EUTHANASIE, L’AUTRE VAGUE BALAYANT L’EUROPE
Published Date:9 novembre 2021

Plus de 1,2 million de signatures ont été déposées à la Cour suprême le 8 octobre pour demander un référendum sur l’euthanasie légale. Parmi ceux-ci, près de 400 000 ont été soumis en ligne. Le référendum vise à abroger partiellement la règle du Code pénal qui empêche l’introduction de l’euthanasie légale en Italie.

Si le référendum est approuvé, l’euthanasie active serait autorisée dans les formes prévues par la loi sur le consentement éclairé et le testament biologique, si certaines conditions sont remplies. Il serait encore puni si l’acte est commis sur une personne incapable de comprendre, sur une personne dont le consentement a été extorqué par la violence et des menaces, ou sur une personne de moins de 18 ans.

La législation actuelle interdit l’euthanasie active tant dans la version directe – où le médecin administre le médicament létal à la personne qui le demande (article 579 du Code pénal) – que dans sa version indirecte – où une personne prépare le médicament létal, qui est pris par la personne de manière autonome (article 580).

Les formes d’euthanasie passive pratiquées sous forme d’omission, c’est-à-dire en s’abstenant d’intervenir pour maintenir le malade en vie, sont déjà considérées comme pénalement licites, notamment lorsque l’interruption du traitement a pour but d’éviter « l’acharnement thérapeutique ».

Le cardinal Gualtiero Bassetti, président de la Conférence épiscopale italienne, a déclaré lors du 27e Congrès national de l’Association des médecins catholiques italiens, le 8 octobre, dans le contexte de l’actuel « débat public agité », que « la perspective d’un référendum visant à dépénaliser le meurtre d’une personne consentante est un sujet de grave préoccupation ». En outre, surtout aujourd’hui, devant les médecins, « il est nécessaire de réitérer qu’il n’y a dans l’aide à mourir aucune expression de compassion mais la prévalence d’une conception anthropologique et nihiliste dans laquelle ni l’espoir ni les relations interpersonnelles ne trouvent leur place ».

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[1] Cf. Jean-Paul II, Evangelium vitae (EV), n. 2.

[2] Le point d’ancrage des trois religions est l’origine de la dignité humaine, qui est mise à l’épreuve lorsque la maladie devient grave ou terminale : « L’assistance à ceux qui sont sur le point de mourir, lorsque aucun autre traitement n’est possible – écrivent les signataires – est, d’une part, une manière de prendre soin du don divin de la vie et, d’autre part, un signe de responsabilité humaine et éthique envers la personne qui souffre ». Cette même dignité, qui a sa racine en Dieu, inspire et impose la capacité de s’arrêter lorsque l’intervention clinique, rendue aujourd’hui toujours plus invasive par la technologie médicale, dépasse le point d’équilibre avec le respect de la vie elle-même, qui ne doit être préservée à aucun prix. Le document propose une action commune : « Du point de vue social, nous devons nous efforcer de faire en sorte que le désir des patients de ne pas être un fardeau ne leur inspire pas un sentiment d’inutilité et l’inconscience conséquente de la valeur et la dignité de leur vie, qui mérite d’être soignée et soutenue jusqu’à son terme naturel ». Pour ce faire, « des lois et des politiques publiques qui protègent le droit et la dignité du patient en phase terminale » sont également indispensables « afin que l’euthanasie soit et les soins palliatifs promus ». Enfin, trois engagements ont été pris au niveau culturel : « impliquer nos communautés dans les questions de bioéthique qui concernent les patients en phase terminale », en faisant « connaître les méthodes d’accompagnement compatissant de ceux qui souffrent et meurent » ; « sensibiliser le public aux soins palliatifs par une formation appropriée » ; « fournir de l’aide à la famille et aux proches des patients mourants ».

[3] Cf. Gn 4,9-15 ; Is 2,17.

[4] Cf. Lc 12,6-7 ; Mt 25.

[5] Cf. Concile œcuménique Vatican II, Gaudium et spes, nº 27.

[6] Cf. EV 65.

[7] La réflexion éthique sur l’euthanasie que nous menons ici se fonde en grande partie sur l’ »Informe del Comité de Ética de España sobre el final de la vida y la atención al proceso de morir », in Reflexiones en torno a la proposición de ley sobre eutanasia aprobada por el Congreso del Grupo de Bioética de UNIJES – Universidades Jesuitas, e sur l’article de B. Santȏt, « Loi pour l’euthanasie : désolé, ça ne passe pas ! », La Croix,5 avril 2021.

[8] Nous nous référons à la version qui, en tant que « Déclaration de Genève », a été adoptée par l’Association médicale mondiale (AMM) en 1948, puis révisée et amendée à plusieurs reprises (1968, 1983, 1994, 2005, 2006 et 2007). Le texte approuvé en octobre 2017 à Chicago est le suivant : « En qualité de membre de la profession médicale, je prends l’engagement solennel de consacrer ma vie au service de l’humanité ; je considérerai la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité ; je respecterai l’autonomie et la dignité de mon patient ; je veillerai au plus grand respect de la vie humaine ».

[9] « Le médecin ne doit rien faire, même à la demande du malade, ou encourager un traitement visant à provoquer la mort » (Codice di deontologia medica, art. 36).

[10] Cf. François, Fratelli tutti (FT), nº 22.

[11] Je suis de trop, donc j’existe, on pourrait dire, en paraphrasant Jean-Paul Sartre.

[12] Cf. EV 19.

[13] Cf. FT 103.

[14] « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789, art. 4).

[15] « La compassion pour ceux qui demandent à mourir en raison de la situation extrême dans laquelle ils se trouvent est une vertu et une grande qualité humaine, mais elle ne doit pas nous faire oublier que l’accomplissement de cette demande peut avoir des conséquences pour d’autres êtres humains et même affecter l’avenir des personnes les plus vulnérables » (« Informe del Comité de Bioética de España sobre el final de la vida y la atención en el proceso de morir », 6).

[16] Cf. A. Rivera, « Atapuerca cuidó de Benjamina », El País (elpais.com/diario/
2009/03/31/sociedad/1238450407_850215.html), 31 mars 2009.

[17] Cf. François, La culture du soin comme parcours de paix. Message du Pape pour la LIVe journée mondiale de la paix, 1er janvier 2021.

[18] Id., Message aux participants de la réunion régionale européenne de la World Medical Association sur les questions concernant la fin de vie, 16 novembre 2017.