CONNEXION ET COMPASSION-Une réflexion biblique
Last Updated Date : 23 juillet 2021
Published Date:14 octobre 2020

Compassion et interconnexion

Dans le quatrième Évangile, Jésus parle souvent d’interconnexion, en termes « théologiques ». Dans Jn 15, il en parle comme « témoignage de l’Esprit », l’expliquant par la similitude, ou la comparaison, de la vigne et des sarments[1]. Jésus est la vraie vigne ; le Père, qui est le vigneron (v. l), coupe les sarments qui ne portent pas de fruits et taille (littéralement : « nettoie », kathairei) les sarments qui portent du fruit. Le verbe « nettoyer » dans le quatrième évangile apparaît en Jn 13,10, lors du lavement des pieds, quand Jésus dit à ses disciples : « “Celui qui a pris un bain n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds, et il est entièrement pur (katharos) ; et vous êtes purs, mais non pas tous”. En fait, il savait qui l’avait trahi ; pour cette raison, il a dit : “Vous n’êtes pas tous purs” »[2].

La taille du sarment qui porte du fruit pour qu’elle en porte davantage (v. 2) est un exemple et une explication du sens baptismal du lavement des pieds, après l’explication que Jésus donne à Pierre en Jn 13,8 : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi ». Le Père, qui est le vigneron, « nettoie » les disciples de Jésus par sa passion, les unit à sa passion et à sa mort, afin qu’avec le don de sa vie et de l’Esprit Saint, ils puissent s’unir à lui et à sa résurrection[3]. Les disciples, « purifiés » par la parole que Jésus a annoncée, ont accès à un dialogue salvifique, participent à la communion de Jésus avec l’amour du Père et sont invités à « rester » en lui ; sinon, ils sont comme le sarment séparé de la vigne, qui ne sert à rien.

Jésus répète alors le sens de la similitude de la vigne et des sarments, puis il ajoute le destin de celui qui ne lui reste pas « connecté » : « il est jeté comme le sarment et séche[4]. Ils le ramassent, le jettent au feu et le brûlent[5] ». Quiconque ne reste pas en Jésus est « jeté dehors »[6] et il se dessèche comme les sarments qui ne sont pas unis à la vigne. La mention du feu dans cette similitude renvoie au jugement que, selon l’Évangile de Jean, Jésus accomplit avec sa passion. Le sens de la similitude est le suivant : tout comme le sarment qui porte du fruit est connecté à la vigne, de même la connexion à la vie de Jésus – et à la plénitude de la communion avec l’amour du Père – produit, encourage et promeut la vie. Toute production de vie – et chaque « purification » –, selon la logique de la similitude de la vigne et des sarments, implique une connexion à la vie de Jésus.

Jésus invite donc les disciples à rester en lui, « et » (dans le texte grec la conjonction est un kai épégétique : « c’est-à-dire ») à laisser ses paroles habiter en eux, pour obtenir tout ce qu’ils demandent. Le Père est glorifié – c’est-à-dire qu’il est uni aux disciples, comme à Jésus – dans le fait qu’ils portent beaucoup de fruit et, en conséquence, sont ses disciples. Cependant, il faut pour cela « rester dans l’amour » que Jésus a montré aux siens, et qui est une imitation de l’amour (mutuel) du Père. « Demeurer » dans l’amour pour porter du fruit signifie observer les commandements de Jésus, qui sont l’accomplissement des promesses et la plénitude de la joie ; cela signifie participer à la vie de Jésus : continuer à aimer, même dans les difficultés et les adversités et là où la communion fait défaut. Participer à la vie de Jésus, être en communion avec lui, c’est apporter l’amour et la communion – y compris par le dialogue – là où ils font défaut. C’est cela, la « glorification » de Jésus.

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[1] Cf. Jn 6 ; 10 ; 17 ; Par exemple, pour M.-J. Lagrange, Évangile selon Saint Jean, Paris, J. Gabalda, 1948, 401, Jn 15 est une parabole transformée en allégorie. À la différence de Jn 10, en Jn 15, Jésus explique le rôle du Père, présenté comme vigneron (v. 1 ; cf. Mc 12, 1-12 ; 1 Co 3, 6-9). Le pape François mentionne souvent cette interconnexion. Il en a parlé, par exemple, au sujet de la Méditerranée : à la fois dans le discours de Posillipo, lors de la conférence sur « La théologie après “Veritatis gaudium” dans le contexte méditerranéen », et dans le discours de février dernier aux évêques rassemblés pour la rencontre de Bari, « Méditerranée frontière de paix ». Cf. S. Bongiovanni – S. Tanzarella (éds), Con tutti i naufraghi della storia. La teologia dopo Veritatis gaudium nel contesto del Mediterraneo, Trapani, Il Pozzo di Giacobbe, 2019, 221-232.

[2] Jn 13,10-11.

[3] Cf. Jn 19,30 ; 20,21-23 ; Rm 6.

[4] Per R. Schnackenburg, Il vangelo di Giovanni, vol. 3, Brescia, Paideia, 1981, « la coupe des sarments secs est alors développée comme motif d’avertissement (v. 6) : ce n’est pas tant une allusion au traître Judas, mais plutôt aux membres de la communauté qui ont donné de mauvaises preuves ou sont tombés dans l’hérésie, et leur exclusion (cf. 1 Jn 2,19) s’explique ici comme une action accomplie par Dieu ».

[5] Jn 15,6 ; cf. Is 40,7 ; Mt 13,24-30.36-43.

[6] Cf. Jn 12,31.

[7] Cf. Jn 13,35 ; 1 Jn 2,4.

[8] « Le lien entre “l’observance des commandements” et “l’amour” vient du langage du Deutéronome, comme on le voit surtout en regardant les chapitres 6-11 de ce livre, où s’exprime la théologie de l’alliance entre Dieu et son peuple (cf. Dt 7,9.12) » (J. Beutler, Il Vangelo di Giovanni, Rome, Gregorian & Biblical Press, 2016, 468).

[9] Cf. Lv 19,1-2 ; Mt 5,43-48.

[10] Cf. Jn 15,10 ; 14,15.21.23.

[11] Jn 15,12-14.

[12] Cf. Jn 15,12-13 ; 1 Jn 2,9-11 ; 3,11-18.23 ; 4,7.11-12.20-21 ; 5,1-2.

[13] Cf. Jn 13,34. Dans Jn 15,12-13 le commandement de l’amour mutuel (et de donner sa vie pour des amis, v.13) renvoie au sens du lavement des pieds, c’est-à-dire au don de la vie de Jésus (cf. 1 Jn 3,16). Le verbe « donner (la vie pour des amis) » (tithemi) de Jn 15,13 apparaît aussi en Jn 13,4 (et Jn 10,11), quand Jésus enlève (littéralement : « remet ») ses vêtements avant de laver les pieds des disciples, prophétisant ainsi le don de sa vie.

[14] Cf. Jn 15,18.

[15] Cf. Jn 8,23 ; 17,9.

[16] Cf. Mc 13,9-13.

[17] Cf. Jn 15,26 ; cf. Jn 14,16-17.25-26 ; 16,7 ; 1 Jn 5,6-7.

[18] Cf. Jn 1,17-18 ; cf. Gal 3,5.

[19] Cf. Jn 14,6.16.

[20] Cf. Jr 31,31-32 ; Ez 36,24-25.

[21] Cf. Mt 10,19-20 ; Mc 13,9.11 ; Lc 2,11-12 ; 21,13.

[22] Cf. P. Di Luccio, « Tradizioni dell’ultima Cena », Rassegna di Teologia 54 (2013/3) 391-416.

[23] Cf. Lc 22,20 ; Jn 18,11 ; Mt 20,22-23.

[24] Cf. Lc 22,20.

[25] Cf. R. L. Déaut, « Goûter le calice de la mort », Biblica 43 (1962) 82-86.

[26] Cf. Gn 49,11-12.

[27] Cf. Jn 15,2 ; Mt 15,13 ; 21,41 ; Lc 13,6-9 ; Rm 11,17.

[28] Cf. Rm 8,16-17 ; cf. Rm 5,1-5 ; Gal 3,29-4,7 ; 1 P 4,13 ; 5,1.

[29] Cf. Rm 8,18 ; Dn 7,21-22.25-27 ; 12,1-3 ; Jb 23,22-31 ; 1 QH 3,28-36.

[30] Cf. Mt 20,20-23 ; Mc 10,35-40.

[31] Cf. Jn 19,30 ; 20,21-23.

[32] François, Discours à la conférence « Théologie après » Veritatis gaudium « dans le contexte méditerranéen », Naples, 21 juin 2019.

[33] Cf. Jn 1,17-18.

[34] François, Gaudete et exsultate, nº 7.

[35] Cf. S. Ignace de Loyola, Exercices spirituels, nº 23.