COSMOPOLITIQUE-Nouvelles institutions internationales pour les biens communs mondiaux
Last Updated Date : 5 juillet 2021
Published Date:2 juillet 2021

Une leçon indiscutable de la pandémie de Covid-19 est que la seule réponse sensée à un tel phénomène ne peut être que coopérative et universelle. Tant qu’il n’y a qu’un seul pays où le virus peut se multiplier et muter – quel que soit ce pays –, il se reproduira. Nous serons confrontés à une pandémie chronique, semblable à la grippe. Nous aurons besoin de nouveaux vaccins, peut-être chaque année, selon la vitesse à laquelle le virus mute. Les masques, l’espacement, même les confinements et la réclusion à domicile feront partie de nos vies. Une vie en morceaux, parce que, sans relations humaines, sans espace commun pour rencontrer et toucher les visages et les corps – alors que reste-t-il de notre humanité ? Or, ce qui est vrai pour le virus est vrai aussi pour la Terre, nos écosystèmes et nos ressources naturelles : seule une cosmopolitique de la coopération nous permettra de relever les défis écologiques posés, par exemple, par notre dépendance aux combustibles fossiles.

Il n’y a pas d’alternative à la solidarité et à la coopération, tant au sein de chacune de nos sociétés qu’entre les nations. Ce n’est qu’ainsi que l’humanité a réussi à se débarrasser de la variole en 1980. Nous devons répéter la même entreprise avec Covid-19 et les autres virus qui pourraient apparaître dans les décennies à venir en raison du réchauffement climatique et de la déforestation. Peut-être la grande nouveauté aujourd’hui est que la solidarité n’est plus une utopie, une question de bons sentiments ou d’éthique individuelle, mais elle est devenue une nécessité dans l’intérêt de tous[1].

L’Europe crée-t-elle une agence pour gérer les urgences sanitaires ? C’est bien, mais ce n’est pas suffisant. C’est au niveau mondial que nous devons apprendre à nous parler, à préparer l’avenir, à mettre entre parenthèses nos rapports de force stratégiques, à tenir à distance nos égoïsmes et à entrer dans un véritable apprentissage de ce que signifie « solidarité globale ».

 

La règle d’or

Comme nous l’avons dit, ce qui vaut pour Covid-19 vaut aussi pour la faillite écologique : le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité, la destruction des écosystèmes par la pollution. Nous ne pourrons pas faire face aux dangers auxquels ces calamités nous exposent sans la coopération de tous. Les États-Unis se sont récemment engagés à réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Cela implique la disparition de toutes les voitures à moteur à combustion dans les années à venir. L’industrie américaine ne représente pas toujours un modèle, mais en termes d’ambition écologique, nous ne pouvons qu’espérer qu’elle soit maintenant imitée par tout le monde. Car, s’il reste encore quelques pays qui continuent à émettre une quantité significative de CO2, dans quelques décennies, nous ne pourrons plus éviter un réchauffement climatique qui menace la vie de centaines de millions de personnes.

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[1]. Cf. G. Giraud, « Per ripartire dopo l’emergenza Covid-19 », Civ. Catt. 2020 I 7-19.

[2] Voir I. Le kant, Per la pace perpetua. Un progetto filosofico, Rome, Editori Riuniti, 1985.

[3] Cf. G. Giraud, La transizione ecologica, Vérone, Emi, 2015.

[4] Cf. Id., Composer un Monde en commun. Une théologie politique de l’Anthropocène, Paris, Seuil, à paraître en janvier 2022.

[5] Cf. Ch. Theolbald, « La règle d’or chez Paul Ricoeur : Une interrogation théologique », Recherches de Science Religieuse 83 (1995/1) 43-59.

[6] François, Exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, 2 février 2020.

[7] Cf. Beni comuni, Milan, Feltrinelli, 2015 ; G. Giraud, « Una retribuzione universale », Civ. catt. 2020 II 429-442.

[8] Cf. A. Wolff, Responsabilité sociétale : Quelles contributions des entreprises à la conservation de la bio diversité ? (https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01695744v2), thèse de doctorat, 2017.

[9] Voir www.iucncongress2020.org/. La Conférence internationale « Justice environnementale », prévue du 29 août au 2 septembre 2021, promue par l’Université de Georgetown et l’Institut Lasalle (Suisse), consacrée cette année à la biodiversité (voir https://bit.ly/3oyGWcU).

[10] Voir https://dndi.org.

[11] Cf. E. Ostrom, Gouverner les biens collectifs, Venise, Marsilio, 2006.

[12] Cf. M. Bauwens, Fondation pour les alternatives peer-to-peer, en https://wiki.p2pfoundation.net/Michel_Bauwens.

[13] Cf. A. Supiot, L’ esprit de Philadelphie: la justice sociale face au marché total, Paris, Seuil, 2010.