Kozhanov, Understanding the Revitalization of Russian-Iranian Relations, Centre Carnegie de Moscou, 2015.

[25] Cf. Н. Смагин, « Стратегическое недоверие: Почему у России и Ирана не получается стать партнерами? » (« Une méfiance stratégique : Pourquoi la Russie et l’Iran ne peuvent-ils pas devenir des partenaires ? »), Московский Центр Карнеги (Centre Carnegie de Moscou) (https://carnegie.ru/commentary/79251), 4 juin 2019.

[26] Cf. M. Fayez Farhat, « North-South Corridor: The Limits of Iranian Power », in Journal for Iranian Studies, 7 juin 2018.

[27] Cf. Н. Смагин, « Стратегическое недоверие: Почему у России и Ирана не получается стать партнерами? ».

[28] Cf. P. Goble, « Moscow Now Seeking to Make the Caspian Both a North-South and an East-West Hub », Eurasia Daily Monitor, 24 mars 2020.

[29] Cf. А. Леонов, « Вместо Суэца: Из Каспия в Индийский океан » (« Au lieu de Suez : De la mer Caspienne à l’océan Indien »), Столетие (https://tinyurl.com/a5yd5xcz), 16 avril 2021.

[30] Cf. P. Goble, « “Canal War”. Breaking Out in Greater Caspian Region », Eurasia Daily Monitor (https://tinyurl.com/yyhrmsv4), 29 avril 2021.

[31] Cf. « ЕАЭС » и Израиль обсуждают создание зоны свободной торговли » (« L’UEE et Israël envisagent une zone de libre-échange »):rg.ru (https://tinyurl.com/vfakbvnw).

[32] Cf. Е. Цоц, « Иран вступает в ЕАЭС. Какую выгоду получит Россия? » (« L’Iran rejoint l’UEE. Qu’est-ce que la Russie y gagnera? »), Regnum (https://regnum.ru/news/polit/3197862.html), 22 février 2021.

[33] Cf. Н. Смагин, « Торговля Ирана и ЕАЭС и перспективы ее развития ».

[34] Le processus d’Astana est un processus de paix pour la guerre civile syrienne mis en œuvre depuis 2016 par les diplomaties de la Russie, de la Turquie et de l’Iran.

[35] Cf. A. Zamirirad, « Irans “Blick nach Osten” », Berlin, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit, 2020.

[36] Cf. А. Шустов, « Иран и Китай хотят перекроить геополитическую карту Центральной Азии » (« L’Iran et la Chine veulent transformer la carte géopolitique de l’Asie centrale »), Евразия Эксперт (https://tinyurl.com/7paf6vya), 23 janvier 2017.