ABUS D’AUTORITÉ DANS L’ÉGLISE-Problèmes et défis de la vie religieuse féminine
Last Updated Date : 13 octobre 2020
Published Date:18 septembre 2020

Un thème pour la plupart inexploré

L’Église a traité la question des abus à plusieurs reprises, y compris ces derniers temps, tant au niveau de la réflexion que des mesures et protocoles opérationnels[1]. Cependant, l’intérêt à ce sujet s’est concentré principalement sur les abus sexuels et psychologiques sur des mineurs par des ministres de l’Église, en particulier les prêtres. Ce sont sans aucun doute les aspects prépondérants, mais ils ne sont certainement pas les seuls.

Un thème qui, jusqu’à présent, n’a pas reçu assez d’attention est l’abus au sein des Congrégations féminines. Il ne prend généralement pas la forme de violences sexuelles et ne concerne pas les mineurs ; cependant, il n’est pas moins grave et lourd de conséquences considérables. L’expérience pastorale et des entretiens sur le sujet ont montré qu’il s’agit surtout d’abus de pouvoir et de conscience.

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L’attrait du pouvoir dans les Congrégations féminines

Le vent de renouveau suscité par le concile Vatican II et le magistère postconciliaire n’a pas été accueilli de la même manière dans les diverses Congrégations religieuses. Certaines ont lancé un travail difficile mais efficace d’actualisation et de réforme ; d’autres, au contraire, n’ont pas réussi à le faire, soit par manque de force, soit parce qu’elles étaient convaincues que les coutumes d’usage jusqu’alors pourraient encore constituer le mode de gouvernement idéal. Malheureusement, l’histoire enseigne que, sans l’effort de concertation et la recherche de voies nouvelles, la fraîcheur du charisme risque d’être perdu, ce qui entraîne un lent mais imparable déclin.

Il faut aussi ajouter que les dynamismes de la vie religieuse féminine s’avèrent très différents de ceux des hommes à divers égards. Les études et les nombreuses possibilités pastorales de ceux qui ont reçu des ordres sacrés permettent aux religieux de vivre la vie fraternelle et les vœux religieux avec une plus grande ouverture et autonomie.

De plus, la réponse à la vocation et l’enthousiasme qu’une jeune femme perçoit au début de son chemin ne permettent pas toujours d’apprécier avec précision la différence entre les divers instituts religieux ; la poussée en avant et une certaine inconscience typique de ceux qui sont au début du chemin malheureusement se lient parfois avec l’habileté de certaines supérieures, capables d’identifier les âmes généreuses, mais aussi vulnérables à la manipulation. Peu à peu, la fidélité au charisme devient fidélité aux goûts et aux préférences d’une personne particulière, qui décide arbitrairement qui peut ou ne peut pas profiter des possibilités de formation ou d’étude, considérées comme une forme de récompense attribuée aux plus fidèles et dociles, aux dépens de qui exprime une pensée différente. De là s’ensuivent des formes de chantage pour acquérir le contrôle d’un pouvoir illimité.

Ce sont malheureusement des situations connues et répandues, au point d’avoir été mentionnées publiquement au siège du dicastère pontifical. Dans une interview avec la revue Donne Chiesa Mondo, le cardinal João Braz de Aviz, Préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, s’est clairement exprimé : « Nous avons eu des cas, heureusement peu nombreux, de supérieurs généraux qui, une fois élus, n’ont jamais renoncé à leurs fonctions. Ils ont contourné toutes les règles. Une a même voulu changer les constitutions pour rester supérieure générale jusqu’à sa mort. Et dans les communautés, il y a des religieuses qui ont tendance à obéir aveuglément, sans dire ce qu’elles pensent. Si souvent on a peur ; dans le cas des femmes, plus encore, on a peur de la supérieure. Dans la vraie obéissance, au contraire, il faut dire, avec courage et vérité, ce que le Seigneur suggère à l’intérieur, afin de donner au supérieur plus de lumière pour décider[2] ».

 

La situation de quelques communautés religieuses

Cela fait réfléchir quand, dans le contexte culturel d’aujourd’hui où l’autorité est impopulaire et source de stress (au point que plusieurs supérieurs majeurs de congrégations masculines demandent à l’avance la succession), on voit au sein de certains instituts féminins la tendance plutôt inverse, à savoir de prolonger à tout prix le mandat reçu.

Dans une Congrégation (actuellement sous un commissaire), la même religieuse a été conseillère générale pendant 12 ans, puis supérieure générale pendant 18 ans, puis elle a réussi à se faire élire à nouveau vicaire générale, « pilotant » le chapitre, afin de pouvoir continuer à gouverner de facto les années suivantes.

Ce genre de situation soulève la question de savoir si le gouvernement est considéré comme une forme de garantie de privilèges interdits aux autres membres, comme par exemple, dans le cas en question, confier aux communautés des membres de la famille et des proches, hébergés et soignés gratuitement, « réquisitionnant » pour cela les religieuses infirmières, qui ne sont certainement pas en mesure d’agir autrement. Dans quelques cas, des membres de la famille ont aussi été enterrés dans le caveau de la Congrégation. Les jeunes religieuses, pour la plupart étrangères, enregistrent ainsi le message que le pouvoir est un raccourci permettant de donner plus facilement des faveurs aux membres de la famille et que l’impératif de « quitter père et mère » ne concerne qu’elles-mêmes.

Dans un autre institut, la supérieure, sans consulter personne, a gardé sa mère dans la communauté des sœurs jusqu’à sa mort, lui permettant de partager aussi des espaces communautaires pendant une vingtaine d’années. Chaque été, elle quittait la communauté pour emmener sa mère en vacances.

Être supérieure semble garantir d’autres privilèges exclusifs, comme bénéficier des meilleurs soins médicaux, tandis qu’une simple religieuse ne peut même pas aller chez l’ophtalmologiste ou le dentiste, car « il faut économiser de l’argent ». Malheureusement, les exemples touchent tous les aspects de la vie ordinaire : des vêtements à la possibilité de prendre des vacances, de prendre une journée de repos ou, plus simplement, de pouvoir sortir se promener – tout doit passer par la décision (ou le caprice) de la même personne. Si un vêtement chaud est demandé, il faut attendre la délibération du Conseil, ou la demande est refusée « pour des raisons de pauvreté ». Finalement, certaines sœurs se sont tournées vers les membres de leur famille. Il est donc encore plus triste pour elle d’apprendre que le placard de la supérieure est plein de vêtements, achetés avec l’argent de la communauté sans avoir consulté personne, alors que d’autres ont à peine un de rechange[3].

Ce sont des exemples qui peuvent paraître déconcertants et difficiles à croire pour ceux qui vivent dans des Congrégations masculines, et devant lesquels on peut juste sourire. Malheureusement, pour certaines sœurs, c’est la réalité quotidienne : une réalité que, le plus souvent, elles ne peuvent pas faire connaître, car elles ne savent pas vers qui se tourner ou par crainte de représailles.

La gestion du patrimoine d’un Institut comme propriété personnelle est encore une autre corde douloureuse de certaines Congrégations féminines, où la complicité entre la supérieure générale et l’économe (également de facto à vie, malgré les limites d’âge) finit par permettre un contrôle total des biens.

Comme dans le récit La roba (la propriété) de Giovanni Verga, tout finit par se concentrer entre les mains d’une seule personne (qui fait de la Congrégation une gestion familiale, embauche des personnes sans compétence, mais avec qui elle a des liens familiaux), malgré les prescriptions du droit canonique et les règles de l’Institut lui-même : puisque la supérieure générale est l’instance suprême, nul ne peut vérifier la gravité de la situation. Au détriment de ceux qui arriveront plus tard, en particulier les jeunes religieuses.

 

Un message éloquent

Quelle idée de la vie religieuse ces cas communiquent-ils ? Manifestement, gouverner est synonyme de privilège, au détriment des plus faibles. Ces mêmes instituts n’ont plus de vocations en Italie depuis plus de 50 ans. Serait-ce une coïncidence ? Bien sûr, les vocations diminuent, mais pourquoi d’autres terres et d’autres communautés connaissent-elles, au contraire, une continuité aussi dans ce domaine ?

En tout cas, le manque de vocations ne semble pas avoir soulevé de questions à cet égard, ni sur la nécessité de donner vie à une pastorale des vocations actualisée, valorisant les charismes des sœurs les plus capables. Contrairement aux directives exprimées par l’Église depuis de nombreuses années maintenant, on continue, selon l’habitude, d’importer des vocations d’autres pays, employant les jeunes femmes comme des « bouche-trous », au lieu de leur garantir une meilleure formation[4]. Les nouvelles arrivées n’ont pour la plupart aucune possibilité de se défendre, à la fois en raison de la difficulté de la langue et de l’incapacité absolue de s’orienter en dehors de la maison religieuse dont elles ne peuvent généralement pas sortir et qui, plus qu’une communauté, est vécue comme une prison.

Card. João Braz de Aviz rappelle aussi des cas d’abus sexuels subis par les novices de la part de formatrices ; une situation plus rare que dans les Congrégations masculines, mais peut-être précisément pour cette raison encore plus grave et douloureuse. Or, on espère aussi dans ce domaine le courage de clarifier et de protéger les plus faibles comme une mission propre à l’Église[5].

 

Le drame de celles qui quittent la Congrégation

Ce qui précède, même de façon anonyme, est malheureusement pour certaines religieuses la douloureuse réalité quotidienne. C’est une situation qui avait été clairement reconnue même dans le magistère. Le document À vin nouveau, outres neuves, faisant le bilan de la situation de la vie religieuse post-conciliaire, ne manque pas de signaler des situations problématiques dues à un manque de confiance et de dépendance en tout : « Qui exerce le pouvoir ne doit pas encourager des attitudes infantiles qui peuvent mener à des comportements déresponsables […]. Malheureusement, il faut reconnaître que des situations de ce genre sont plus fréquentes que ce que l’on est disposé à accepter, et davantage visibles dans les instituts féminins. C’est l’une des raisons qui semble motiver de nombreux abandons. Pour quelques-uns, ils sont l’unique réponse à des situations devenues insupportables[6] ».

Mais même le temps de l’abandon de la vie religieuse, déjà difficile et douloureux en soi, entraîne de nouvelles souffrances, inconnues pour la plupart de ceux qui appartiennent à des congrégations masculines. Card. Aviz a évoqué la condition tragique dans laquelle se trouvent ces religieuses : dans de nombreux cas, elles n’ont reçu aucune aide, en effet tous les efforts ont été faits pour les empêcher de trouver un logement[7].

Le problème est devenu si grave que le pape François a décidé de construire une maison pour celles – en particulier les étrangères – qui n’ont nulle part où aller. « Je suis allé – dit le cardinal – rendre visite à ces anciennes religieuses. J’y ai trouvé un monde de blessures, mais aussi d’espoir. Il y a des cas très difficiles, dans lesquels les supérieurs ont retenu les documents des religieuses qui souhaitaient quitter le couvent ou qui ont été renvoyées. Ces personnes sont entrées au couvent en tant que religieuses et se sont retrouvées dans ces conditions. Il y a aussi eu quelques cas de prostitution pour subvenir à leurs besoins. Ce sont des ex-religieuses ! Les Sœurs Scalabriniennes ont pris en charge ce petit groupe. Mais certains cas sont vraiment difficiles, car nous sommes confrontés à des personnes blessées avec lesquelles nous devons reconstruire la confiance. Il faut changer l’attitude de rejet, la tentation d’ignorer ces personnes, de dire “ce n’est plus notre problème”. Puis, souvent ces ex-religieuses ne sont accompagnées d’aucune façon, pas un mot n’est dit pour les aider … tout cela doit absolument changer[8] ».

Certaines sœurs restent dans leur institut que parce qu’elles ne voient pas d’autre possibilité de vivre différemment, elles ne connaissent pas la ville, la langue, elles n’ont pu obtenir aucun diplôme. Une situation de chantage psychologique qui suscite une grande tristesse. D’autres, en revanche, bien qu’ayant quitté la Congrégation, n’ont pas mis de côté le désir de se consacrer au Seigneur, mais recherchent une voie qui puisse respecter leur dignité.

Il est frappant de voir comment des formes de consécration qui laissent un plus grand espace de liberté à ceux qui en font partie, comme l’Ordo Virginum, enregistrent un nombre croissant d’adhésions. Dans divers cas, il s’agit d’anciennes religieuses qui ont quitté leur Ordre, souvent pour les raisons mentionnées ci-dessus. Elles recherchent une autonomie et une cohérence de vie qui ne sont pas incompatibles avec la consécration (pouvoir sortir, mener une activité pastorale, étudier, enseigner), une autonomie qui leur a été refusée. Cela aussi constitue un message relatif à l’avenir de la vie religieuse féminine qui ne peut pas être ignoré.

 

Donner une voix aux sans voix

La question des abus comprend de multiples aspects de gravité différente, mais qui doivent aussi être pris en considération, pour que la voix de l’Église reste crédible. S’occuper de ce genre de cas ne signifie certainement pas réduire la réalité de la vie religieuse féminine à cela. Personne ne nie le rôle et l’importance du travail effectué par tant de religieuses au service des derniers – comme, mais seulement pour rester dans le thème, le ministère des religieuses scalabriniennes évoqué plus haut –, et on ne veut pas mettre toutes les conduites et styles d’autorité dans les Ordres féminins dans le même sac. Au contraire, la reconnaissance précise de ces différents styles peut aider à promouvoir des formes de consécration de plus en plus imprégnées du vin nouveau de l’esprit évangélique. En même temps, cela permettra de prendre en charge la grande souffrance, sur le plan émotionnel, psychologique et spirituel, que la trahison de cet esprit entraîne pour beaucoup. Des jeunes qui avaient tout abandonné avec enthousiasme pour suivre le Seigneur se retrouvent désormais seules, abandonnées et, dans bien des cas, désespérés, dans une situation de désert émotionnel, relationnel et professionnel. Ces âmes piégées, à quel bercail appartiennent-elles ? Qui répondra à leur appel à l’aide ?

Pour un prêtre, l’ordination et les études restent encore une garantie de trouver un soutien et une possibilité d’incardination refusée à une religieuse. Comme tout cela est éloigné de la lettre avec laquelle le pape François, en convoquant le Synode sur les jeunes, s’est adressé à eux ! Dans le dernier passage, il rappela la recommandation de saint Benoît aux abbés « de consulter les jeunes aussi avant de faire un choix important, car “souvent c’est précisément aux plus jeunes que le Seigneur révèle la meilleure solution”[9] ».

Et comme c’est aussi éloigné de la caractéristique propre à la vieillesse, de se préparer à la rencontre avec l’Aimé ! Le Card. Carlo Maria Martini nota à cet égard : « Il existe au moins deux types d’adultes : ceux qui se laissent emporter par le tourbillon des engagements et ceux qui savent prendre le temps pour développer leurs principes personnels. Seuls ces derniers méritent pleinement le titre d’adulte. Plus on prend de responsabilités, plus il faut de moments de retrait et de silence […]. Ensuite, il y a le moment de dépendre des autres, celui dont on ne veut jamais, mais qui vient et pour laquelle il faut se préparer[10] ».

En revanche, quand on s’attache à la place occupée trop longtemps, surgit le doute que l’on n’attend plus rien de la vie : c’est un message de nihilisme pratique. Le pape François note avec tristesse la fermeture à l’avenir de prêtres, de religieux et religieuses attachés à leur rôle, incapables de déléguer, de donner de l’espace, de préparer quelqu’un après eux : « Ils préfèrent être des généraux d’armées défaites plutôt que de simples soldats d’un escadron qui continue à combattre. Combien de fois rêvons-nous de plans apostoliques, expansionnistes, méticuleux et bien dessinés, typiques des généraux défaits[11] ! ».

Pour ces raisons aussi, le document À vin nouveau, outres neuves invite à élaborer des règles à un niveau général pour « atténuer les effets à moyen et long terme de la pratique répandue de cooptation aux rôles de responsabilité de membres des précédents gouvernements généraux. En d’autres termes, des règles qui empêchent le maintien des charges au-delà des échéances canoniques, sans permettre de recourir à des formules qui, en réalité, contournent ce que les règles cherchent d’éviter » (nº 22).

Il ne s’agit donc pas seulement de s’occuper des cas douloureux de ce genre – bien que cela reste une tâche prioritaire et indispensable –, mais aussi de préparer des interventions efficaces pour vérifier et superviser l’exercice du gouvernement, afin que ces abus ne se répètent pas et qu’il soit possible de proposer aux personnes qui souhaitent se consacrer au Seigneur une manière plus évangélique de vivre l’autorité et la vie fraternelle.

La grande attention portée à juste titre aux abus commis contre les mineurs ne doit pas empêcher de prêter une attention adéquate à ces situations, même si elles ne recevront pas le même tollé médiatique : dans ce cas aussi, il s’agit de donner la parole à ceux qui n’ont pas voix au chapitre.

 

 

[1] Cf. les derniers articles sur ce thème de la revue : F. Lombardi, « Verso l’incontro dei vescovi sulla protezione dei minori », Civ. Catt. 2018 IV 532-548 ; Id., « Dopo l’incontro su “la protezione dei minori nella Chiesa” », Civ. Catt. 2019 II 60-73 ; Id., « Protezione dei minori. I passi avanti del Papa dopo l’incontro di febbraio 2019 », Civ. Catt. 2020 I 155-166 ; et, enfin, le volume monographique Abusi, dans la collection « Accènti » de La Civiltà Cattolica (juin 2018). Pour un aperçu général, cf. G. Cucci – H. Zollner, Chiesa e pedofilia. Una ferita aperta. Un approccio psicologico-pastorale, Milan, Ancora, 2010.

[2] R. Ferrauto, « Bisogna cambiare. Vocazioni e abbandoni, autorità, beni, rapporto uomo-donna, abusi… Intervista a tutto campo con il prefetto João Braz de Aviz », Donne Chiesa Mondo, nº 85, février 2020, 17. Cette situation est aussi éloquemment décrite dans le document À vin nouveau, outres neuves : « Avec une parrhésie évangélique, nous devons prendre conscience de ce que, dans quelques congrégations féminines, on se heurte au phénomène de perpétuation des charges. Certaines personnes restent dans le gouvernement, bien qu’avec des fonctions différentes, pendant trop d’années » (Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, À vin nouveau, outres neuves. Depuis le Concile Vatican II, la vie consacrée et les défis encore ouverts. Orientations, 6 janvier 2017, nº 22).

[3] Ces situations sont également mentionnées dans le document À vin nouveau, outres neuves : « Il y a encore beaucoup à faire pour encourager des modèles communautaires convenant à l’identité féminine des consacrées […]. Aucune sœur ne doit être reléguée dans un état de sujétion, ce qui, hélas, se rencontre fréquemment […]. Que l’on veille à ce que l’écart entre les consacrées dont le service est l’autorité (aux différents niveaux) ou qui ont la charge de l’administration des biens (aux différents niveaux) et les sœurs qui dépendent d’elles ne devienne pas source de souffrance en raison de la disparité et de l’autoritarisme » (nº 40).

[4] « Si, à une époque pas très lointaine, certains s’imaginaient pouvoir résoudre la crise des vocations par des choix discutables, par exemple en “important des vocations” d’ailleurs (souvent en les déracinant de leur contexte), aujourd’hui personne ne devrait s’imaginer pouvoir résoudre la crise des vocations en la contournant, car le Seigneur continue à appeler dans chaque Église et en tout lieu » (Œuvre Pontificale pour les vocations ecclésiastiques, De nouvelles vocations pour une nouvelle Europe, Document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe, Rome, 5-10 mai 1997, nº 13 c). Cet avertissement est, malheureusement, totalement ignoré dans ces cas.

[5] « De nouveaux cas ont été signalés dans une congrégation. Ce phénomène qui touche le milieu féminin est resté plus caché. Mais ça sort. Ça doit sortir. Souvent, la maturité dans les domaines émotionnel et sexuel est faible ; c’est relatif. Si des accusations arrivent, nous les accueillons et commençons à discerner. Beaucoup de choses sont vraies, beaucoup ne le sont pas, mais nous ne cachons aucun problème. Le Pape nous demande une transparence totale » (R. Ferrauto, « Bisogna cambiare », 18). Dans le même entretien, le cardinal évoque le grave problème des abus sexuels commis par des prêtres contre des religieuses, un sujet également largement inexploré. Pour davantage sur ce thème, cf. A. Deodato, Vorrei risorgere dalle mie ferite. Donne consacrate e abusi sessuali, Bologne, EDB, 2016.

[6] Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, À vin nouveau, outres neuves, nº 21 ; cf. nº 39.

[7] Le can. 702 du Code de droit canonique précise : « Les membres qui sortent légitimement d’un institut religieux ou qui en ont été légitimement renvoyés ne peuvent rien lui réclamer pour quelque travail que ce soit accompli dans l’institut » (nº l). Mais il ajoute immédiatement : « L’institut gardera l’équité et la charité évangélique à l’égard du membre qui en est séparé » (nº 2).

[8] R. Ferrauto, « Bisogna cambiare », 17.

[9] Règle de saint Benoît III, 3 ; François, Lettre aux jeunes à l’occasion de la présentation du Document préparatoire de la XV Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, 13 janvier 2017.

[10] C. M. Martini, Le età della vita, Milan, Mondadori, 2010, 191, 193.

[11] François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, nº 96.