GABON : FIN D’UNE DYNASTIE
Published Date:15 mars 2024
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Quelque chose d’historique s’est passé dans la nuit du 29 au 30 août 2023 au Gabon : un coup d’Etat militaire a mis fin à 56 ans de pouvoir d’une famille et a porté à la tête du pays le général Brice Oligui Nguema[1]. C’est d’abord le papa, Albert-Bernard Bongo, qui changea son nom après sa conversion à l’islam pour devenir Omar Bongo Ondimba, qui fut aux affaires : il régna en maître sur le Gabon de 1967 jusqu’à sa mort en 2009. Soit 42 ans à la tête du Gabon. À sa mort, bien que le pays fût « démocratique », c’est son fils, Ali Bongo, qu’il avait pris le soin de préparer, qui lui succéda. Ce dernier s’est maintenu au pouvoir jusqu’à son renversement par l’armée en août 2023. À son tour, il a exercé le pouvoir pendant 14 ans comme président du Gabon. Par le tripatouillage de la constitution, il pouvait encore rester au pouvoir jusqu’à sa mort car la constitution qu’il a élaborée à sa guise le lui permettait. Avec le changement opéré à la tête du Gabon, c’est donc la fin d’une « monarchie ».

 

Un pays qui semblait tranquille, mais…

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La superficie du Gabon n’est pas vaste : 267.667 Km2, avec une population estimée à 2,4 millions d’habitants. Ce pays partage ses frontières terrestres avec le Cameroun, la Guinée équatoriale et la République du Congo. Il dispose d’importantes ressources naturelles et 88 % de son territoire est occupé par la forêt[2]. Avec une si belle couverture forestière, le Gabon dispose d’un riche écosystème avec des dotations importantes en terres fertiles, en richesses côtières et en pêcheries.

Selon le tableau de la Banque mondiale, le taux du PIB du Gabon est estimé à 3,1 % en 2022 ; il est en progression par rapport au 1,5 % enregistré en 2021. En outre, le solde budgétaire est devenu excédentaire, à 3 % du PIB pour 2022, après un déficit de 1,9 % en 2021[3]. Cependant, malgré son potentiel économique, le pays peine à traduire la richesse de ses ressources en une croissance durable et inclusive. En effet, les indicateurs sociaux restent faibles avec une incidence de pauvreté évaluée à 33,4 % et un taux de chômage élevé, estimé à 28,8 % en 2021, même si le niveau du PIB/tête est élevé (8.017 USD courants en 2021)[4].

Le Gabon, qui possède un des taux d’urbanisation les plus élevés d’Afrique avec plus de quatre Gabonais sur cinq vivant en ville, a connu, durant le règne d’Ali Bongo, une période de turbulence le conduisant inéluctablement au coup d’Etat du 30 août 2023. En effet, l’élection d’Ali Bongo de 2016 était déjà remise en cause. Il faudrait ajouter à cela que la France avait accusé la famille Bongo de détournements de deniers de l’État. Et puis, en 2019, il y a eu des manifestations de la rue et des grèves d’enseignants et d’étudiants qui protestaient contre une loi attaquant l’éducation. Devenu impopulaire, Ali Bongo, déjà affaibli aussi en 2018, par un accident vasculaire cérébral qu’il a subi en Arabie saoudite lors d’une visite d’Etat, avait créé lui-même, sans le savoir les conditions d’un coup d’Etat.

 

De père en fils : pour comprendre le coup d’État du 30 août

Politiquement parlant, les Bongo, père et fils, ont dominé le Gabon pendant 56 ans à travers leur parti, le Parti Démocratique Gabonais (PDG). Sous la mandature d’Ali Bongo, au-delà d’intrigues politiques, il y a eu des mécontentements de la rue qui ont été souvent réprimés violemment par les forces de l’ordre. Pourtant, lorsqu’il a brigué la présidence, après le décès de son père, Ali Bongo avait promis de reformer le système de son père qu’il trouvait « usé et rejeté ». Un changement qui nécessitait une rupture avec le passé qui ne rassurait pourtant pas les sceptiques. Ces derniers se demandaient en effet si un fils pouvait être en mesure de prendre distance du « lourd héritage » de son père, avec des vieux réflexes déjà installés, et surtout avec les collaborateurs restés sur place. En sus, Ali Bongo n’a pas eu, pour longtemps au moins, la fibre politique, de par sa formation et son temps passé loin du Gabon. En effet, il est né au Congo-Brazzaville le 9 février 1959, avant de suivre sa formation en France (des humanités à l’université). Au début de sa vie, il a eu plus d’affinités avec sa mère Patience Dabany (chanteuse) qu’avec son père. Cependant, Ali Bongo a rejoint son père en politique à la fin de ses études. Il entama alors une carrière politique en emboîtant le pas à son père dès le départ, même dans la religion[5]. Son père le nomma membre de son cabinet à 28 ans. Et à 30 ans il fut nommé ministre des affaires étrangères, puis ministre de la Défense à 40 ans.

Cependant, par stratégie ou fourberie, Omar Bongo, ayant tout mis en place pour assurer sa succession, avait refusé de le nommer comme successeur de son vivant[6]. Ali Bongo a donc dû faire campagne pour se mesurer à 22 autres candidats pour remporter le scrutin du 30 août 2009 et succéder à son père. Il obtint 41,7% des voix, lors d’une élection très contestée. De nombreux manifestants dénoncèrent des fraudes électorales avec des violences occasionnant des morts d’hommes[7].

Ainsi, Ali Bongo mena le pays à sa manière. Il plaça des gens de confiance autour de lui au lieu d’assurer l’équilibre entre les différentes forces du pays. Comme résultat : il s’aliéna les caciques du pouvoir local. Puis encore, il bloqua les réseaux de redistribution politique et économique. Et quand Ali Bongo est réélu en 2016, la tension politique et sociale s’amplifie, avec notamment des émeutes. Et quand il est terrassé par l’AVC en 2018, le pouvoir est « géré » par son épouse, Sylvia Bongo, son fils Nourredine, et un groupe de jeunes trentenaires, dits la Young Team. Cela ne passe pas inaperçu auprès des observateurs, des politiciens (de l’opposition comme ceux du parti au pouvoir).

Mais Ali Bongo a ficelé la vie politique, avec des intimidations et des emprisonnements. Au moment du coup d’Etat, plusieurs politiciens de l’opposition et leaders étaient sous les verrous, souvent sans jugement. C’est le cas notamment d’Étienne Francky Meba Ondo, vice-président du parti d’opposition Réagir, arrêté deux jours après l’élection, ou du syndicaliste Jean-Rémy Yama, emprisonné depuis février 2022.

On peut comprendre la liesse de la population quand, après le coup d’Etat des militaires, ces hommes du pouvoir sont arrêtés. Sur les réseaux sociaux, on les a vus arrêtés avec les valises et les coffres remplis de billets de banque. De même, leurs maisons ont été exposées. Il sied de soulever le fait qu’avant le coup des militaires, il y avait de facto un coup d’État institutionnel. En effet, le régime d’Ali Bongo avait installé un appareil répressif avant l’élection présidentiel du 26 août 2023.

Tout commence vers avril-mai, quand la Young Team a mis en place des moyens conséquents pour préparer la reconduction au pouvoir d’Ali Bongo. C’est une campagne tintamarresque du parti au pouvoir, le Parti démocratique gabonais (PDG) qui inonde le visage du président partout, dans les médias et sur les affiches géantes des villes. Et le 6 avril 2023, l’Assemblée nationale modifie en urgence la constitution. Cette assemblée, composée aux deux tiers de députés du PDG, ajuste tous les mandats à cinq ans et les rend renouvelables à volonté. De même, cette institution propose une loi qui fait passer l’élection présidentielle à un seul tour. Ce qui qui implique que le vainqueur ne soit élu qu’à une très faible majorité relative.

Dans l’entretemps, pour empêcher la campagne officielle d’avoir lieu, le gouvernement refuse d’annoncer la date des élections. C’est seulement le 9 juillet, soit une quarantaine de jours avant, que le gouvernement a annoncé les élections pour le 26 août, en un seul vote : pour le président de la République, les députés, et les membres des conseils départementaux et municipaux. Ali Bongo signe alors, le 4 août, un décret sur le bulletin de vote unique par parti[8]. Trois jours avant le scrutin, les employés ne sont pas payés. Habitués à percevoir leurs salaires le 23 août, les employés de Libreville trouvent les comptoirs des banques fermées et les distributeurs sont vides. La tension est montée d’un cran. Le 27 août, le gouvernement décrète le couvre-feu, la fermeture des frontières et l’interdiction des médias étrangers, sous prétexte d’assurer la sécurité intérieure. Aussi, l’Internet et les lignes téléphoniques avec le reste du monde sont coupés. Un dispositif militaire est déployé sur tout le territoire, dans les centres névralgiques de Libreville, et près des résidences des personnalités politiques. Il est placé, ironie de sort, sous la responsabilité du chef de la Garde républicaine, le général Brice Oligui Nguema. Le reste, on sait ce qui est arrivé.

Sur le plan économique, la présidence d’Ali Bongo a mis le Gabon dans un état de décomposition très visible.  Un petit groupe d’individus étaient super-riches (à la suite des prédations directes dans les caisses de l’État). Dans le business, les entrepreneurs locaux, fonctionnant dans un système quasi illicite, ne pouvaient prospérer que si le clan Bongo avait la main dans la caisse de ces entreprises.

Le Gabon, sous Ali Bongo, a vu ses infrastructures se dégrader. Elles n’ont pas été développées ou entretenues. En effet, les routes goudronnées ne représentent que 20 % du réseau, soit 2.000 km sur 10.300. La situation des aéroports régionaux qui faisaient la fierté de ce pays laisse à désirer. Ils ont été fermés les uns après les autres. Les services de la Poste et l’eau courante ont connu une détérioration déplorable. L’eau courante avait même disparu dans les quartiers aisés de Libreville depuis 2016[9]. Cette dégradation économique et d’infrastructures a entraîné nécessairement une détérioration de la vie quotidienne de la population, avec notamment la montée du chômage des jeunes et la pauvreté. Et ceux qui avaient la chance de travailler touchaient des bas salaires ne leur permettant pas de nouer les deux bouts du mois. Le salaire minimum mensuel, fixé par la loi en 2010 à 150.000 XFA (soit environ 229 euros), n’a pas changé depuis treize ans.

En son temps, Omar Bongo, lui, a eu un règne autoritaire, pas par la force ou la brutalité mais en entretenant les chefs des clans les plus puissants du pays et en s’attirant les bonnes grâces de l’ancien pouvoir colonisateur, la France. Il avait en même temps accumulé de grandes fortunes, confondant ses poches avec celles du pays[10]. Cependant, la population vivait dans la pauvreté, laissant entrevoir des inégalités économiques flagrantes.

Omar Bongo était obligé, par la poussée des oppositions qui avait marqué la période de 1990-1991, à accepter le multipartisme. Cependant, son parti, le Parti démocratique gabonais, PDG, a monopolisé la vie politique gabonaise à telle enseigne qu’à partir de 2000 c’était presque le retour au monopartisme. Ni les manifestations de la rue ni les élections[11] n’ont ainsi réussi à déboulonner Omar Bongo. Avec son parti, ce dernier contrôlait la machine électorale, la machine économique, la machine politique, et avait la main sur les médias. Certains opposants avaient fini par intégrer le parti au pouvoir ou du moins à être cooptés. Pour asseoir et consolider son pouvoir, il usa des subterfuges qui consistaient à tisser des liens avec d’autres forces du pays, en particulier régionales, se renouvelant notamment par mariage, alliance. La survie du régime passait aussi par la relégation. Chaque fois qu’une ou un de ses membres avait acquis une popularité importante et se montrait désireux de suivre un destin ou un programme personnel, comme l’ont fait Jean Ping et Brice Laccruche Alihanga, il était abattu politiquement[12].

 

Réactions de la communauté internationale

Après le coup d’Etat militaire du 30 août 2023 au Gabon, les voix se sont levées comme d’habitude. Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, après avoir condamné « la tentative de coup d’État », avait dénoncé « une violation flagrante » des principes de l’Union africaine et avait appelé l’armée et les forces de sécurité à s’en tenir strictement à leur vocation républicaine, à garantir l’intégrité physique d’Ali Bongo Ondimba, des membres de sa famille, ainsi que de ceux de son gouvernement[13]. Parmi certains pays africains qui ont vite réagi après le coup d’Etat, le Maroc avait insisté sur l’importance de préserver la stabilité au Gabon. L’ONU a aussi condamné le putsch, la Chine a appelé, comme l’Union africaine, à garantir la sécurité d’Ali Bongo. De son côté, la Russie a fait part de sa profonde préoccupation. Les Etats-Unis ont déclaré « suivre de très près » la situation. La France a condamné le coup d’État militaire, l’Allemagne a emboité le pas de la France, tout en évoquant « des critiques légitimes sur la transparence » des élections.[14] En outre, il s’est avéré que ce qui inquiète la communauté internationale après le coup des militaires c’est principalement la durée du mandat du président du gouvernement de transition.

Oligui Nguema, âgé de 48 ans, qui est à la tête du Gabon n’a pas donné de date précise pour les prochaines élections. Il souhaite remanier la Constitution et retravailler les codes pour qu’ils soient plus démocratiques et respectueux des droits humains avant de faire la transition[15].

 

La situation du Gabon, un déjà-vu ailleurs

Le coup d’Etat militaire au Gabon est la continuité de ce que certains appellent « l’épidémie de coups d’État ». Il s’ajoute à une série d’autres qu’une bonne partie de l’Afrique, surtout francophone, est en train de vivre depuis quelques années, avec des militaires à la tête de l’État : le Tchad (à la différence près), la Guinée, le Mali, le Burkina Faso, le Niger. Il ne suffit pas de condamner les militaires. Il faudrait analyser les causes de ces situations.

On ne le dira jamais assez, les révisions constitutionnelles pour prolonger les mandats des présidents au pouvoir sont devenues monnaie courante en Afrique. Depuis la vague de la démocratisation débutée autour des années 1990, de nombreux de pays ont inscrit dans leurs constitutions des articles ou des clauses qui limitent à deux le nombre de mandats pour un même président.

Certains pays ont même mis des limites d’âge. Mais, depuis quelques années, plusieurs chefs d’Etat, même parmi ceux qui étaient des opposants farouches et qui clamaient fort le respect de la constitution du pays, ont commencé à banaliser à leur guise la constitution avec des révisions ou la suppression des clauses par voie parlementaire ou référendaire bien contrôlée.

On l’a vu au Togo (2002), au Gabon (2003), au Cameroun (2008), à Djibouti (2011), en République du Congo-Brazzaville (2015), au Rwanda (2017), au Tchad (2018), en Guinée (2020). Le président Ougandais Museveni, qui a pris le pouvoir en 1986, a, lui, réussi à supprimer et la limitation des mandats en 2006 et la limite d’âge pour la présidence en 2018. Au Sénégal, en 2012, au Burundi en 2015, en Zambie en 2018 et en Côte d’Ivoire en 2020, les présidents en exercice ont obtenu une interprétation juridique de la constitution leur permettant de se représenter et de briguer un troisième mandat.

Mais ces changements de constitution pour les troisièmes mandats ont généré des protestations et des manifestations parfois violentes. C’est d’ailleurs le changement de constitution pour un troisième mandat qui avait chassé le président guinéen Alpha Condé du pouvoir par un putsch militaire. Il est aussi connu que certains fils des présidents se sont installés au pouvoir après leurs pères en violation de la constitution de leurs pays. C’est ce qui est arrivé au Togo avec Faure Gnassingbé, au Gabon avec Ali Bongo Ondimba, au Tchad avec Mahamat Idriss Déby[16].

Par principe, il faudrait condamner toute accession au pouvoir par des voies illégales. Cependant, les coups d’Etat constitutionnels sont aussi à condamner car ils deviennent monnaie courante dans plusieurs pays africains pour transformer les chefs d’Etat en monarques absolus qui s’éternisent au pouvoir et préparent leurs fils pour leur succéder[17].

 

Quel Gabon après les Bongo ?

Après le coup d’Etat des militaires d’août 2023, le peuple gabonais est sorti dans la rue avec des cris pour manifester sa joie et apporter son soutien aux putschistes. Une libération pour la population gabonaise, en général. Est-ce à dire que tout va changer ou qu’il y a espoir d’un Gabon meilleur ? Les militaires qui ont pris le pouvoir posent des gestes qui montrent leur volonté de mettre fin à des situations ayant plongé le Gabon dans un système de concentration du pouvoir entre les mains d’un clan, sous un régime de prédation, d’injustice et de paupérisation de la population.

Plusieurs arrestations ont suivi le coup d’Etat, pour la satisfaction totale de la population qui ont vu les images des personnalités arrêtées, dont certaines avec aux pieds de malles, des valises et des sacs débordants d’énormes quantités de liasses de billets de banque. Si le président déchu, Ali Bongo, était, dans les heures qui ont suivi le Coup d’Etat, mis en résidence surveillée au palais de la présidence, son épouse, Sylvia Bongo Ondimba Valentin, était en résidence surveillée dans un autre endroit. Elle est soupçonnée des détournements présumés de fonds publics. Elle a été ensuite inculpée le 28 septembre notamment pour « blanchiment de capitaux et faux et usage de faux ». Les militaires ayant pris le pouvoir la soupçonnaient publiquement d’avoir « manipulé » son époux souffrant des séquelles d’AVC et d’avoir été, aux côtés notamment de leur fils Noureddin Bongo Valentin (en prison depuis le premier jour du coup d’Etat pour haute trahison, corruption et détournements de fonds publics), la véritable dirigeante de facto du pays depuis et d’y avoir détourné massivement des fonds publics[18].

Dans la série des arrestations, il y a aussi six jeunes hauts responsables de la présidence, parmi lesquels le directeur de cabinet de M. Bongo ainsi que les numéros un et deux du Parti démocratique gabonais. L’opposition et la société civile gabonaises accusaient régulièrement ces jeunes hauts responsables d’être devenus les véritables dirigeants du pays. Par ailleurs, Jessye Ella Ekogha, l’ancien porte-parole de la présidence, ainsi que quatre autres personnes ont été mises en examen le 19/09/2023 et placés en détention provisoire soit pour trahison contre les institutions de l’État, détournements massifs des deniers publics, soit pour malversations financières internationales en bande organisée, faux et usage de faux, falsification de la signature du président de la République, corruption active[19], trafic de stupéfiants[20].

Mais au-delà des arrestations, c’est l’avenir du Gabon qui est et doit être décrypté avec sérénité. La population gabonaise voudrait voir surtout la richesse de ce pays contribuer au bien-être de tous. Il ne faudrait pas qu’elle soit désillusionnée. Il faudrait donc que les militaires au pouvoir au Gabon puissent, par des actes et décisions, assurer une transition qui ouvre la voie à un Gabon plus démocratique. Il ne faudrait pas qu’après quelques mois, qu’ils soient réprouvés pour les mêmes souillures politiques reprochées au clan Bongo.

En outre, les nouvelles autorités militaires doivent rassurer sur leur vraie intention et tracer clairement le chemin pour un retour rapide du pouvoir aux civils. Les militaires sont faits pour les casernes et pour la sécurité du pays, et non pas pour jouer le rôle des politiciens.

 

 

[1] Le Général Oligui Nguema a suivi les traces de son père et a poursuivi une carrière militaire. Formé à l’académie militaire du Maroc, il a rejoint très jeune, l’unité de la Garde républicaine du Gabon. Il a alors l’attention des hauts gradés de l’armée et est devenu l’assistant du président de l’époque, Omar Bongo, qui était le père d’Ali Bongo. Dans les années 2000, après la mort de Bongo père, il a été éloigné du pays pendant presque dix ans, une sorte d’exil, selon les médias gabonais. Il fut au cours de cette période attaché militaire aux ambassades du Gabon au Maroc et au Sénégal. Un an après l’Accident Vasculaire Cérébral (AVC) d’Ali Bongo survenu en Arabie Saoudite en octobre 2018, le colonel Brice Clothaire Oligui Nguema est rappelé au Gabon où il remplace un autre colonel et non moins demi-frère du président– Frédéric Bongo – à la tête du service des renseignements de la Garde Républicaine : la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS). Après seulement six mois à ce poste, Gen Nguema a été promu à la tête de la Garde républicaine au sein de laquelle il impulse des réformes en vue de la rendre plus efficace dans l’une de ses missions fondamentales : le maintien du régime. Il renforce le dispositif de protection d’Ali Bongo, mais sa réforme la plus marquante est sans nul doute le développement de la Section des Interventions Spéciales, une unité spéciale placée sous l’autorité directe d’Ali Bongo. On parle de lui comme un homme de consensus, qui n’élève jamais la voix, qui écoute tout le monde et cherche systématiquement le compromis. Il lança aussi l’opération « mains propres », qui visait à lutter contre les détournements de fonds présumés de l’Etat. Cependant, le général Oligui Nguema a lui-même été accusé de thésauriser l’argent public. En effet, dans une enquête menée en 2020, l’organisation américaine de lutte contre la corruption OCCRP a affirmé que le général Nguema et la famille Bongo avaient acheté des propriétés coûteuses aux États-Unis avec de l’argent liquide. Le général aurait dépensé 1 million de dollars pour trois propriétés. Comme réponse à ce rapport, il argua sur le respect de la vie privée. Et huit mois après avoir réaffirmé publiquement sa loyauté à la présidence d’Ali Bongo, c’est lui que les militaires mettent à la tête du pays comme chef de la transition. (Cf. O. BADIANE et W. CHIBELUSHI, « Qui est le général Brice Oligui Nguema, nouvel homme fort du Gabon ? », in BBC News, (https://www.bbc.com/afrique/articles/cjld1zk4jz8o), 31 août 2023.

[2] Cf. « Gabon – Vue d’ensemble », in Banque mondiale.org, (https://www.banquemondiale.org/fr/country/gabon/overview), 25/09/2023.

[3] Cf. « Gabon – Vue d’ensemble », Op. Cit.

[4] Cf. « Perspectives économiques au Gabon », in AFDB.ORG, (https://www.afdb.org/fr/countries/central-africa/gabon/gabon-economic-outlook), 26/09/2023.

[5] Omar Bongo, né Albert-Bernard Bongo, s’est converti à l’islam en 1975. Il change de nom, en contradiction avec son pays à majorité chrétienne. Et son fils, Alain-Bernard de son vrai prénom, lui a emboîté le pas et a pris le nom d’Ali ben Bongo Odimba.

[6] Répondant à une question du journal Jeune Afrique au sujet de la probable succession de son fils à la tête du pays, Omar Bongo avait répondu : « Quand je m’en irai, si mon fils veut faire de la politique, ce sera à lui de se débrouiller, de se faire élire au suffrage universel pour telle ou telle fonction. Les gens ne voteront pas pour lui juste parce que c’est le fils de Bongo Ondimba. Mon fils peut hériter de ma maison, de ma voiture. Mais il ne peut pas hériter de la fonction présidentielle, qui appartient au peuple gabonais. » (Cf. Z. LIMAM, « Le Gabon n’est pas une monarchie », in Jeune Afrique, (https://www.jeuneafrique.com/108391/politique/le-gabon-n-est-pas-une-monarchie/), 16 mars 2005. Consulté le 26/09/2005).

[7] Cf. L.-J. PERREAULT, « Bongo, de père en fils », in LA PRESSE, (https://www.lapresse.ca/international/afrique/200910/28/01-915793-bongo-de-pere-en-fils.php), 28/10/2009. Consulté le 30/09/2023.

[8] L’opposition, ironiquement, parlera de « vote inique » à la place de « vote unique ».

[9] Cf. « Comprendre le coup d’État au Gabon », in The Conversation, (https://theconversation.com/comprendre-le-coup-detat-au-gabon-213592), 18/09/2023.

[10] Cf. L.-J. PERREAULT, « Bongo, de père en fils », in LA PRESSE, Op. Cit. Il faudrait ajouter que « plusieurs membres de la famille Bongo, d’Omar le défunt père à Ali le fils, en passant par d’autres proches, notamment sa fille Pascaline, sont suspectés d’avoir bénéficié d’un important patrimoine immobilier frauduleusement acquis et évalué par la justice à 85 millions d’euros. Neuf enfants d’Omar Bongo sont mis en examen en France, notamment pour recel et détournement de fonds publics dans le cadre de l’enquête sur les ‘’biens mal acquis’’ » (Cf. « Le fils et des proches d’Ali Bongo écroués pour trahison et corruption », in VOAAfrique, (https://www.voaafrique.com/a/gabon-le-fils-d-ali-bongo-et-des-proches-du-pr%C3%A9sident-d%C3%A9chu-%C3%A9crou%C3%A9s-pour-haute-trahison-et-corruption-active-/7275928.html), 20/09/2023.

[11] Omar Bongo a été élu, réélu dans toutes les 5 élections qu’il a organisées le 25 février 1973, le 30 décembre 1979, le 9 novembre 1986, le 5 décembre 1993 et le 6 décembre 1998.

[12] Cf. « Comprendre le coup d’État au Gabon », in The Conversation, Op. Cit.

[13] RFI, « Coup d’État au Gabon: des condamnations internationales, peu de réactions africaines », in RFI, (https://www.rfi.fr/fr/afrique/20230830-coup-d-%C3%A9tat-au-gabon-des-condamnations-internationales-peu-de-r%C3%A9actions-africaines), 30/08/2023.

[14] Cf. E. GIROUD, « Le président du Gabon en résidence surveillée après un coup d’État », in Le Devoir, (https://www.ledevoir.com/monde/afrique/797090/coup-d-etat-militaire-au-gabon), 30 août 2023, Consulté le 01/10/2023.

[15] Cf. E. GIROUD, « Le président de transition promet le pouvoir aux civils », in La Presse, (https://www.lapresse.ca/international/afrique/2023-09-04/putsch-au-gabon/le-president-de-transition-promet-le-pouvoir-aux-civils.php), 4 septembre 2023, Consulté le 02/10/2023.

[16] Cf. T. VIRCOULON, « Afrique subsaharienne : la démocratie fragilisée », in IFRI, (https://www.ifri.org/fr/espace-media/lifri-medias/afrique-subsaharienne-democratie-fragilisee), 13/07/2023, Consulté le 30/10/2023.

[17] Si on prend seulement le cas de l’Afrique centrale, il y a une sorte d’épidémie de la présidence à vie : En Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema est au pouvoir depuis quarante-quatre ans, Paul Biya du Cameroun règne depuis quarante et un ans, et le président de la République du Congo (Brazzaville), Denis Sassou Nguesso, est à la tête du pays depuis trente-neuf ans.

[18] Cf. Le Figaro avec AFP, « Gabon: l’épouse du président déchu Ali Bongo incarcérée », in Le Figaro, (https://www.lefigaro.fr/flash-actu/gabon-l-epouse-du-president-dechu-ali-bongo-incarceree-20231012), 12/10/2023, Consulté le 14/10/2023.

[19] Le Gabon est classé 136e sur 180 pour la perception de la corruption par Transparency International (2022).

[20] Cf. « Le fils et des proches d’Ali Bongo écroués pour trahison et corruption », in VOAAfrique, (https://www.voaafrique.com/a/gabon-le-fils-d-ali-bongo-et-des-proches-du-pr%C3%A9sident-d%C3%A9chu-%C3%A9crou%C3%A9s-pour-haute-trahison-et-corruption-active-/7275928.html), 20/09/2023.